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Rituels, un concert-cérémonie extatique de l’Ensemble Sillages

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Brest. Le Quartz (Petit Théâtre). 30-XI-2018. Simone Movio (né en 1978) : Incanto IV. Giacinto Scelsi (1905-1988) : Yamaon ; Okanagon. Daniel D’Adamo (né en 1966) : Ombres portées pour contrebasse solo. Lionel Peintre, baryton ; Florentin Ginot, contrebasse ; Jérôme Laran : saxophone ; Paul Riveaux : contrebasson ; Ensemble Sillages : Marine Perez, flûte ; Stéphane Sordet, saxophone ; Vincent Leterme, piano ; Hélène Colombotti, percussions ; Aïda Aragoneses, harpe ; Gonzalo Bustos, direction ; Philippe Arrii-Blachette, direction artistique

N18016Dans l’intimité du Petit Théâtre du Quartz à Brest, l’ offre un spectacle envoûtant construit autour de deux œuvres de .

C’est en fond de scène que le concert débute par Incanto IV de , pour saxophone, flûte, piano et percussion. Cette œuvre subtile aux mille couleurs déroule une fine ligne sonore continue, tissée de petites touches fragiles et précises émises par les quatre instrumentistes, conduits par le geste sûr de . D’emblée, l’auditeur est invité à une concentration extrême et s’installe dans un état de réception propice au spectacle qui suit.

Le rituel prend tout son sens avec le triptyque central, construit comme une variation sur le même thème, mélodique, sonore et enfin rythmique, avec un fil conducteur incontournable : la contrebasse de . Il commence par Yamaon de . Énoncé dans une langue inventée par le compositeur, un récit du fond des temps évoque la conquête et la destruction de la ville d’Ur, cité mésopotamienne antique. Il est porté par la voix gutturale et hiératique du baryton , très investi dans son rôle de narrateur et de maître de cérémonie. Ses phonèmes étranges sont soutenus par les blocs sonores archaïsants de deux groupes instrumentaux complétés par la percussion : contrebasse et contrebasson d’une part, saxophones alto et baryton d’autre part.

joue ensuite avec brio Ombres portées pour contrebasse solo de Daniel D’Adamo, pièce la plus récente du programme, qu’il a créée en 2017. D’une grande richesse, les sons fusent, grondent, grattent, grincent, sifflent et soufflent, rendant presque humaine la voix de cet immense instrument-totem trônant au centre de la scène. Progressivement, l’interprète habité installe la transe, lâcher-prise paradoxal suscité par son contrôle absolu des traits virtuoses de la partition.

Giacinto Scelsi est convoqué de nouveau au travers d’Okanagon, qui plonge les spectateurs dans la pulsation primitive, sans cesse entretenue par la harpe, le tam-tam et la contrebasse. On assiste alors à la naissance de la musique, surgie d’un son originel développé et mis en vibration par les trois interprètes complices, en parfaite symbiose.

La cérémonie s’achève par la reprise de Yamaon, cette fois amplifiée et spatialisée. Ainsi, la voix de , qui chante depuis le fond de la scène, est rendue plus présente et son discours plus percutant. La répétition variée de ce récit de destruction et de disparition entre immanquablement en résonance avec nos préoccupations actuelles et pose le dernier jalon d’un programme savamment assemblé par .

Crédit photographique : © Guy Chuiton

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