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Samsara, la nouvelle création de Jann Gallois à Chaillot

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Paris. Théâtre national de la danse – Chaillot. 7-XI-2019. Samsara.
Chorégraphie et scénographie : Jann Gallois. Conseil à la scénographie : Delphine Sainte-Marie.
Lumières : Cyril Mulon. Musique : Charles Amblard. Costumes : Marie-Cécile Viault. Regard extérieur : Frédéric Le Van.
Avec Inkeun Baïk, Carla Diego, Shirwann Jeammes, Jean-Charles Jousni, Jann Gallois, Jérémy Kouyoumdjian, Laureline Richard

Artiste associée au Théâtre de Chaillot, présente sa nouvelle création Samsara, qui s’inspire de la philosophie bouddhiste. Une pièce inventive où la violence est transcendée par l’esprit.

190430janngallois-076cagathe_poupeneyLes corps sont entravés, enchainés, les mouvements se font souffrance. Dans Samsara, pièce pour sept danseurs, travaille sur les contraintes qui entravent le corps, comme l’existence. Le samsara désigne, dans le bouddhisme, le cycle des régénérescences auxquelles sont contraints les êtres avant qu’ils n’atteignent le nirvana.

La contrainte est matérialisée par un dispositif de cordes qui relient entre deux les sept danseurs, accrochés par un système de harnais. Impossible de s’extraire de cette nasse. Ceux qui essaient de fuir, comme Jann Gallois, qui tente des efforts aussi désespérés qu’inutiles pour s’échapper du groupe, retombent lourdement sur le sol, freinés par un poids écrasant. La souffrance physique et l’effort sont constamment mis en avant durant cette pièce. Une scène, particulièrement frappante, montre la violence du groupe sur l’individu. Deux danseuses s’étreignent et s’enlacent, dans un geste fraternel. Mais immédiatement, les autres danseurs tirent sur les cordes auxquelles elles sont attachées pour détacher les deux corps. Elles tentent alors de se rapprocher l’une de l’autre, mais à chaque fois, elles sont violemment rejetées, leurs corps malmenés allant jusqu’à être propulsés sur le sol. Cette violence est presque insoutenable, comme si la compassion et la fraternité étaient impossibles dans ce bas monde.

Vaincus par la fatigue, comme des naufragés sur une plage, les danseurs sont étendus sur le sol lorsque descend des cintres une plateforme cylindrique à laquelle un technicien attache les cordes reliées aux danseurs. La structure remonte et soulève doucement les corps, qui sont progressivement hissés et pendus au-dessus du sol. L’effet est déroutant car les corps sont inertes, comme sans vie. S’agit-il d’une métaphore de l’élévation spirituelle, qui permet à l’esprit de se détacher du corps-souffrance ? Pour finir, le même dispositif est reproduit, les corps des sept danseurs quittent le sol, et cette fois entament un ballet aérien, très fluide, comme s’ils s’étaient détachés de la pesanteur.

Jann Gallois signe une pièce au style inclassable, qui se rattache parfois à la danse théâtre, parfois au cirque ou à la danse contemporaine. Le hip-hop, univers d’où est issue la chorégraphe, est  finalement peu présent. Samsara est avant tout une pièce très personnelle, qui traite d’un thème cher à la chorégraphe qui a embrassé la philosophie bouddhiste. Si elle danse dans la pièce, ce n’est qu’en remplacement d’une danseuse blessée ; pour la première fois, Jann Gallois a chorégraphié une pièce dans laquelle elle n’intervient pas comme interprète. Elle franchit ainsi une étape dans son écriture chorégraphique, allant vers des pièces avec un nombre croissant de danseurs.

Crédits photographiques : © Romain Tissot

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Paris. Théâtre national de la danse – Chaillot. 7-XI-2019. Samsara.
Chorégraphie et scénographie : Jann Gallois. Conseil à la scénographie : Delphine Sainte-Marie.
Lumières : Cyril Mulon. Musique : Charles Amblard. Costumes : Marie-Cécile Viault. Regard extérieur : Frédéric Le Van.
Avec Inkeun Baïk, Carla Diego, Shirwann Jeammes, Jean-Charles Jousni, Jann Gallois, Jérémy Kouyoumdjian, Laureline Richard

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