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Marie-Antoinette de Malandain à Versailles

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Versailles. Opéra royal. 28-III-2019. Marie-Antoinette. Chorégraphie : Thierry Malandain. Musique : Joseph Haydn, Christoph Willibald Gluck. Décors et costumes : Jorge Gallardo. Conception lumière : François Menou. Avec les danseurs du Malandain Ballet Biarritz. Orchestre Symphonique d’Euskadi, direction : Mélanie Levy-Thiébaut

L’écrin somptueux de l’Opéra royal de Versailles sert de cadre au ballet Marie-Antoinette, nouvelle création de . Se concentrant sur les plaisirs de la fête et de l’amour à Versailles, le ballet ne parvient pas à saisir la complexité du personnage et de son époque.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, le destin tragique de Marie-Antoinette, qui a inspiré tant d’artistes et fait couler tant d’encre, n’avait encore jamais été un sujet de ballet. L’occasion en est donnée par une commande de l’Opéra royal de Versailles au chorégraphe , habitué des lieux pour lesquels il avait créé Cendrillon en 2013 et la Belle et la bête en 2015. Quel cadre aurait davantage pu convenir à ce ballet que cette salle de bleu et d’or, inaugurée en 1770 pour les noces du Dauphin, futur Louis XVI, et de Marie-Antoinette ?

Ici, Thierry Malandain ne fait pas œuvre de transgression. Son ballet évoque le XVIIIe siècle par la musique, tout d’abord, avec le choix des Symphonies de Haydn et d’un extrait d’Orphée et Eurydice de Gluck, joués par l’. Par la chorégraphie également, qui, si elle reste néoclassique, n’en fait pas moins de nombreuses référence à la danse baroque, poignets cassés, buste torsadé, et agile jeu du bas de jambe. Les costumes de Jorge Gallardo, quant à eux, revisitent, de manière moderne et épurée, les robes XVIIIe.

La chorégraphie suit une progression chronologique par l’intermédiaire de tableaux qui illustrent des événements emblématiques du destin de Marie-Antoinette, depuis ses noces avec le Dauphin, jusqu’aux journées des 5 et 6 octobre 1789 et le départ de Versailles. Outre la danse et les fêtes, le chorégraphe aborde plusieurs épisodes de la vie de la reine. Celui, douloureux, des rapports avec Louis XVI et d’un mariage non consommé pendant sept ans, mais aussi la rencontre amoureuse avec le comte de Fersen et l’expérience de la maternité.
L’esthétique, sobre et soignée, allie rigueur géométrique des placements et fantaisie des coiffures et costumes. Pourtant, la chorégraphie reste lisse et la psychologie des personnages peu fouillée. Afin d’assurer la lisibilité des tableaux et l’identification des personnages, des surtitres explicitent chaque scène, au risque d’une simplification excessive des épisodes historiques et de raccourcis un peu naïfs.
On aurait aimé peut-être moins de sagesse et davantage de passion, dans une cour riche en fortes personnalités. Or, sans les indications scéniques, il aurait été difficile de percevoir le mépris de la reine pour la du Barry, par exemple. La présence et l’élégance de Claire Longchampt en Marie-Antoinette sont indéniables mais la structure même de l’œuvre ne permet pas de dresser le portrait d’un personnage complexe. Louis XVI, interprété par Mickaël Conte, reste en retrait, presque effacé.

Il faut noter toutefois de belles réussites. Ainsi, la reconstitution du ballet Persée, créé en 1682, donne lieu à une superbe chorégraphie, interprétée avec brio par Hugo Layer en Persée, à une mise en abyme intéressante et un parallèle pertinent entre la Méduse dont la tête est tranchée par Persée et la triste fin de la souveraine sur l’échafaud. La danse des éventails, qui viennent encercler Marie-Antoinette comme dans un cabaret chic, est visuellement très réussie. On sourit aux scènes champêtres et aux moutons qui évoquent le Hameau cher au cœur de la reine. Sur un très bel extrait de l’Orphée et Eurydice de Gluck, la reine s’attendrit à la vue de son enfant. Néanmoins, représenté un peu maladroitement par une poupée en bois, l’enfant prête à sourire, et la scène n’évite pas l’écueil de la mièvrerie.

Il faut attendre le grondement de la Révolution pour que l’action s’accélère et que le ballet gagne en intensité. Cette partie est toutefois très vite escamotée. À peine les rumeurs vindicatives commencent-elles à se faire entendre que le rideau tombe dans un grand fracas un peu caricatural.

Si cette Marie-Antoinette manque de souffle et d’intensité dramatique et psychologique, Thierry Malandain parvient à recréer l’atmosphère de la cour par de très belles images et donne une cohérence d’ensemble à un sujet historique ô combien difficile à traiter.

Crédits photographiques : © Olivier Houeix

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