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Le facteur d’orgue Michel Formentelli : figlio d’arte

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La parole est donnée à des facteurs de piano, d’orgue, de clavecin ou encore des luthiers et tout autre artisan « de l’ombre ». Sous la forme d’anecdotes, de réflexion sur le métier, ou de confidences imaginaires d’artisans célèbres dans l’histoire de la musique, ResMusica choisit de les mettre en lumière. Pour accéder au dossier complet : Les confidences d’artisans de la musique

 

formentelli_bruno_coinceNé à l’orée des années 70 dans une famille franco-italiano-portugaise, occupe aujourd’hui une place particulière dans le monde des constructeurs et des restaurateurs. Il se définit lui même comme un « figlio d’arte », c’est à dire ayant appris son métier auprès de son père, comme cela est particulièrement de tradition en Italie. Sa démarche est claire : s’appuyer sur l’histoire de la facture ancienne pour créer et restaurer selon les gestes retrouvés des artisans du passé.

En octobre 1981, l’orgue monumental de la cathédrale d’Albi était reconstruit dans son esthétique baroque du XVIIIᵉ siècle par Barthélémy Formentelli. Ce fut un évènement exceptionnel dans l’histoire de l’orgue français. Son fils Michel allait tout juste fêter ses 11 ans. Élevé dans ce contexte d’excellence, c’est très tôt qu’il fut impliqué dans le labeur familial autour de divers instruments à restaurer ou à édifier. Il est vrai que son père Barthélémy était le formateur idéal, ayant lui même appris son art, entre autres, auprès de Philippe Hartmann, facteur d’orgue renommé dans la restauration des instruments anciens. A 18 ans, après avoir terminé le lycée et obtenu le diplôme en lettres classiques, il entre dans l’atelier de son père, d’abord en formation d’apprenti (3 ans) puis de maîtrise (9 ans) dans les différentes disciplines d’un métier aussi complexe que peut être la facture d’orgues, de clavecins et de forte-pianos, lorsqu’ils sont à restaurer historiquement à l’identique et à en construire des copies. Ces quatorze années lui ont souvent permis de franchir les Alpes et de connaître des chantiers en France, en Belgique, Autriche, Espagne, Portugal, Suisse et en Allemagne. En 2001, il ouvre son atelier personnel à Camerino dans les Marches (Italie) où il y restaure d’anciennes orgues suivant les critères philologiques des plus ajournés. Il y construit également orgues et instruments historiques à clavier (clavecins, épinettes, spinettone, régales, harmoniums, etc…). Il y creuse naturellement un sillon créatif, toujours en parallèle avec l’atelier paternel.

Perspicace dans la méthodologie de la restauration, il invite volontiers des personnes avisées en cette matière (organistes, experts, surintendants, inspecteurs) à visiter, vérifier, s’exprimer en cours de restauration. Les parties instrumentales sont soumises à l’étude, à l’analyse, au recensement, à la confrontation, pour décider enfin des procédés de restauration les plus authentiques et les plus efficaces. Conscient de la valeur de l’objet, il réalise en se référant toujours à la pratique de l’art ancien par l’étude d’ouvrages, toutes les parties qui composent les instruments : tuyaux de bois et métal, sommiers, claviers, transmissions mécaniques, soufflets, mise en harmonie, récupération de l’harmonie d’origine.

Des dizaines d’orgues anciens ainsi restaurés en son atelier de 2001 à aujourd’hui lui ont permis d’acquérir un bagage culturel et historique important, autant dans les Marches que dans d’autres régions d’Italie, en Israël où encore en France. travaille depuis des années en tant qu’harmoniste et accordeur des instruments à clavier pendant les phases d’enregistrement d’instruments historiques en Suisse, France, Belgique et Italie, pour le compte de diverses maisons de disques telles que Naxos, Tactus, Bongiovanni, Syrius, Aeolus, Brilliant Classics, Triton, XCP… Co-fondateur du Musée des instruments anciens à Camerino dans l’Église Saint François (XIIIᵉ siècle), musée où sont regroupés orgues positifs, forte-pianos, harmoniums, clavecins, épinettes… Récemment, son atelier s’est spécialisé dans la restitution des instruments mécaniques anciens : serinettes, perroquettes, orgues-horloge, orgues à cylindres etc.

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Depuis une dizaine d’années, divers instruments historiques français et italiens ont ainsi été restaurés sur ces bases historiques et scientifiques et certaines de ces réalisations apportent un progrès réel dans la restitution sonore de ces instruments du passé que l’on croyait parfois avoir retrouvé, de manière plus aléatoire. En ce domaine, l’intuition ne suffit pas, de nombreuses preuves doivent être révélées et apportées pour aboutir à un résultat probant et fiable dans le temps et musicalement exploitable. Pour les orgues, la question des diapasons d’origine, souvent plus bas ou plus hauts que le la 440 habituellement utilisé de nos jours, les différents tempéraments, les divers morphologies des claviers et des pédaliers sont autant d’éléments fondamentaux dans la compréhension et la restitution des orgues du passé. Toute ces démarches sont le credo quotidien de Michel Formentelli. De récentes réalisations ont montré le bien fondé de ce travail au travers d’instruments en Italie, au Portugal et en France. Grâce à de riches réflexions, on récolte à présent les fruits de plus de soixante ans passés à ausculter l’histoire et les témoins du passé.

A la suite de son père Barthélémy, riche d’une carrière éblouissante ayant abouti à la reconstitution pour une église de Rieti, près de Rome, d’un grand grand orgue de 32 pieds en montre décrit dans le traité ancien de Dom Bedos L’art du facteur d’orgue, Michel Formentelli, en « fils de l’art », poursuit ce chemin passionnant et enrichissant à la gloire de la musique ancienne et de ses serviteurs, toujours en recherche de sonorités riches et équilibrées en écho à la définition même de Pythagore : « L’harmonie est le juste équilibre des contraires ».

Crédits photographiques : photo 1 © Bruno Coince ; photo 2 © Dépêche du Midi

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