D’Adamo et Schubert, jeux de miroir par le Quatuor Béla

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Metz. Arsenal. 29-I-2019. Daniel D’Adamo (né en 1966) : Sur vestiges, pour quintette à cordes ; Franz Schubert (1797-1828) : Quintette à cordes D. 956. Noémi Boutin, violoncelle ; Quatuor Béla : Julien Dieudegard, Frédéric Aurier, violons ; Julian Boutin, alto ; Luc Dedreuil, violoncelle

QuatuorBelaÔö¼-«JeanLouisFernandez046Avec la violoncelliste , le propose un spectacle scénique… qui vaut d’abord pour la musique.

Unir le cœur du répertoire classique à la création contemporaine est une noble mission ; donner à la musique de chambre un support visuel est une entreprise sans doute moins indispensable : telles sont, quoi qu’il en soit, les données du concert donné à l’Arsenal par le enrichi du violoncelle de . En écho au quintette à deux violoncelles de Schubert, c’est au compositeur franco-argentin Daniel D’Adamo, élève de Philippe Manoury et passé par l’Ircam, que le Quatuor Béla a passé commande : le programme créé en octobre 2018, qui fait l’objet d’une tournée de La Belle Saison, ne prévoit pas seulement la juxtaposition des deux œuvres, mais une véritable imbrication.

C’est Sur vestiges qui ouvre la soirée, d’abord par une intrigante et sombre atmosphère dominée par des glissandi de toute sorte : la diversité des modes de jeu va ici de pair avec une écriture qui ne renonce pas à la couleur. Schubert, en effet, n’est pas loin.

La disposition des musiciens sur la scène suscite nécessairement l’image d’un concerto, Noémi Boutin étant entourée du Quatuor Béla – non pas un concerto romantique avec virtuose soliste et masse du collectif, mais celui d’un dialogue plus intime, quatre et une, mais aussi toute une variété de combinaisons, dont un jeu remarquable entre les deux violoncelles : même si Daniel D’Adamo affirme que sa pièce peut être aussi jouée sans Schubert, ce serait dommage de se priver de cette interaction.

C’est au moment où, après une phase plus tourmentée qui n’est pas sans rappeler Chostakovitch, la musique en vient progressivement à une sorte d’immobilité qu’émerge comme du néant la vaste architecture du premier mouvement du quintette de Schubert, pour lequel les musiciens du quatuor retrouvent une disposition plus commune. Le Quatuor Béla l’interprète avec un travail d’ensemble et de couleurs qui mérite le respect, avec un premier violon délicat qui choisit de ne pas se donner le rôle éminent qu’on pourrait attendre ici. Le talon d’Achille de cette interprétation est sans doute une expressivité en berne, la précision allant de pair avec une certaine littéralité parfois gênante, notamment dans le scherzo.

L’accord final de l’œuvre de Schubert n’est pourtant pas la fin du concert : prolongé, puis diffracté en une série d’impalpables échos par D’Adamo, il ouvre la voie au véritable finale de la soirée, qui n’est autre que le mouvement lent du quintette de Schubert, « oublié » entre les deux premiers mouvements. Dégager ainsi le cœur méditatif et bouleversant de la pièce, à vrai dire, aurait sans doute eu plus de justification dans une interprétation plus directement émotionnelle, mais ce procédé non répétable semble en quelque sorte donner à la soirée une forme en miroir : pourquoi pas. Les lumières qui donnent à la scène une atmosphère variée selon la musique n’apportent à vrai dire pas grand-chose, mais la partie musicale du concert justifie après tout bien l’entreprise.

Photo : © Jean-Louis Fernandez

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