Bernard Haitink à Berlin, l’heure des adieux

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Berlin. Philharmonie. 9-V-2019. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano et orchestre n° 27 KV 595 ; Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n° 7. Paul Lewis, piano ; Orchestre philharmonique de Berlin, direction : Bernard Haitink

NL-HaNA_2.24.01.03_0_916-0628Mozart et Bruckner sont au programme, et l’admiration du public au rendez-vous.

Pour son dernier concert avec l’ avant la saison sabbatique qu’il s’apprête à prendre, a choisi un programme en pleine continuité avec ses choix de prédilection de ces dernières années : un concerto du classicisme viennois, une symphonie de Bruckner. Le concerto, cette fois, est le dernier concerto de Mozart, et comme souvent ces dernières années c’est qui en est le soliste, pour ses débuts avec l’orchestre. Lewis a des qualités certaines d’articulation et de clarté qui sont bien entendu idéales dans ce répertoire et dans cette œuvre en particulier. Dans l’expression cependant, on aimerait un peu plus de fantaisie, un sens plus ludique du dialogue avec l’orchestre. Surtout, avec une palette qui oscille entre mezzoforte et forte, sans beaucoup de nuances, cette clarté finit par donner moins une impression d’élégance que de prosaïsme, de récitation impersonnelle. L’accompagnement de Haitink, lui, est d’une délicatesse permanente, sans pour autant dédaigner parfois (au début du second mouvement par exemple) l’ampleur du grand geste symphonique.

Après l’entracte, c’est donc au tour de Bruckner, avec cette fois la Symphonie n° 7. Les choix interprétatifs de Haitink ne surprendront pas ses plus fidèles auditeurs : le discours musical est ici encore prioritaire sur les grands effets dramatiques, et il entre beaucoup de lumières dans les couleurs de ce Bruckner. Le chef ne se laisse jamais aller aux plaisirs de la lenteur pour elle-même, mais il prend le temps de laisser respirer cette musique visionnaire : ce n’est pas qu’il cherche à gommer la force tragique de certains passages, mais son regard va toujours plus loin que l’événement sonore du moment. Le début du troisième mouvement, particulièrement lent, n’a rien de l’irrésistible chasse qu’on peut facilement y entendre ; le travail de la dynamique sonore est comme toujours avec Haitink soigneusement pensé, évitant toute brutalité, ne laissant l’orchestre déployer toute sa puissance qu’à quelques moments clefs, et ne sacrifiant jamais la lisibilité.

Parmi les solistes de l’orchestre, c’est la flûte de Matthieu Dufour qui brille ici le plus – l’œuvre la met souvent au premier plan, et le soliste en tire parti. Les couleurs et la texture inimitable des cordes de l’orchestre appartiennent en propre aux musiciens berlinois ; la manière dont Haitink marie ces cordes si homogènes avec les cuivres, semblant chercher souvent une fusion des timbres, n’est qu’à lui. C’est dire à quel point la perspective du retrait des scènes d’un des plus grands chefs de son temps ne peut que remplir de tristesse auditeurs et musiciens, sans oublier la gratitude éternelle que nous lui devons.

Crédits photographiques : en 1964, l’année de son premier concert avec l’ (Photo Jac. de Nis, Nationaal Archief – CC0)

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  • Michel LONCIN

    Marier les cordes et les cuivres … qu’est-ce à dire … quand on sait que l’orchestration de Bruckner, qui rappelle « l’orchestration » polychorale des vénitiens de la Renaissance … qu’elle vient de l’orgue, opposant les instruments par famille … ?

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