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Le Trio Messiaen en bonne compagnie aux Bouffes du Nord

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Paris. Théâtre des Bouffes du Nord. 21-X-2019. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Trio n°1 op. 8 ; Sept Romances sur les poèmes d’Alexandre Blok op. 127. César Franck (1822-1890) : Quintette pour piano et cordes. Ernest Chausson (1855-1899) : Chanson perpétuelle op. 37. Trio Messiaen : Théo Fouchenneret, piano ; David Petrlik, violon ; Volodia Van Keulen, violoncelle. Alexandre Pascal, violon. Juan Miguel Hernandez, alto. Marion Tassou, soprano

Avec Chostakovitch, Franck et Chausson, le , seul ou accompagné, concocte un programme de choix au Théâtre des Bouffes du Nord.

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Composé à 17 ans, le Trio op. 8 de Dmitri Chostakovitch évoque curieusement le Quintette de Franck qui s’annonce en deuxième partie, qu’il s’agisse de la petite phrase exposée au début par le violoncelle puis le violon, ou plus généralement de la composition cyclique, reprenant les mêmes thèmes de manière toujours plus exaltée. Mais déjà la personnalité du compositeur russe s’exprime dans ses déchaînements soudains, à la fois percussifs et s’éloignant de la tonalité, et dans son écriture contrastée qui alterne en un seul mouvement parties élégiaques et parties violentes. Une bipolarité rendue parfaitement par le , avec au piano, au violoncelle, et au violon. Ce dernier enchante notamment dans le thème du troisième Andante, parenthèse rêveuse du morceau.

rejoint le trio pour les Sept romances op. 127, œuvre de la maturité, composée en 1967. Pour adapter les poèmes sombres d’Alexandre Blok (qu’on aurait aimé retrouver dans le programme), Chostakovitch a composé une musique qui fraie avec l’atonalité, passant des lignes dépouillées dans les graves aux éclats de fureur dans les aigus. Une entrée en matière pour le moins difficile, surtout quand on se souvient des enregistrements de la chanteuse Galina Vishnevskaya, dédicataire de l’œuvre et grande soprano du théâtre Bolchoï (voir aussi le concert de Marina Prudenskaya au TCE l’année dernière). Pourtant , jeune et brillante soprano au répertoire pour le moins varié, soigne ici l’articulation du texte, dialogue à égalité avec chaque instrument, en duo pour les trois premières pièces (Cette nuit agitée, très réussie avec le violon frémissant), en trio pour les trois suivantes et, enfin, en tutti. Elle offre même des aigus déjà puissants pour la salle des Bouffes du Nord dans Gamayun et l’Orage.

La seconde partie du concert va piocher parmi les plus belles pages de la musique française : le Quintette avec piano de en fa mineur et la Chanson perpétuelle d’. Il faut donc du renfort : l’altiste et le violoniste s’intègrent parfaitement au trio. L’ensemble est homogène même si l’on peut regretter (hasard de l’acoustique ou de la place en salle ?) un piano un peu feutré malgré le jeu véhément du pianiste, à la partie fort difficile, que l’on aurait aimé entendre davantage dialoguer avec les cordes prépondérantes. Le quintette sert le chef d’œuvre dans une interprétation virile et extravertie.

La version de chambre de la Chanson perpétuelle semble un intermédiaire idéal entre l’intimité d’un accompagnement de piano et la puissance d’un accompagnement orchestral. La diction de Marion Tassou laisse apprécier le poème poignant de Charles Cros, tandis que l’amplitude de ses nuances et de son expression suit avec justesse l’histoire de cette femme délaissée par son amant qui s’abandonne à la mort : « Et mon sein croira, frémissant // Sous l’enlacement caressant, //Subir l’étreinte de l’absent. » Nous frémissons aussi.

Crédits photographiques : Trio Messiaen © Mathilde Leconte

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Paris. Théâtre des Bouffes du Nord. 21-X-2019. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Trio n°1 op. 8 ; Sept Romances sur les poèmes d’Alexandre Blok op. 127. César Franck (1822-1890) : Quintette pour piano et cordes. Ernest Chausson (1855-1899) : Chanson perpétuelle op. 37. Trio Messiaen : Théo Fouchenneret, piano ; David Petrlik, violon ; Volodia Van Keulen, violoncelle. Alexandre Pascal, violon. Juan Miguel Hernandez, alto. Marion Tassou, soprano

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