Suite et fin de l’intégrale Weinberg par le Quatuor Danel

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Cité de la Musique. 7-II-2019. Mieczysław Weinberg (1919-1996) : Quatuor à cordes n° 11 op. 89. Quatuor à cordes n° 13 op. 118. Quatuor à cordes n°12 op. 103.
8-II-2019. Mieczysław Weinberg (1919-1996) : Quatuor à cordes n° 14 op. 122. Quatuor à cordes n° 15 op. 124. Quatuor à cordes n° 16 en la bémol mineur op.130. Quatuor à cordes n° 17 en ré op. 146. Quatuor Danel : Marc Danel, Gilles Millet, violons ; Vlad Bogdanas, alto ; Yovan Markovitch, violoncelle

Déjà passionnant dans les quatuors de la première période de , le poursuit et achève son intégrale à l’Amphithéâtre de la Cité de la Musique avec une rigueur et une vigueur jamais relâchées, jusqu’au Dix-Septième et dernier quatuor.

L’épreuve était de taille pour le d’avoir programmé à Paris comme dans d’autres villes du monde l’intégrale des quatuors de Weinberg sur une semaine, afin de fêter le centenaire de la naissance du compositeur. Soutenu par et l’Association Internationale Dimitri Chostakovitch, le projet a pu être pérennisé et l’ensemble trouve chaque soir face à lui un Amphithéâtre de la Cité de la Musique complet, composé d’un public particulièrement attentif et silencieux, sauf lorsqu’il s’agit de remercier les artistes à la fin des pièces.

Quatuors 11 à 13

Le Quatuor n° 11 opus 89 introduit le concert du jeudi et démontre dès l’Allegro assai que l’ensemble n’a rien perdu de sa dextérité et de sa concentration malgré déjà dix quatuors interprétés les trois soirs précédents. La maturité de la pièce de 1967 les aide même plutôt qu’elle ne les dessert, car il faut une attention de tous les instants pour imiter avec un faux-semblant de légèreté les coups de bec sans doute inspirés par La Poule de Haydn, alors que les deux derniers mouvements, Adagio semplice et Allegro leggiero, prouvent à quel point le compositeur s’est assombri au milieu des années 1960. Pour rappel, son Quatuor n°6 inscrit en 1948 sur la liste de Jdanov avait fait passer son œuvre pour Musica non grata, et comme Chostakovitch jusqu’à la fin de sa vie, Weinberg tentera de moduler ses expressions avec le conformisme imposé par le régime.

De l’aîné précité, il faut distancier la musique du Polonais et pour oser un parallèle avec la peinture, présenter Weinberg par rapport à Chostakovitch comme László Moholy-Nagy l’est à Piet Mondrian. À la première impression ou d’un coup d’œil distrait, on pense au plus célèbre, mais très rapidement, les pièces expriment une autre identité stylistique. La proximité avec la musique du mentor, notamment son caractère sombre et tendu, se retrouve certes souvent, mais comme l’expose le Quatuor n° 13 donné juste après le 11e par les Danel, l’absence de lien thématique et l’effet de fuite rappellent parfois plus l’influence de Bartók en même temps qu’ils développent l’écriture unique de Weinberg. À cette œuvre composée après six années blanches pour ce type de formation, alors que Chostakovitch est mort depuis maintenant deux ans, l’auteur ne donne plus aucune autre indication de tempo que la notation métronomique. Les instrumentistes en ressortent un jeu précis et volontairement rigide, à l’archet très appuyé sur les cordes, avec un staccato particulier de l’alto Vlad Bogdanas, également remarquable dans la netteté des pizzicati, comme ensuite lors du 12e Quatuor, alors que dans cet ouvrage, la première place revient au violoncelle particulièrement inspiré de Yovan Markovitch, d’abord laissé seul dans un superbe récitatif, puis en duo avec le premier violon de Marc Danel dans le Moderato final.

Quatuors 14 à 17

Le vendredi sont présentés les quatre derniers quatuors, avec pour commencer le 14e opus 122, créé par le Quatuor Danel à Manchester il y a seulement douze ans, alors que Weinberg était mort onze années plus tôt. Ici encore se démarquent les soli inspirés du premier violon et du violoncelle, avant les interventions remarquées de l’alto, puis celles toujours temporisées du second violon de Gilles Millet, qui enfin dans le dernier mouvement peut prendre la première voix sur quelques parties. Le suivant comme les deux quatuors précédents n’offre plus aux interprètes que des indications métronomiques pour les interpréter, et il sera passionnant d’évaluer dans l’avenir comment les formations s’y adapteront, mais pour le moment, les Danel y maintiennent des sonorités implacables, sans jamais non plus durcir le trait à excès, que ce soit dans des forte traités avec des doigts encore particulièrement énergiques malgré l’heure de musique déjà abattue en première partie, comme dans les parties piano, dans lesquelles la sourdine est régulièrement utilisée.

Évidence de la mort qui approche ou insouciance de la vieillesse, le dernier Quatuor n°17 en ré opus 146, composé en 1986, offre une belle conclusion à tout le cycle avec son caractère plus enjoué que les précédents, en plus de citer de nombreuses pièces antérieures du compositeur, dont une douce mélodie tirée du cycle En Berçant l’enfant, opus 110. L’interprétation ne présente aucune fatigue de la part d’un Quatuor Danel encore impressionnant par sa verve naturelle dans cette partition. À ces deux soirées déjà très chargées sont ajoutés des bis, le vendredi une reprise de l’Improvisation et Romance créée en France ce mardi même en bis par la formation, puis le Scherzo du Quatuor n° 5, déjà offert la veille et interprété le dernier soir avec une précision et une vigueur encore intègre malgré les dix heures de musique de Weinberg enchaînées en cinq soirées !

Crédit photographique : © Marco Borggreve

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