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Eric Lu, splendide premier lauréat du concours de Leeds 2018

À emporter, CD, Musique de chambre et récital, Musique symphonique

Frédéric Chopin (1810-1849) : quatrième ballade en fa mineur opus 52, sonate pour piano n°2 en si bémol mineur, opus 35 « funèbre ». Ludwig van Beethoven (1770-1827) : concerto pour piano n°4, en sol majeur, opus 58. Eric Lu, piano. Orcehestre Hallé, direction Edward Gardner. Un CD Warner. Enregistré en public dans le cadre du concours de Leeds en septembre 2018, au University great hall et au Leeds Town Hall. Texte de présentation uniquement en anglais. Durée: 62:31

 

eric lu leedsCes enregistrements lors de la récente dernière édition du Concours Leeds le prouvent : est un pianiste majeur de la génération montante, doublé d’un musicien raffiné et exigeant.

, jeune pianiste américain, ayant étudié avec Dang Thai Son, et Robert Mac Donald a déjà à son actif de multiples prix internationaux : à dix-sept ans à peine, il était déjà classé quatrième lauréat au Concours Chopin de Varsovie en 2015, puis premier prix la même année du Concours Chopin de Miami, ensuite, en 2017 de l’International German Piano Award de Francfort, dans la foulée duquel avait été enregistré un splendide récital paru l’an dernier et justement fêté en nos colonnes (Genuin, Clef d’or ResMusica).

Ce parcours du combattant a été couronné par un premier prix au prestigieux et essentiel concours Leeds à l’automne dernier. Cette récompense lui vaudra dans les prochaines années une prise en charge de sa carrière internationale par l’agence Askonas Holt, un partenariat avec le troisième programme de la BBC et avec Warner Classics, outre de nombreux engagements de par le monde. Les présentes captations, lors du second tour (Quatrième ballade de Chopin), de la demi-finale (Sonate funèbre) et de la finale avec orchestre (Quatrième Concerto de Beethoven) constituent un premier jalon d’une collaboration discographique que l’on espère fructueuse, et donne un juste reflet de l’interprète à l’opposé de l’image d’Épinal d’une « bête de concours ».

En effet, dans le versant soliste, les présentes interprétations publiques font oublier le contexte même de la captation par leur vie intense et leur perfection. On ne sait qu’admirer le plus : le contrôle de la sonorité très riche en harmoniques, le jeu perlé, juste incisif quand il le faut, mais jamais noyé par la pédale, l’étagement et l’aération des plans sonores. Mais ce souci de fini technique est au service d’une conception des œuvres savamment construite et adroitement menée. L’artiste prend ainsi son temps pour détailler toujours différemment chaque nouvelle exposition du matériau thématique de la Quatrième ballade de Chopin et pour en déployer lentement toute l’amertume onirique et le spleen infini, avant une coda vraiment tragique et emportée. La Sonate funèbre voit sa dramaturgie revisitée : loin de jeter d’emblée toutes ses forces dans la bataille, Eric Lu ose l’exposition initiale dans un mezzo forte troublant et interrogateur, là où la reprise, assez souvent omise, surtout dans un contexte de concours, saisit vraiment, et forte, le destin à la gorge. De même la gradation des nuances dans la marche funèbre, donne vraiment l’illusion de l’approche puis de la disparition dans le lointain d’un macabre cortège, ouvrant la porte sur l’infinitude et l’énigme du court et morbide final, nimbé d’un génial sfumato et littéralement cloué par le tranchant de ses deux accords terminaux. Mais loin d’être univoque, cette approche laisse aussi place à la vie intense (deuxième thème et coda du mouvement initial) à la rêverie (la mazurka stylisée du trio du scherzo) ou à la nostalgie (section centrale de la marche funèbre, envisagée comme un immatériel nocturne).

Le Concerto n°4 de Beethoven capté en finale certes très maîtrisé et par moment sublime n’atteint peut-être pas les mêmes sommets, non par la faute du soliste mais par un manque de conjonction (et de répétitions ?) avec l’orchestre Hallé et le chef . Là où, dès sa courte cadence introductive, Eric Lu semble ouvrir par son jeu des perspectives infinies par lesquelles Beethoven tend la main à la première génération romantique, Gardner campe sur ses positions, sanguines et roboratives, dans l’héritage du Sturm und Drang. Si ces deux options sont séparément crédibles, elles ne sont pas toujours compatibles entre elles et le pianiste semble un peu brusqué par le tempo de l’allegro initial imposé par un chef parfois peu à l’écoute de son soliste : le pianiste joue, savamment et poétiquement, parfois la carte d’une gracieuse volubilité par exemple lors de la réexposition du premier mouvement, mais impose juste après une cadence d’un intense et dramatique envoûtement. L’andante con moto souffre un peu de la même dichotomie d’approche, même si le pianiste y fait montre d’une renversante retenue pudique et habitée. Le Rondo vivace final, enjoué, permet enfin aux interprètes d’enfin trouver enfin la connivence d’approche requise et de jouer alors le même concerto !

En conclusion, à ces quelques réserves près, et sans tomber dans les poncifs du genre vantant la maturité d’un jeune musicien primé, voici un disque témoignage-clé (à l’égal de son précédent enregistrement) de l’éclosion d’un artiste plus que prometteur, pianiste accompli doublé d’un poète des sons et d’un incontestable architecte de la grande forme.

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