Conte d’hiver aride avec le Quatuor Thymos à la Cité de la Musique

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Amphithéâtre de la Cité de la Musique. 5-III-2019. Anton Webern (1883-1945) : Cinq Mouvements pour quatuor à cordes op. 5. Olivier Dejours (né en 1950) : Un conte d’hiver. Franz Schubert (1797-1828) : Quintette pour deux violons, alto et deux violoncelles en ut majeur D 956. Xavier Phillips, violoncelle ; Quatuor Thymos : Gabriel Richard, violon ; Eiichi Chijiiwa, violon ; Nicolas Carles, alto ; Delphine Biron, violoncelle

Quatuor ThymosD’une soirée prometteuse à l’Amphithéâtre de la Cité de la Musique ne ressortent que l’alto et deux violoncelles, trop peu pour porter les œuvres présentées, dont Un Conte d’Hiver d’.

Devant un parterre complet, les membres du entrent sur la petite scène de l’Amphithéâtre de la Cité de la Musique pour aborder Webern, qu’ils connaissent si bien. Les premiers accords des Cinq Mouvements pour quatuor à cordes op. 5 se montrent droits, avec des indications de tempi bien respectées. La chaude intervention du violoncelle de Delphine Biron contraste dès sa première phrase solo, à l’indication Etwas ruhiger tempo II, puis les timbres aigres et le jeu sec des deux violons reprennent vite le dessus, avant de laisser ressortir le violoncelle à la coda du mouvement II, soutenu au IV et V par l’alto ouvert de .

Cette relative aridité pouvait s’intégrer dans une volonté du d’interpréter avec autorité les mesures de l’une des premières pièces dodécaphoniques, composée en 1910, à quelques années de la première œuvre reconnue comme telle. Mais le jeu proposé dans Webern est également celui qui est appliqué pour l’ouvrage contemporain d’. Créé en 2016 à Washington DC, Un Conte d’Hiver se base sur la pièce homonyme (The Winter’s Tale anglais) de William Shakespeare, déjà connue dans le milieu musical pour avoir inspiré Boesmans et l’un de ses plus beaux opéras. Elle est découpée en cinq actes, les trois premiers servant à une tragédie, les deux derniers à une comédie, tandis qu’au centre, le Temps habillé en vieillard prévoit un long monologue, chez Shakespeare placé à la Scène I de l’Acte IV. Quitte à diviser l’ouvrage en trois parties distinctes, pourquoi alors ne pas donner tout l’Intermezzo à un seul instrument, l’alto ou le violoncelle par exemple, plutôt que le traiter comme les autres, avec le quatuor entier ? De plus, on s’étonne que la Comédie (Conte de fée) soit introduite justement par l’alto solo, ensuite rejoint par les autres membres, sans que se démarque véritablement de la musique un quelconque caractère ironique. La première partie avait installé le matériau utilisé pour toute l’œuvre, avec de la part d’Olivier Dejours une bonne maîtrise de la formation utilisée, à défaut d’un véritable caractère stylistique. Sans refuser la modernité, la pièce lorgne régulièrement vers des phrases romantiques, proches de Brahms, très rapidement interrompues, peut-être par peur d’un retour en arrière trop marqué. À cela s’ajoute une sur-utilisation des pizzicatos, et une mise en image de l’hiver empruntée à Vivaldi, avec du début à la fin du Conte de rapides trémolos, tremblements utilisés par le Vénitien dès L’inverno RV 297 de ses Quatre Saisons si célèbres.

Le retour d’entracte, avec le Quintette D 956 de , aurait pu nous permettre de passer rapidement sur les premières œuvres. Malheureusement, les moments les plus compliqués du concert se trouvent à la fin, là où , premier violon au début du concert, échange sa place avec . Car, outre du tempérament et de l’agilité, il faut pour celle-ci un véritable phrasé, trois éléments dont Richard est totalement dénué ce soir. L’Allegro ma non troppo inquiète et l’Adagio fatigue, malgré le chaleureux violoncelle de , bien accompagné par le second de Delphine Biron et toujours l’alto. Un duo avec le premier violon montre tout le talent de Phillips et la personnalité exigée pour exalter l’ultime quintette de Schubert, mais cela reste trop peu pour dynamiser cette soirée.

Crédits photographiques : Quatuor Thymos © Jean-Jacques Renard

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