Bannière-Web-ResMusica-728x90

La riche palette d’émotions de l’Ensemble Sillages

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble, Musique de chambre et récital

Brest. Le Quartz, Petit Théâtre. 24-I-2019. Allain Gaussin (né en 1943) : Au-delà du temps (création, commande de l’Ensemble Sillages). Mauricio Kagel (1931-2008) : Trio n° 2 In einem Satz. Beat Furrer (né en 1954) : Presto con fuoco. Gonzalo Bustos (né en 1983) : Fanal. Gérard Zinsstag (né en 1941) : Discolorato (création en concert, commande de Radio France). Isabel Soccoja, mezzo-soprano ; Ensemble Sillages : Vincent Leterme, piano ; Ingrid Schoenlaub, violoncelle ; Lyonel Schmidt, violon ; Gilles Deliège, alto ; Sophie Deshayes, flûte ; Jean-Marc Fessard, clarinette ; Hélène Colombotti, percussion ; Aïda Aragoneses, harpe ; Gonzalo Bustos, direction ; Philippe Arrii-Blachette, direction artistique

_MG_2732 copieLe Petit Théâtre du Quartz à Brest accueille un concert très coloré de l’, explorant avec bonheur des mondes musicaux singuliers.

Après une soirée autour du thème du rituel, l’ offre à sa ville de résidence une programmation plus hétéroclite incluant deux créations. Atout non négligeable, les spectateurs ont la chance de voir et entendre trois des compositeurs présenter leur œuvre de vive voix, , et . Force est de constater que le public, nombreux et enthousiaste, est sensible au geste pédagogique et à la perspicacité de la programmation, dans un secteur pourtant souvent considéré comme difficile d’accès. Quand le programme est bien équilibré, un concert varié est une aventure peuplée de surprises pour le spectateur, chaque proposition amenant une saveur nouvelle. Attendant avec curiosité la pièce suivante, il trace sa propre cartographie de la soirée au fil de ses émotions.

S’il faut chercher un lien entre elles, le lyrisme peut être une première piste, s’exprimant dans toutes les œuvres et plus particulièrement au travers de la performance artistique de la mezzo-soprano , qui ouvre et clôture le concert. Dans la création Au-delà du temps d’, elle chuchote des fragments du poème écrit par le compositeur, en duo avec la harpe d’. Par vagues successives ponctuées de silences, souffle, voix timbrée et cordes dialoguent. Progressivement, la harpe grattée, frottée, pincée ou arpégée ménage des harmonies colorées qui soutiennent des phonèmes surgissant par à-coups et des vocalises intenses. La voix de l’instrumentiste se mêle à celle de la chanteuse à la fin de la pièce, en symbiose parfaite. En se questionnant sur le temps, , passionné par l’astrophysique, nous interroge sur ce que peut être la musique, depuis sa genèse jusqu’à sa complexité ultime.

_MG_2726 copie réapparaît pour les deux derniers morceaux. Sa voix est intégrée comme un instrument au cœur du petit ensemble réunissant percussion, trio à cordes et dispositif électronique dans Fanal de , dirigé par le compositeur. Une trame de fond maintenue autour d’une hauteur constante structure l’œuvre, s’amplifiant et se répercutant au travers de nombreuses reconfigurations sonores. Trilles, tremblements et ondulations maintiennent cette énergie continue, inspirée initialement par la vision d’un reflet de soleil sur l’eau du Lac Léman au petit matin. La percussion d’ est déterminante dans le fil qui se déroule et qui prend progressivement une tournure hypnotique, avec des formules instrumentales et vocales répétitives frisant le rituel de transe.

Enfin, dans Discolorato de , la voix d’Isabel Soccoja devient l’héroïne centrale sur qui tout se focalise, en récitant, chantant et clamant le sonnet 283 de Pétrarque, lamentation sur la mort de Laure de Noves, son amour disparu. Commandée initialement pour le format séquentiel des émissions « Alla Breve » d’Anne Montaron, cette œuvre en cinq miniatures est créée à cette occasion en concert. Les deux quatrains et deux tercets du sonnet de Pétrarque encadrent un texte de Joël-Claude Meffre. Comme de délicats coups de pinceaux sur une toile pointilliste, flûte, clarinette, alto, harpe et percussion soutiennent une déclamation madrigalesque subtilement incarnée. « Décoloré » est le visage morbide tant aimé, comme sont à peine saisissable dans leur fluidité les textures instrumentales qui portent le texte initial. Puis c’est la colère qui achève l’œuvre, exprimant l’impuissance face à la mort par les lamentations et les accents percussifs de l’orchestre.

L’autre lien qui unit les pièces est leur aspect chambriste, annoncé dans le programme du concert. Toutes revêtent ce caractère, mais c’est particulièrement le cas des deux œuvres instrumentales jouées en deuxième et troisième position dans le programme. Le Trio n° 2 In einem Satz pour piano, violon et violoncelle de révèle une musique sanguine, sauvage, bigarrée, tourbillonnante, parcourue de rythmes de tangos et de multiples accidents. Elle ménage de nombreuses sections contrastées et finit dans un climat méditatif aux lignes fantomatiques. Presto con fuoco pour piano et flûte de Beat Furrer démontre son intérêt pour le jazz en proposant une sorte d’étude sur le rythme à la virtuosité débridée : ostinatos, martellements, irrégularité, césures, phrases hachurés, engrenages complexes. Ces enchevêtrements sont parfaitement maîtrisés par et , dont la complicité est éclatante.

La place du jeune chef et compositeur Gonzalo Bustos au sein de l’Ensemble Sillages s’affirme et présage de riches découvertes à venir. En 2020, il partagera la direction artistique avec , avant d’être seul à la barre l’année suivante.

Crédits photographiques : Ensemble Sillages © Guy Chuito

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.