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Retour aux sources pour Andris Nelsons et le Gewandhausorchester Leipzig

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie, Grande salle Pierre Boulez. 21-I-2019. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Mer calme et heureux voyage, ouverture en ré majeur op. 27 ; Robert Schumann (1810-1856) : Concerto pour piano et orchestre en la mineur op. 54 ; Symphonie n° 3 en mi bémol majeur dite « Rhénane » op. 97. Hélène Grimaud, piano. Gewandhausorchester Leipzig, direction : Andris Nelsons

andris nelsonsDans un programme d’une rare cohérence, conçu comme un retour aux sources leipzigoises, l’, dirigé par son directeur musical et accompagné de la pianiste en soliste, porte la musique de Mendelssohn et de Schumann. 

En associant les deux compositeurs pour cette tournée européenne, le chef letton et la prestigieuse phalange allemande rendent un vibrant hommage à l’école de Leipzig, tenante de la grande tradition classique, héritière de J. S Bach.

Mer calme et heureux voyage de Mendelssohn a le mérite de la rareté. Composée de deux tableaux, cette ouverture évoque, dans un phrasé et une instrumentation très descriptifs, une traversée maritime avec sa période initiale de calme plat, puis la reprise des vents et la poursuite du voyage jusqu’à son arrivée à bon port. Poignant, l’Adagio initial impressionne dès les premières mesures par la beauté de la sonorité des cordes et par leur saisissante immobilité sur des accords tenus, avant que la flûte virevoltante et l’éclat de la fanfare n’annoncent, de manière plus conventionnelle, la reprise du vent et la joie du retour au port dans l’Allegro final.

Dans un tout autre climat, le Concerto pour piano donne ensuite la parole à Schumann, avec cette véritable déclaration d’amour à Clara. en donne une lecture techniquement irréprochable, où l’émotion fait, hélas, cruellement défaut. L’Allegro affetuoso, qu’on aurait préféré plus intime, manque à l’évidence de poésie et de sensualité et la cadence gronde plus qu’elle ne chante tant le jeu parait, par instants, dur et excessivement percussif, malgré un accompagnement orchestral riche en nuances et un beau dialogue avec la clarinette. Dans le climat plus chambriste de l’Intermezzo, les opulents violoncelles et l’excellente petite harmonie assurent le lien avec un piano évanescent et rêveur qui ne perd jamais la ligne grâce à des silences bien dosés, avant que le Final ne renoue avec le jeu conquérant, orchestral et virtuose de la pianiste, en symbiose totale avec l’orchestre.

La Symphonie n° 3 dite « Rhénane » de Schumann conclut de belle manière cette soirée romantique sur une interprétation enthousiasmante de la phalange saxonne où la pertinence de la direction d’ le dispute à l’excellence des performances solistiques individuelles. Une vision originale qui repose sur la volonté du chef de gommer toute densité orchestrale abusive, pour au contraire aviver les nuances et les contrastes, clarifier les contours, individualiser les différents plans sonores, alléger la texture et laisser se déployer toutes les couleurs de l’orchestre dans une dynamique soutenue et tendue. Le premier mouvement séduit par la plénitude et l’ampleur de la sonorité orchestrale où se distingue un magnifique pupitre de cors, le second, dans le style populaire, fait la part belle à une petite harmonie exemplaire. Le troisième, d’une grande délicatesse, presque mozartienne, voit la clarinette se déployer sur un tapis de cordes à la sonorité moirée, tandis que le quatrième, très solennel, quasi religieux, inspiré par la vue de la cathédrale de Cologne, émeut par ses appels de cuivres presque brucknériens, avant que le Final ne conclue dans une atmosphère de danses jubilatoires.

Crédit photographique : Andris Nelsons © Marco Borggreve

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  • Michel LONCIN

    Je me méfie de l’expression « gommer toute densité orchestrale abusive » dans la 3ème Symphonie de Robert Schumann … Il n’est que d’écouter la version … INCONTOURNABLE … de Wolfgang Sawallisch … auprès desquelles toute interprétation ultérieure à la sauce « baroque » est à jeter au panier …

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