Les fastes funéraires royaux de la Renaissance espagnole

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Toulouse. Église musée des Augustins. 9-IV-2019. Manuel Correa (1600-1653) : Commisa mea pavesco ; Francisco Guerrero (1528-1599) : Hei mihi Domine. Miguel Juan Marquez (16 ?-16 ?) : Versa est in luctum. Tomás Luis de Victoria (c 1548-v 1611) : Officium Defunctorum 1605 : Taedet animam meam ; Introit, Kyrie ; Graduel ; Offertoire ; Sanctus-Benedictus ; Agnus Dei ; Communio ; O sacrum convivium. Alfonso Lobo (c. 1555-1617) : Versa est in luctum ; Matheo Romero (c. 1575-1647) : Libera me. Carlos Patino (1600-1675) : Taedet animam meam. La Maîtrise de Toulouse. Les Sacqueboutiers, direction : Mark Opstad

Soliste Antonio Guirao

Belle idée que de réunir la précieuse Maîtrise du conservatoire de Toulouse aux fameux souffleurs des Sacqueboutiers pour un programme aussi rare qu’essentiel autour de l’Officium pro defunctorum de et de quelques pièces vocales et instrumentales pour les funérailles royales espagnoles de la fin du XVIe siècle.

Moins prolifique que ses contemporains Roland de Lassus ou Giovanni Pierluigi da Palestrina, dont il suivit toutefois l’enseignement à Rome, l’œuvre de Victoria n’en possède pas moins une perfection d’écriture polyphonique, qui constitue l’un des sommets de la musique vocale religieuse de la Renaissance.

Formé d’une messe de Requiem à six voix et de deux motets (Taedet animam meam, seconde leçon de matines pour les défunts, un motet funèbre Versa est in luctum, auxquels est ajouté le répons Libera me), cet office des défunts de 1603 est en quelque sorte le chef d’œuvre de Victoria, composé pour les obsèques de l’impératrice Marie d’Autriche, sœur du roi Philipe II. Chant du cygne de Victoria, cette messe contemporaine de la première édition du Don Quichotte de Cervantès, représente la fin d’une époque. C’est un adieu à la polyphonie de la Renaissance, qui marque également pour longtemps la fin de l’hégémonie espagnole sur le monde, mais aussi dans les arts, que ce soit la musique, la littérature ou la peinture. La transition entre la Renaissance et la période baroque est marquée par l’insertion de quelques motets de , , , et , à la fois antérieurs au Requiem ou ouvrant la voie vers la période suivante.

Contrairement à l’austérité tridentine, que Victoria respectait scrupuleusement, mais en conformité avec la pompe fastueuse des funérailles à la cour espagnole, des instruments joignent leurs voix « colla parte » en doublure du chœur, à la façon des ministrers, qui officiaient dans les églises de la péninsule ibérique et à la cour. C’est ainsi que les cornets à bouquin de Jean-Pierre Canihac et Clément Formatche, les sacqueboutes de Daniel Lassalle et Pierre Horgue, la chalemie de Philippe Canguilhem et le basson de Laurent Le Chenadec rehaussent la polyphonie. Ils insèrent en outre deux pièces purement instrumentales Comisa mea pavesco de et O sacrum convivium de Victoria, témoignant de leur grande virtuosité et de leur profonde connaissance d’un répertoire qu’ils servent avec dévotion depuis quarante-trois ans.

La prestation de la maîtrise, en grand effectif de cinquante-cinq voix ce soir, réunissant enfants et adultes sous la direction attentive et dynamique de , ne mérite que des éloges. L’homogénéité de l’ensemble, la qualité des timbres de chaque registre, la clarté de la prononciation latine à la romaine, l’ample dynamique couvrant l’acoustique généreuse de l’église sont un bonheur constant pour l’oreille. Rappelons que par un travail approfondi depuis 2006 avec les différentes générations d’enfants, le chef a fait de cette formation la première structure maîtrisienne du Sud-Ouest.

La célèbre église musée toulousaine, chef-d’œuvre du gothique méridional, était pleine à craquer et l’on dut refuser du monde. Les malchanceux pourront toutefois se consoler avec l’enregistrement prochain de ce beau programme par les mêmes interprètes.

Crédits photographiques : © Alain Huc de Vaubert

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