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Krystian Zimerman en récital à la Philharmonie de Paris

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Philharmonie, Grande salle Pierre Boulez. 7-VI-2019. Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate pour piano n° 3 en fa mineur op. 5. Frédéric Chopin (1810-1849) : Quatre Mazurkas op. 24 ; Scherzo n° 1 en si mineur op. 20 ; Scherzo n° 2 en si bémol mineur op. 31 ; Scherzo n° 3 en ut dièse mineur op. 39 ; Scherzo n°4 en mi majeur op. 54. Krystian Zimerman, piano

zimerman_2006_02-070206Rare à la scène comme au disque, le pianiste fait un retour remarqué à Paris, après cinq ans d’absence.

, qu’il serait indécent de présenter, fait partie de ces pianistes mythiques au même titre qu’Horowitz ou Michelangeli qui ne voyagent jamais sans leur piano. Personnalité hors du commun par son approche globale des œuvres (musicologique, interprétative, technique et acoustique), il fait de chacune de ses apparitions en concert un moment unique. Dans un programme convoquant Chopin et Brahms, deux de ses compositeurs de prédilection, il fournit, avec ce récital tant attendu, un nouvel exemple de sa farouche volonté d’excellence qui lui fit renier plusieurs de ses enregistrements discographiques, affirmant que pour lui : « La dernière chose dont l’art est fait se passe dans la salle de concert… »

La titanesque Sonate n° 3 de occupe à elle seule toute la première partie. Composée en 1853, contemporaine de la rencontre avec le couple Schumann à Düsseldorf, elle porte en filigrane les accents de Beethoven, Bach et Schumann, tout en affichant clairement ses appartenances brahmsiennes par ce mélange de mélancolie et de force tellurique. Véritable symphonie déguisée, ample et cyclique, elle comprend cinq mouvements comme autant d’occasions pour Krystian Zimerman de faire montre de l’impressionnante variété de son jeu, très contrasté, riche en couleurs, parfaitement articulé, souverainement maîtrisé jusque dans les moindres nuances et envoûtant de bout en bout. Orchestral, puissamment conduit, percussif mais sans dureté, le premier mouvement Allegro Maestoso est en opposition avec le second Andante expressivo où le jeu délicat et perlé de Zimerman souligne l’élégance de la ligne sans sacrifier jamais à un quelconque pathos sirupeux, tandis que le Scherzo jubilatoire, teinté d’espièglerie, suit un rythme de valse plein de fougue. L’Intermezzo tout en nuances s’enfonce dans les ténèbres aux rythmes d’une grave marche funèbre, précédant un Finale. Allegro moderato ma rubato d’allure rhapsodique où la virtuosité reprend ses droits.

Brahms cède la place à Chopin pour la seconde partie, avec la mise en miroir saisissante des Mazurkas de l’opus 24 et des quatre Scherzi. Un face à face dont Krystian Zimerman semble vouloir atténuer l’antinomie en gommant quelque peu la rusticité des Mazurkas et en minimisant l’aspect quasi expressionniste et bouillonnant de rage contenue des quatre Scherzi.

Les quatre Mazurkas op. 24 furent composées en 1835. Krystian Zimerman en donne, ici, une vision élégante, presque « de salon », tour à tour interrogative pour la première, enthousiaste pour la seconde, d’une simplicité épurée pour la troisième et éminemment tourmentée et romantique pour la quatrième où les douleurs et la nostalgie de l’exil se chargent d’une poésie véritablement habitée qui ne trouve sa résolution que dans le silence.

Bien différents, les quatre Scherzi, composés entre 1831 et 1842, se présentent comme une course précipitée, maintenant l’auditeur en haleine. Chopin s’en réapproprie la fantaisie traditionnelle pour en faire, à l’inverse, des pièces noires et tranchantes. Le Scherzo n° 1, très théâtral, effrayant et dramatique, déchaîne ses déferlements virtuoses, alors que le n° 2 réussit le difficile mariage des contrastes dans une sorte de magie sonore faite de force et de délicatesse. Le Scherzo n° 3 déploie toutes ses couleurs avec une inspiration souveraine, tandis que le n° 4, plus léger, se pare de la sérénité retrouvée.

Un récital éblouissant qui fera date, conclu par de nombreux rappels et une standing ovation de la Philharmonie toute entière.

Crédit photographique : Krystian Zimerman © Mat Hennek/ DG

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