Sankai Juku, le chemin de la transmission

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 29-IV-19. Sankai Juky / Ushio Amagatsu : ARC, Chemin du jour. Chorégraphie, concept, direction artistique : Ushio Amagatsu. Scénographie d’après Atterissage et amerrissage de Natsuyuki Nakanishi. Musique : Takashi Kako, Yas-Kaz, Yoichiro Yoshikawa. Avec Semimaru, Sho Takeuchi, Akihito Ichihara, Dai Matsuoka, Norihito Ishii, Shunsuke Momoki, Taiki Iwamoto, Makoto Takase

DSC07668En noir et blanc ou en couleurs, le butoh de  fait escale avec ARC, Chemin du jour, la dernière création de la compagnie Sankai Juku, au Théâtre des Champs-Élysées dans le cadre de la programmation Hors les murs du Théâtre de la Ville. La pureté de son style en fait un classique.

Dès le premier tableau, qui voit apparaître le vénérable , l’un des danseurs vedette de la compagnie Sankai Juku, les hommes de cendres installent un autre rapport à l’espace et au temps. Avec leurs gestes lents, suspendus, leurs regards pointés vers le ciel, ils sont d’un âge et d’une époque indéfinissable.

Plus fluide, le deuxième tableau qui met en scène cinq hommes, est d’une forme presque classique, dans les couleurs ternes de la terre et d’un ciel qui se serait confondus.

En couleurs, le troisième tableau est exceptionnel : deux danseurs, l’un en jupe rouge, l’autre en jupe verte, rivalisent de beauté dans deux solos successifs aux puissants effets dramatiques. Sous le signe de la balance, thème principal de la scénographie, ou du yin et du yang, leur rencontre est étonnante d’équilibre.

Puis les hommes de cendres reviennent entre préciosité et raffinement, ils tissent une danse presque baroque aux quatre points cardinaux de la scène. Leurs robes brodées d’une grande plume font d’eux les grands prêtres ou les moines d’un rite inconnu et mystérieux dont le symbole apparaît lentement en fond de scène, sous la forme d’un poisson (le symbole aux deux arcs de cercle des premiers chrétiens).

Le solo de l’homme a la jupe verte qui suit est un fantastique moment, entre féminité et masculinité, entre poésie et théâtre, qui n’empêche pas un certain cabotinage. Quand l’homme en vert et l’homme en rouge se rencontrent à nouveau, rien ne semble pouvoir se passer, comme si le feu et l’eau ne pouvait se rencontrer.

Le spectacle laisse alors la place à un dernier rituel, assez symbolique, avec les quatre hommes de cendres plus jeunes qui forment une sorte de corps de ballet. Ils sont rejoints par les trois danseurs solistes, aux plus fortes personnalités, plus âgés et moins à l’aise dans ce style fluide et lié que dans les solos précédents. A l’instar des trésors vivants du Japon, où dans la tradition du théâtre kabuki, les plus jeunes entourent et suivent leurs maîtres, et ses danseurs perpétuent la transmission d’un art devenu légendaire. Ils sont réunis ensemble, toutes générations confondues, dans un final sur fond de ciel étoilé qui rappelle la dimension cosmique du butoh.

Crédit photographique : © Sankai Juku

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