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La São Paulo Dance Company montre son savoir-faire à Chaillot

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Théâtre national de la danse – Chaillot. 19-IV-2019. Suite pour deux pianos (1987). Chorégraphie, décors et costumes : Uwe Scholz. Recréation Giovanni Di Palma. Musique : Sergueï Rachmaninov (Suite pour deux pianos op. 17, interprétée par Martha Argerich et Nelson Freire). Lumière : André Boll

L’Oiseau de feu – Pas de deux. Chorégraphie, scénographie, costumes : Marco Goecke . Musique : Igor Stravinsky (L’Oiseau de feu, berceuse et final). Lumières : Udo Haberland / Wagner Freire. Dramaturgie : Nadja Kadel

Odisseia. Chorégraphie : Joëlle Bouvier. Musique : Bachianas Brasileiras (extraits) de Heitor Villa Lobos ; La Passion selon saint Mathieu (extraits) de Johann Sebastian Bach ; Melodia Sentimental de Heitor Villa Lobos (paroles de Dora Vasconcellos) et poème Pátria Minha de Vinícius de Moraes (dans la voix de Maria Bethânia). Lumières : Renaud Lagier. Avec les danseurs de la São Paulo Dance Company

Sur un programme conçu pour présenter un large éventail de son répertoire, la enchante par ses danseurs habités, explosifs et capables de jongler de la technique néoclassique d’ à celle contemporaine de , en passant par l’écriture rigoureuse et unique de

Dirigée par Inês Bogéa, la très jeune compagnie brésilienne, qui vient de fêter ses dix ans d’existence, se produit à Paris pour la première fois. Le programme, intelligemment conçu, présente le riche répertoire d’une compagnie de base académique mais très ouverte sur la création contemporaine. C’est d’ailleurs une nouvelle création de la chorégraphe française pour la compagnie qui est présentée pour clore ce programme en beauté.

Le chorégraphe allemand est relativement méconnu en France. Pourtant ce génie précoce, formé par John Cranko et chef chorégraphe de l’Opéra de Leipzig pendant treize ans, est un maître du style néoclassique, dont les pièces se caractérisent par une technicité redoutable et une grande musicalité. La Suite pour deux pianos, créée en 1987 sur la musique de Rachmaninov, présente une série de tableaux dansés sur un fond où sont projetées les œuvres de Vassily Kandinsky. Les danseurs portent des académiques noir et blanc, d’une grande sobriété, qui mettent en valeur les lignes du corps. Brillante, la chorégraphie enchaine sauts et portés, dans un esprit de pur divertissement qui n’est pas sans rappeler les fantaisies balanchiniennes. Les danseuses sont projetées en l’air et volent littéralement d’un partenaire à l’autre. Avec un brin d’humour, deux danseurs rivalisent de virtuosité technique avant de fraterniser et de valser ensemble. Les danseurs de la rayonnent par leur vivacité hors pair et leur joie de danser.

Avec L’Oiseau de feu de , pièce créée en 2010, le changement d’univers est complet. Sur la sublime partition de Stravinsky, Goecke déploie sa gestuelle heurtée, avec un travail des bras et des mains remarquable. Par un simple jeu de battement de mains, il rend visible l’oiseau, sans avoir besoin de recourir à des costumes emplumés. La danseuse qui interprète l’oiseau est simplement vêtue d’un corset rouge, seule tache de couleur dans un univers sombre. Elle forme un duo avec un homme, dont le torse nu met en avant le travail méticuleux du haut du corps. Comme toujours chez Goecke, les univers semblent cloisonnés et les personnages évoluent plutôt côte à côte qu’ensemble, plutôt en parallèle de la musique qu’avec elle. La pièce se termine d’ailleurs dans le silence, montrant la décorrélation possible entre la danse et la musique. La précision des gestes, épurés et presque acérés, est admirable. , dont le vocabulaire peut trouver ses limites dans certaines pièces, signe ici un chef-d’œuvre.

Au terme d’une progression chronologique, le programme se clôt sur Odisseia. Née de la rencontre entre Joëlle Bouvier, chorégraphe française co-directrice du CNDC d’Angers jusqu’en 2003, et la compagnie brésilienne, la pièce a été créée en septembre 2018 à São Paulo. Réflexion sur le thème de la migration, Odisseia est conçue comme une épopée, un voyage qui fait écho au mythe homérien. Avec poésie et finesse, Joëlle Bouvier évoque les étapes de l’itinéraire d’un migrant, pavé de dangers sur mer, et sur terre aussi quand il faut faire face au rejet de l’autre, mais rempli également d’espoir et d’amour. Avec peu de moyens, la chorégraphe parvient à faire naître des images et à raconter des histoires. Un immense sac poubelle gonflé et remué devient une vague immense contre laquelle lutte le naufragé ; des vestes dont le bord est agité suggèrent le vent maritime qui souffle sur les rafiots. La danse, très fluide, tournoie et tourbillonne. Les ensembles évoquent la solidarité ; les corps à corps, soit violents soit amoureux, évoquent la richesse des expériences humaines.

Sur une partition qui mêle extraits des Bachianas brasileiras d’Heitor Villa-Lobos, de La Passion selon saint Mathieu de Bach et des chants brésiliens, Joëlle Bouvier crée une œuvre forte et sensible sur une question terriblement actuelle.

Crédits photographiques : Suite pour pianos, Uwe Scholz © Wilian Aguiar ; Odisseia, Joëlle Bouvier © Clarissal Lambert

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