À l’Arsenal de Metz, romances à la française avec Yann Beuron

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Metz. Grande salle de l’Arsenal. 22-III-2019. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : poème symphonique Phaéton, prélude du Déluge, mélodies avec orchestre (« Angélus », « L’Attente », « Rêverie », « L’Enlèvement », « La Feuille de peuplier », « La Cloche ») ; Hector Berlioz (1803-1869) : chasse royale et orage extraits des Troyens, extraits des Nuits d’été (« Villanelle », « Le Spectre de la rose », « L’Île inconnue »), Roméo seul / Tristesse / Fête chez les Capulets extraits de Roméo et Juliette. Yann Beuron, ténor. Orchestre national de Metz, direction : Jacques Mercier

yann beuronProgramme cent pour cent français, qui fait la part belle à la mélodie pour orchestre et au répertoire symphonique du XIXe siècle.

Avec des grands classiques comme les pages symphoniques de Roméo et Juliette de Berlioz, les extraits des Nuits d’été ou la « Chasse royale et orage » tirés des Troyens, le succès de la soirée était gagné d’avance. On connait de longue date les affinités de et de l’ pour ce pan du répertoire musical, et le public a visiblement été sensible à de telles accointances, qui font de certaines de ces pages de vrais moments de bonheur. On aura noté notamment la beauté retentissante des cuivres. Les pièces moins connues de Saint-Saëns participent du même esprit musical, même si l’on y décèle une sensibilité davantage wagnérienne, moins influencée en tout cas par les relents du premier romantisme français. Mercier et l’orchestre y sont en tout cas autant à l’aise, et c’est un réel bonheur que d’entendre le prélude du Déluge (1875) avec son extatique solo de violon. Datant d’à peu près la même période, le poème symphonique Phaéton (1873) atteste un style d’écriture plus pompier qui n’en est pas moins caractéristique d’une période riche en contrastes. L’unité du programme était renforcée par la présence, de la part des deux compositeurs mis à l’honneur, de romances pour voix et orchestre. Composés sur des textes de (les trois extraits des Nuits d’été) ou de Victor Hugo (L’attente, Rêverie, L’Enlèvement, La Cloche de Saint-Saëns), voire de poètes moins connus, ces mélodies traduisent toutes la même sensibilité exacerbée, le même raffinement verbal et musical qui s’inscrivent dans cette esthétique résolument postromantique qu’il est toujours tellement plaisant de revisiter.

Ces pièces trouvent en un interprète idéal, notamment pour l’élégance et la clarté de la diction. Doté dans le grave de beaux reflets barytonnants, l’instrument a néanmoins un peu de mal à négocier certaines phrases écrites dans le haut de la voix. Sans doute était-ce dû en partie au souci de proposer des couleurs et des textures aussi délicates, et de privilégier coûte que coûte le chant pianissimo dans les zones les plus inconfortables de la voix. Conscient des risques vocaux encourus, le public a réservé un triomphe à ce grand artiste, ainsi qu’à l’orchestre de la maison dirigé par le chef qui l’a conduit à bout de bras pendant de nombreuses années.

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