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Dialogue vivant entre Degas et l’Opéra au musée d’Orsay

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Paris. Musée d’Orsay. 11-X-2019. Degas danse. Création du Ballet de l’Opéra national de Paris. Direction artistique : Aurélie Dupont. Conception et chorégraphie : Nicolas Paul.
Avec Emilie Cozette, danseuse étoile, Stéphane Bullion, danseur étoile, et le Corps de ballet de l’Opéra national de Paris

Au gré d’une déambulation poétique dans les espaces du musée d’Orsay, les danseurs de l’Opéra instaurent un dialogue vivant avec les œuvres du peintre Edgar Degas, mises en lumière dans l’exposition qui lui est consacrée.

Si Degas n’aimait pas le qualificatif de « peintre des danseuses » qui lui a été attribué, force est de constater qu’il est resté dans l’histoire de la peinture comme celui qui a sans doute le mieux saisi le quotidien des danseuses à l’Opéra. Avec justesse et sans idéalisation, il peint les danseuses dans leur intimité, saisit les moments de relâchement, les bâillements, les étirements, le travail de répétition.

C’est en s’inspirant de ce travail, qu’ et ont conçu un programme de performances dansées au cœur des espaces du musée d’Orsay, instaurant un dialogue dynamique et fécond entre peinture et spectacle vivant. Point de mimétisme d’une époque passée. La danse est contemporaine, vivante, actuelle, tout en multipliant les clins d’œil et références à l’œuvre du maître, dont la grande modernité saute aux yeux.

Le parcours est organisé comme une déambulation, qui réserve une part de mystère aux spectateurs. La crainte de se perdre dans ces espaces immenses et de manquer les performances prévues à heures fixes est vite écartée grâce à l’imposant dispositif de médiation mis en place. Dès son arrivée, le spectateur est guidé dans les espaces, les explications sont claires, et les groupes sont ensuite guidés d’un lieu à l’autre.

La déambulation commence par un prologue d’une heure qui laisse le loisir de visiter l’exposition « Degas à l’Opéra ». Très riche et bien documentée, celle-ci est ponctuée de hauts parleurs qui diffusent des paroles de danseurs et danseuses.
Puis, les spectateurs, répartis en groupes reconnaissables par un bracelet de couleur, se rendent aux rendez-vous du parcours-spectacle, d’une durée d’1h45.
A l’extrémité de la grande nef est présentée une barre « à la Degas ». Trois jeunes danseuses (, Luna Peigné et ), qui semblent tout droit sorties d’un tableau de Degas, s’installent gracieusement et lacent leurs chaussons. A l’instar des danseuses du tableau La Classe de danse, elles portent un tutu blanc en tulle agrémenté d’un nœud de couleur bleu ou rouge, et un ruban de velours noir enserre leur cou.
Avec un naturel recherché, elles adoptent certaines poses bien connues des danseuses dans les célèbres toiles du maître. Puis elles enchainent quelques exercices à la barre. Le tout est charmant et permet de donner vie aux danseuses de Degas, montrant que les postures des œuvres n’ont rien d’artificiel.

Dans l’auditorium, nous attend , danseur étoile de l’Opéra, installé dans les gradins. Cette fois, c’est le public qui monte sur scène. Inversant le rapport artiste/spectateur, cette courte pièce renvoie au regard moderne de Degas sur la danse, à ses cadrages désaxés, ses contre-plongées et coupes audacieuses. Sur une musique de Screen Shot un peu assourdissante, se déplace entre les sièges, s’assoit, se relève et se laisse aller aux déséquilibres. Si l’idée est intéressante, elle trouve toutefois ses limites, l’espace scénique étant fait pour laisser la place au danseur de s’exprimer, alors que semble un peu empêché dans l’espace contraint des gradins, tandis que le public est mal à son aise, la plupart des spectateurs restant debout sur les côtés.

Enfin, la dernière étape du parcours a lieu dans la magnifique salle des fêtes du musée d’Orsay. Parfois utilisée pour des concerts, cette salle resplendit de dorures, de lustres et de miroirs. Intrigués, les spectateurs attendent le début du spectacle. Discrètement, apparaissent trois danseuses en tutu (, et ), qui évoluent au milieu du public comme de jolies apparitions. Elles commencent à danser, ensemble ou en canon, circulant d’un côté de la salle à l’autre. Si les tenues évoquent la ballerine du XIXᵉ siècle, la danse, chorégraphiée par , est résolument contemporaine. S’y glissent toutefois subtilement des références aux gestes des danseuses de Degas, un port de bras, une inclinaison du buste, un mouvement de tête. Le résultat est déroutant, poétique et réussi. , à l’aise dans ce registre, allie grâce délicate et force de tempérament, donnant de l’intention à chaque geste, même les plus simples.

Si l’on aurait aimé que les parties dansées soient un peu plus consistantes, la soirée réserve de belles surprises et allie avec pertinence modernité et dialogue avec l’œuvre de Degas. Elle permet un rapport différent aux danseurs de l’Opéra, que l’on aimerait voir plus souvent hors de leurs murs.

Crédits photographiques : © Benoite Fanton/Opera national de Paris

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