Concours, La Scène

Concours Nadia et Lili Boulanger : dix ans déjà !

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Paris. Salle du Conservatoire national supérieur d’art dramatique. 5 au 8-XII-2019. Jury : Ronald Zollman (président) Anne-Sophie Duprels, Harmut Höll, Christian Immler, Sophie Karthäuser, Ann Murray, Alain Planès, Anne Queffélec, Mikhail Rudy. Finalistes : Erika Baikoff, Hyun Seon Kang, Natalia Labourdette, Claire Lees, sopranos. Ronan Caillet, ténor. Ekaterina Chayka-Rubinstein, mezzo-soprano. Gary Beecher, Malte Schäfer, Maria Yulin, Uram Kim, Victoria Guerrero Misas, Adam McDonald, piano

Le concours biennal Nadia et possède ceci de particulier qu’il récompense les meilleurs duos piano-chant dans le domaine de la mélodie et du lied, c’est à dire que la symbiose musicale entre un chanteur et son accompagnateur prend ici tout son sens. Pour l’anniversaire de ses dix ans, ainsi que celui des quarante ans de la disparition de , il a légèrement modifié sa formule, pour lui donner plus de lustre et de visibilité.

@centre international nadia et lili boulanger
C’est ainsi que quelques jours auparavant, un concert de soutien a été organisé dans le grand salon des Invalides avec les premiers lauréats du concours, et , ce dernier faisant également partie du jury. Ensuite, juste après la finale du concours, en attendant la proclamation des résultats, un  » bord de scène  » a été aménagé, sorte de colloque sur le métier et la place du récitaliste de nos jours. Autre nouveauté, les places, dans la délicieuse salle du Conservatoire national supérieur d’Art dramatique, qui date du Premier Empire, et qui a vu la création de la Symphonie fantastique d’Hector Berlioz, sont numérotées et payantes, pour un prix plus que modique. Cela permet un certain confort de placement, au lieu d’une lutte sauvage pour le moindre strapontin pour peu qu’on arrive à la dernière minute. Mais est-ce à cette nouveauté, ou à la grève des transports, que l’on doit autant de sièges vides ? L’ambiance y est toujours aussi agréable, la qualité de silence et de concentration aussi prégnante. Enfin, le prestigieux baryton nous fait l’honneur de la présentation des candidats et de leur programme, et s’est même parfois transformé en machiniste pour aider à déplacer les praticables.

Le programme est très exigeant, les candidats devant présenter une trentaine d’œuvres allant de Haydn à Mozart jusqu’à des ouvrages contemporains, ce qui implique une longue préparation à deux pour chaque équipe. Pour les éliminatoires, chaque duo doit interpréter une mélodie et un lied imposés ainsi que deux œuvres au choix. Pour la demi-finale, chacun doit présenter un programme comportant obligatoirement une mélodie de Fauré, un lied de Schubert, Schumann ou Brahms, un autre de Mozart, Haydn ou Beethoven, une à trois mélodies en langue française, un à trois lieder en langue allemande, et une à trois mélodies dans une ou plusieurs langues qui ne soient ni le français ni l’allemand. Les choses se compliquent encore pour la finale, chaque duo devant interpréter un programme partiellement choisi par le jury dans la liste des œuvres proposées et comportant obligatoirement l’œuvre contemporaine commandée spécialement à Édith Canat de Chizy, El grito, composée sur un poème de Federico García Lorca, ainsi qu’une mélodie de ou de , plus un choix de mélodies non interprétées en demi-finale. Les finalistes tiennent ainsi un véritable récital d’une demi-heure.

Ce que l’on entend surtout lors de la finale, plus que le talent, et pourtant il y en a, c’est du travail, et encore du travail. Le niveau est incroyablement élevé, pour de jeunes musiciens dont l’âge ne doit pas dépasser trente-deux ans ! Un énorme effort a été fait sur la diction, quelle que soit la langue, et quelle que soit la nationalité du chanteur.

On a beaucoup apprécié El grito, et encore plus la façon dont chacun se débrouille avec les écueils de la partition, les accompagnateurs se servant du bras droit ou gauche, voire plongeant dans les entrailles du piano pour en pincer directement les cordes, comme indiqué dans la partition, en obtenant des sons qui varient du plus doux au plus agressif. Les chanteurs quant à eux varient l’atmosphère selon leur personnalité, à tel titre qu’on à l’impression de ne pas entendre le même ouvrage à chaque fois.

Le grand prix de duo piano-chant a été attribué à la soprano Erika Baikoff et au pianiste Gary Beecher, et ce n’est que justice, tant leur tandem fonctionne au quart de tour. Il présentent de plus un programme remarquablement bien choisi.

Le prix de la mélodie a été décerné à Ronan Caillet, jeune ténor français, dont l’interprétation du Balcon de Debussy nous a fait songer à un Pelléas à venir, et à Malte Schäfer.

Mention spéciale pour la meilleure interprétation d’El grito pour le duo Hyun Seon Kang (soprano) et Uram Kim (pianiste) de nationalité coréenne, qui nous promènent à cette occasion entre mystère, horreur et chuchotements. Uram Kim, qui faisait partie de nos chouchous, obtient également la mention spéciale piano.

On est plus réservée en ce qui concerne l’obtention du prix du lied à Ekaterina Chayka-Rubinstein (mezzo-soprano) et Maria Yulin (pianiste) et celui de la mention spéciale chant à Claire Lees, la grande perdante de ce concours semblant être la soprano espagnole Natalia Labourdette, qui a pourtant de forts beaux moyens, et qui a délivré un Pace non trovo de Liszt exceptionnel. Peut-être a-t-elle été sanctionnée par le choix d’une pianiste pas tout à fait du niveau requis.

Crédit photographique : @ Centre international Nadia et Lili Boulanger

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Paris. Salle du Conservatoire national supérieur d’art dramatique. 5 au 8-XII-2019. Jury : Ronald Zollman (président) Anne-Sophie Duprels, Harmut Höll, Christian Immler, Sophie Karthäuser, Ann Murray, Alain Planès, Anne Queffélec, Mikhail Rudy. Finalistes : Erika Baikoff, Hyun Seon Kang, Natalia Labourdette, Claire Lees, sopranos. Ronan Caillet, ténor. Ekaterina Chayka-Rubinstein, mezzo-soprano. Gary Beecher, Malte Schäfer, Maria Yulin, Uram Kim, Victoria Guerrero Misas, Adam McDonald, piano

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