Banniere-ClefsResmu-ok

Couperin version Rousset, l’art de l’alchimie

À emporter, CD, Musique d'ensemble

François Couperin (1668-1733) : Concerts Royaux. Les Talens Lyriques ; clavecin et direction : Christophe Rousset. 1 CD Aparté. Enregistré par Little Tribeca du 20 au 23 décembre 2015 à l’église évangélique luthérienne Saint-Pierre (Paris). Notice bilingue. Durée : 62:12

 

couperin rousset aparteLes Talents Lyriques transportent l’essentiel des émotions du Grand Siècle dans quatre Concerts Royaux où l’art de Couperin devient la cartographie du cœur humain. L’esprit du Roi Soleil traverse le temps pour, au zénith de sa maturité, atteindre l’universel.

Ces quatre suites pour clavecin sont prétexte à une libre distribution des rôles entre divers instruments (violon, hautbois, flûte), soutenus par une basse chiffrée (viole et clavecin).  Ces concerts royaux furent établis par tonalité au moment de leur édition par le compositeur lui-même, après la mort de Louis XIV. Le musicien a accompagné le monarque dans sa dernière décennie de vie, lui apportant les accents d’une musique à la fois héritière du Grand Siècle mais aussi portée par le souffle d’une transformation qui sera aussi bien sociale que musicale.

Cette musique semble faire le bilan d’une vie consacrée à un esthétisme codifié à l’extrême. Sa force contenue suggère une passion arrivée à maturité. Les effets esquissés suffisent pour construire une ambiance qui n’est pas dénuée de mélancolie. Les danses ne sont plus que d’anciens rappels d’une époque où l’art était le symbole du Tout. Ces Concerts Royaux nous offrent une synthèse de cet art d’exprimer et de montrer, dans une intimité où les affects, pleins d’une élégante pudeur, se livrent à l’auditeur dans un mouvement d’une concision extrême.

C’est à l’intérieur d’une codification rigoureuse que les couleurs instrumentales ressuscitent un véritable éclat poétique. L’instrumentation, habilement distribuée, joue sur l’échange des dynamiques et de la combinaison des caractères. Le violon de trouve avec grâce la bonne amplitude de vibrato comme la bonne incise d’archet pour transmettre le discours. Patrick Beaugiraud, au phrasé olympien, fait du hautbois l’outil de la réconciliation des éléments terrestres, tandis que le timbre voilé de la flûte de Georges Barthel nous fait pénétrer dans ce royaume des dieux, si cher à Louis XIV.

De ces suites pour clavecin, construit un monde de couleurs où les timbres nous renvoient à une danse imaginaire des émotions contenues. Épaulé par la viole d’ qui sait modeler les tensions, le créateur des Talens Lyriques règne en alchimiste au-dessus de ces Concerts Royaux.

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.