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Une tentative de vulgarisation par Benjamin François

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Les 100 chefs-d’œuvre du classique pour les nuls. Benjamin François. Éditions First. 468 p. 11,95 €. Octobre 2018

 

2623579-gfAprès l’opéra en 2006, la musique classique en général la même année et l’histoire de la musique en 2011, la célèbre collection Pour les nuls se complète aujourd’hui d’un ouvrage, inégal, de : Les 100 chefs-d’œuvre du classique.

Passons d’emblée sur les quelques imperfections de forme (les pénibles incises à caractères humoristiques censées créer une complicité avec le lecteur que rebuterait un sujet sérieux, les redites parfois contradictoires…) pour nous intéresser au fond. Un « nul » curieux et de bonne volonté tirera-t-il profit de ce livre ? , qui n’est pas que producteur à France Musique mais également enseignant au conservatoire, prend grand soin de ne pas rebuter son lecteur. Le propos est clair, riche mais sans lourdeur, et on sent un souci permanent d’explicitation. Pour peu que le lecteur ait un vernis de solfège, il prendra certainement plaisir à lire ce livre tout du long.

L’auteur a bien pris acte de la manière de nos contemporains de consommer la musique, et recommande dans la « carte d’identité » de chaque œuvre quelques mots-clés à taper sur Youtube pour trouver des versions recommandables : méthode louable qui utilise le plus petit dénominateur commun, mais assez aléatoire et fort peu durable, surtout quand la formule à taper est assortie d’une recommandation du type « choisir la troisième proposition » ! Ce qui ne l’empêche pas de recommander en fin d’article une ou plusieurs versions discographiques. Pour ne pas perdre d’emblée le lecteur, il a aussi pris soin d’ordonner ses œuvres en fonction de leur durée (avec néanmoins beaucoup d’exceptions), partagées en quatre séries elles-mêmes chronologiques : les œuvres qui durent moins de trois minutes, moins de cinq minutes, autour d’un quart d’heure et autour d’une demi-heure.

Mais surtout, se demande-t-on à la lecture du titre, comment sélectionner seulement une centaine d’œuvres dans le corpus immensément riche de la musique classique occidentale ? Acceptons le fait que tout choix soit forcément discutable, mais Benjamin François lui-même ne nous éclaire pas sur ses critères, se contentant en introduction de demander au lecteur de s’en remettre à son expérience. Dans ces conditions, l’article défini qui ouvre le titre, trop affirmatif, n’est vraiment pas heureux… Benjamin François a certes su trouver un équilibre entre les genres et les époques, même si le XXe siècle est relativement peu représenté. Certains choix sont inattendus (comme les nombreuses chansons de la Renaissance, Histoire de la Nativité de Schütz, ou encore « Je t’ai donné mon cœur » de Franz Lehár), mais il y a généralement peu de surprises.

En fait, pour la majorité des œuvres, on s’aperçoit qu’il a choisi les airs que toute personne du grand public a une chance d’avoir déjà entendus, notamment dans leurs détournements ou réemplois, pour lui signifier : « cette mélodie que toi lecteur tu as entendue dans une publicité, une musique de film, un générique… en fait c’est de la musique classique, et je vais te raconter d’où ça vient, qui était le compositeur, quelle était son époque et comment il l’a inventée. » C’est ainsi que l’on aborde Bach par la Badinerie, Mozart par le deuxième Air de la Reine de la nuit, Beethoven par La lettre à Élise, Wagner par la Chevauchée des Walkyries, Offenbach par le Galop infernal (Can can…), ou encore Chostakovitch par la fameuse Valse qui ressemble si peu au reste de son œuvre. C’est ainsi que la seule œuvre de Ravel analysée est le Boléro. Et c’est ainsi que l’on trouve dans la liste la Marche de Radetzky, œuvre d’un si maigre intérêt musical mais sur laquelle il y a tant à dire. Des conseils d’écoute en « aller plus loin » permettent cependant de nuancer, un petit peu, cette vision d’une musique classique où le plus intéressant serait le plus populaire.

Enfin, une dernière partie consacrée à des portraits de compositrices a de quoi laisser quelque peu perplexe. Certes, les sept portraits de compositrices du passé (de à ) et les trois interviews de compositrices vivantes (de la non-féministe à la féministe engagée en passant par la modérée ), sont très intéressants. Mais on sent que Benjamin François a beaucoup à dire sur le sujet de la composition au féminin, trop vite abordé ici, et auquel il devrait plutôt consacrer un livre à part.

En définitive, cet ouvrage sera certainement utile à qui veut briller en société, mais donnera une image biaisée de ce qu’écoutent vraiment les amateurs de musique classique.

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  • Michel LONCIN

    Un livre TOTALEMENT INUTILE sauf … pour les ignares et/ou les pédants !!! La SEULE authenticité : la destination : « pour les NULS » (et Dieu sait s’ils sont myriades en musique dite … « classique ») !!!

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