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Jour J pour Elżbieta Sikora à Varsovie

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Varsovie. Studio Witold Lutosławski de la Radio Polonaise. 20-X-2019. Stanislaw Moniuszko (1819-1872) : Ouverture de l’opéra Le Manoir hanté pour orchestre ; Elżbieta Sikora (née en 1943) : Partita de la Suite III (baroque) pour orchestre ; Lamento de l’opéra Madame Curie pour soprano et orchestre ; Passage souterrain pour orchestre et électronique (CM) ; Paul Dukas (1865-1935) : L’Apprenti sorcier, poème symphonique pour orchestre ; Igor Stravinsky (1882-1971) : L’Oiseau de feu, suite de ballet, version 1945, pour orchestre. Anna Mikołajczyk, soprano ; Barbara Okoń-Makowska, réalisation en informatique musicale ; Orchestre de la Radio polonaise de Varsovie ; direction Michał Klauza

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De Wroclaw à Varsovie et de Katowice à la Philharmonie de Paris, cette année anniversaire de la compositrice franco-polonaise s'achève en beauté avec un concert retransmis en direct sur les ondes de la Radio polonaise de Varsovie, le jour même de sa naissance.

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Commandes d'œuvres nouvelles et nombreux concerts, en Pologne comme en France, ont marqué cette année de « jubilé » pour la compositrice : la création d'un concerto de violon à Katowice en mars dernier, des Miniatures pour orchestre (2013) jouées à la Philharmonie de Paris, la reprise de son opéra Madame Curie (2011) à Wroclaw en septembre 2018 ainsi qu'une carte blanche au NEM 2019 (Musica Electonica Nova), festival qu'elle a dirigé jusqu'en mars 2017. C'est une commande pour orchestre et électronique que lui a passée la Radio polonaise de Varsovie, célébrant ainsi la réunion des deux domaines dans lesquels s'équilibre la création de la compositrice, musique instrumentale d'une part et création électroacoustique d'autre part.

Franco-polonais pourrait-on (presque) dire, s'agissant du programme de la soirée, si l'on rappelle que L'Oiseau de feu d', donné en fin de concert, a été créé à l'Opéra de Paris par les Ballets russes le 25 juin 1910 sous la direction de Gabriel Pierné. On est d'emblée séduit par l'acoustique de l'auditorium Witold Lutosławski de Varsovie dont les parois de bois offrent l'écrin idéal pour les six pièces à l'affiche. C'est pour fêter le centenaire du compositeur Stanislaw Moniuszko (1819-1872), directeur de l'Opéra de Varsovie, que l'orchestre débute par la très courte ouverture de son ouvrage lyrique le plus connu (il en a écrit une douzaine), Le Manoir Hanté, qui, d'entrée, met en valeur la qualité du timbre du clarinettiste solo, fort sollicité ce soir. Plus courte encore, mais d'une toute autre énergie, Partita d' est le troisième des six mouvements de sa Suite III (baroque) de 1997, une commande de l'Orchestre Poitou-Charentes, qui aurait davantage trouvé sa place en tête du concert… Rythme de marche soutenu, couleurs et nervures rythmiques de la percussion participent d'une écriture toujours très intense chez la compositrice, qui forge ici en quelques minutes un espace-temps singulier.

Célèbre bien au-delà de l'hexagone, L'Apprenti sorcier de est aussi le cheval de bataille des orchestres polonais. En témoigne cette interprétation rutilante de l'Orchestre de la Radio, une phalange où jeunesse et présence féminine dominent : belle énergie du son, contours ciselés et fraicheur de la ligne servent ce chef d'œuvre intemporel, sous la direction galvanisante de .

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Créatrice du rôle-titre en 2011, à la Maison de l'Unesco de Paris, l'étonnante soprano dramatique polonaise Anna Mikołajczyk est ce soir sur le plateau pour donner un extrait de Madame Curie, le quatrième opéra de la compositrice. Le Lamento de Marie est cette page poignante, aux élans expressionnistes, où l'héroïne chante sa détresse après la mort de Pierre : tension paroxystique cernée par une percussion musclée, qui n'en ménage pas moins des contrastes vertigineux. L'écriture tendue est au service de la dramaturgie, sollicitant les capacités hors norme de la soprano, du parler mélodramatique au lyrisme flamboyant, jusqu'au cri que vient relayer le registre aigu des cordes. L'orchestre somptueux laisse parfois chanter le violoncelle, celui, ample et profond, de la jeune soliste qui vient de gagner sa place au-devant de l'orchestre. Elle est mise également en valeur dans Passage souterrain, l'œuvre mixte de Sikora donnée en création mondiale. La compositrice a conçu l'électronique dans les studios de la Radio polonaise de Varsovie, assistée par la RIM (réalisatrice en informatique musicale) qui est ce soir à la console de projection. Passage souterrain est une œuvre « fauve » où les instruments de l'orchestre se frottent, s'hybrident voire fusionnent avec les sons fixés dans un espace à haute tension. Le mixage hardi des deux instances, dans un premier mouvement presque conflictuel, tire les sonorités vers un univers bruité et parfois saturé. Le second mouvement est moins frontal, plus onirique voire narratif, traversé d'un superbe solo de clarinette. Alors que l'orchestre semble prendre le dessus, la partie électronique réinvestit seule l'espace de résonance, donnant à entendre un environnement urbain avec sirènes (celle de Varsovie), ces bruits du quotidien que la compositrice aime capter sur le vif. Le dernier mouvement est plus facétieux, avec les apparitions intrusives de l'électronique dans un monde instrumental plus conventionnel : telle cette « cadence » de violoncelle aussi voluptueuse qu'inattendue – magnifique soliste – qui relève de la technique du collage. Si la coda libère une énergie des plus spectaculaire, la pièce, quant à elle, finit « sur la pointe des pieds »…

 

Pour clore cette soirée haute en couleurs, a choisi la version 1945 de la Suite de L'Oiseau de feu, la troisième réalisée par Stravinsky aux États-Unis. Elle est conçue en dix numéros, avec les bois par deux, et rassemble l'essentiel de la musique du ballet originel avec ses trois pantomimes reliant les différents épisodes de la légende. Stravinsky y célèbre son maître Rimski-Korsakov (à qui le ballet est dédié) à travers la somptuosité des couleurs de l'orchestre tandis qu'il se rapproche de Debussy par la transparence des textures. Des qualités que l'on apprécie dans l'exécution exemplaire de l'Orchestre de la Radio : brillance et élégance de la flûte dans La Danse de l'oiseau qui semble tourner au-dessus de nos têtes. Hautbois expressif dans Le Pas de deux, légèreté giratoire du Scherzo des princesses, une page superbe, finement restituée par l'orchestre. C'est l'énergie du geste et le sentiment d'urgence qui traversent la Danse infernale de Kachtcheï, avec une certaine rugosité de la matière qui donne du corps à cette interprétation. Le Finale impressionnant sonne très russe – à la Moussorgski –  dont l'embrasement sonore et la percussion résonnante évoquent les images de La grande porte de Kiev. La partition est de toute évidence inscrite au répertoire de l'orchestre, qui en donne ce soir une éblouissante version.

Crédits photographiques : © Michèle Tosi

 

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