Début de l’Intégrale parisienne des Quatuors de Weinberg par le Quatuor Danel

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Cité de la Musique, Amphithéatre. 4-II-2019. Mieczysław Weinberg (1919-1996) : Quatuor à cordes n° 1 en ut mineur op. 2/141 ; Quatuor à cordes n° 2 en sol op. 3/145 ; Quatuor à cordes n° 3 en ré mineur op. 14.
5-II-2019. Mieczysław Weinberg (1919-1996) : Quatuor à cordes n° 4 en mi bémol op. 20 ; Quatuor à cordes n° 5 en si bémol op. 27 ; Quatuor à cordes n° 6 op. 35. Quatuor Danel : Marc Danel, Gilles Millet, violons ; Vlad Bogdanas, alto ; Yovan Markovitch, violoncelle

Pour la première fois en France est interprétée l’intégrale des Quatuors à cordes de Mieczysław Weinberg, avec pour la défendre en cinq soirs la formation la plus proche de l’œuvre du compositeur depuis plus de deux décennies, le , dont les deux concerts initiaux couvrent les six premiers des dix-sept quatuors écrits de 1937 à 1986.

Fondée cinq ans avant la mort d’un compositeur à la santé déclinante, le formé par le Quatuor Borodine s’est rapidement diversifié et spécialisé dans l’œuvre de . En plus d’interpréter les œuvres, la formation fournit un travail musicologique très important, qui a permis entre autre la création de certains ouvrages restés inédits plus de quarante ans après leurs compositions, à l’instar des Quatuors n° 3 et 6 créés seulement en 2007, interprétés à nouveau ces lundi et mardi dans un Amphithéâtre de la Cité de la Musique complet.

Après sept concerts pour livrer déjà l’intégrale à Manchester en cette fin janvier, dont l’un auquel a été couplé le magnifique Quintette pour piano en compagnie du spécialiste David Fanning, et avant le même cycle prévu à Washington, Londres, Taïpei et Amsterdam, le premier soir parisien débute par le Quatuor n° 1, joué également trois jours plus tôt à Tourcoing en ouverture d’un programme éclectique. Le son de l’ensemble y semble d’abord moins épais que pour leur version au CD chez CPO, tirée de l’intégrale en six volumes enregistrée entre 2006 et 2009. Cependant, il faut préciser que l’œuvre écrite en 1937 par un compositeur de 18 ans, bien qu’elle soit ici donnée dans sa version révisée de 1985, autorise surtout la découverte des prémices au style d’un artiste certes déjà marqué par son aîné de treize ans Dimitri Chostakovitch, mais encore peu maître de l’écriture affirmée qu’il déploiera par la suite.

Pour démontrer le développement du style quelques années plus tard, le Quatuor n° 3 présenté juste après afin de laisser le plus lyrique n° 2 en fin de soirée expose déjà des phrasés nettement mieux construits, avec un traitement de la polyphonie très travaillé pour toujours maintenir la convergence entre les quatre partitions de cordes. Le premier violon Marc Danel se plait ici à déployer ses longues parties solistes avec la particularité de souvent lever les pieds de son tabouret, comme si cette semi-lévitation l’aidait à surélever le discours de l’archet.

Le violoncelle de Yovan Markovitch répond avec chaleur avec un archet qui chaque soirs perd de nombreux crins, au risque de ne pouvoir assurément finir la session jusqu’à vendredi sans être retouché. Le mardi, les Quatuors 4 à 6 interprétés dans l’ordre chronologique présentent un style de composition plus affirmé, et exposent un son superbement concentré de la part des Danel dans le Quatuor n° 4 en mi bémol op. 20. Ce premier quatuor de la période russe de Weinberg, alors que l’homme est invité par Chostakovitch à s’installer à Moscou, permet également de relativiser les emprunts de cette musique à celle du mentor, car si Weinberg sera toujours dans l’ombre du premier, des parties paraissant évidemment inspirées par Chostakovitch se montrent en réalité composées avant les grandes pièces que le génie créera pour cette même formation.

Le style motorique à l’image de Prokofiev passionne également ici dans les pièces de Weinberg, tout particulièrement sous cette dure netteté des archets du Quatuor Danel, avec à citer également pour sa prestation dans le Quatuor n° 5, l’altiste Vlad Bogdanas, quand Marc Danel se voit lui toujours bien épaulé par le geste plus en retrait mais toujours bien calibré du second violon Gilles Millet. Le complexe Quatuor n° 6, marqué par des accents d’une sombre gravité, clôt le programme officiel de la seconde soirée à plus de 22h30. Les artistes passionnés se permettent malgré tout d’ajouter un bis non négligeable, deux pièces rares du compositeur écrites en 1950, Improvisation et Romance, jouées pour la première fois en France et idéales pour alléger la fin de soirée avec dès l’introduction un joli thème au premier violon retraité ensuite par les autres instrumentistes.

Crédits photographiques © : Marco Borggreve

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