Les musiques légères de Ferenc Fricsay à Stuttgart

À emporter, CD, Musique symphonique

Gioachino Rossini (1792-1868) : Ouverture du Voyage à Reims. Richard Strauss (1864-1949) : Burleske pour piano et orchestre. Zoltán Kodály (1882-1967) : Danses de Galanta. Bernd Alois Zimmermann (1918-1970) : Caboclo, portrait brésilien. Arthur Honegger (1892-1955) : Concertino pour clavier et orchestre. Maurice Ravel (1875-1937) : Boléro. Margrit Weber, piano ; Sinfonieorchester des Süddeutschen Rundfunk, Ferenc Fricsay, direction. 1 CD SWR Classic. Enregistré en public, à la Villa Berg de Stuttgart, le 10 octobre 1955. Notice en allemand et en anglais. Durée totale : 72:55

 

747313907083 possédait le génie de tirer le maximum de tous les orchestres qu’il dirigeait. Qui plus est, lorsqu’il proposait des programmes d’une originalité que l’on n’oserait peut-être plus aujourd’hui… 

Le présent concert capté en 1955 est réédité dans son intégralité. Stupéfiant, déjà, par le choix du répertoire ! Sur le papier, on doute, mais à l’écoute, cela fonctionne à merveille. Au point d’ailleurs, que le titre du livret ose un « Leichte Musik ? ». Le point d’interrogation suggère, à lui seul, l’évolution de la conception de la musique dite « légère », qui a été pervertie depuis un demi-siècle par la tumeur de l’Entertainment. Chez Fricsay, le rire et l’humour demeurent au service d’un lyrisme de tous les instants. Sa façon de porter la pulsation du rythme dans l’ouverture du Voyage à Reims en dit long : il tient fermement un orchestre dont il préserve la clarté et les équilibres à défaut de l’élégance. La Burleske, l’une des partitions que redoutent la plupart des pianistes, est en deçà de celle que la soliste et le chef gravèrent un mois plus tôt avec le RIAS-Sinfonieorchester de Berlin (DG). Le piano est un peu à la peine, qui plus est, voilé dans sa captation. Cela est compensé par un orchestre charmeur (bois et premiers violons).

Fricsay se passionnait pour la musique de son temps. L’extrait du ballet Alagoana de , une chorégraphie créée deux ans plus tôt, révèle la capacité, chez ce chef, de faire “swinguer” un orchestre aussi peu souple que celui de Stuttgart. Ce n’est assurément pas le Philharmonique de New York que l’on entend, mais la décantation des timbres et la justesse de la mise en place impressionnent d’autant plus qu’il s’agit d’une seule prise. Mieux que dans Strauss, Margrit Weber possède dans les doigts, le « jazz mozartien » du Concertino d’. Sa brillance néoclassique (1924) et sa finesse trépidante n’épargnent pas quelques couacs bien sentis dans les vents, un peu dépassés. Ajoutons la très belle nonchalance imprimée au Boléro de Ravel, même si l’orchestre (avec ses bois et cuivres qui sautent quelques notes et “couaquent” encore, allègrement) ne peut faire oublier la version captée, l’année suivante, avec le RIAS de Berlin (DG).

Gardons le meilleur pour le fin avec les Danses de Galanta de . Que de maladresses à nouveau dans certains pupitres (les cors), mais aussi, que de moments superbes ! Fricsay semble interroger ses pupitres, les placer devant leurs responsabilités individuelles, les aider à être eux-mêmes. On transpire pour la clarinette qui finit par émouvoir. Retenons de cette lecture des Danses de Galanta, un engagement de tous les instants. Cela étant, on ne peut oublier les témoignages de Fricsay, captés à Berlin et plus encore, le génial concert du Festival de Salzbourg d’août 1961 avec le Philharmonique de Vienne (Great Conductors of the 20th Century, Emi Classics). Mais, avec les musiciens viennois, on change de “catégorie”…

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