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La vélocité transcendante (et oubliée) de Cécile Ousset

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Claude Debussy (1862-1918) : Etudes n° 3 et n° 5 (Livre I), n° 7 et n° 11 (Livre II). Erik Satie (1866-1925) : Trois Gymnopédies. Camille Saint-Saëns (1835-1925) : Etudes op. 25 n° 5, n° 6 op. 111. Emmanuel Chabrier (1841-1894) : Pièces pittoresques n° 6 et n° 7. Bourrée fantasque. Serge Rachmaninov (1873-1943) : Morceaux de fantaisie op. 3. Humoresque op. 10. Serge Prokofiev (1891-1953) : 10 Pièces pour piano op.12. Robert Schumann (1810-1856) : Carnaval op. 9. Johannes Brahms (1833-1897) : Variations sur un thème de Paganini op. 35. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Intégrale des variations pour piano. Cécile Ousset, piano. 7 CD Eloquence. Enregistrés à Paris, entre 1971 et 1976. Notice en anglais. Durée totale : 6 h 45

 

La parution pour la première fois en CD du legs Decca France de la pianiste française Cécile Ousset est une magnifique opportunité pour les mélomanes. Ces gravures du début des années soixante-dix n’ont rien perdu de leur intérêt. On s’interroge sur l’oubli d’une artiste possédant un tempérament et une virtuosité aussi électrisante.

Cecile Ousset - The Decca France Recordings (Eloquence)Avant qu’elle ne rejoigne le label Emi, Cécile Ousset grava plusieurs LP consacrés à la musique française, allemande et russe. L’excellent texte de présentation en anglais uniquement – ce qui en dit long sur le public supposé apprécier la pianiste française – retrace les étapes musicales de cette personnalité qui mit fin à sa carrière en 2006. Les bandes ont été bien restaurées. On regrette toutefois un léger souffle et un piano souvent métallique. Quelques distorsions gênent dans les grandes dynamiques, notamment dans le répertoire français.

Un toucher aussi subtil que généreux enchante dans Debussy. Il effleure le clavier. La prise de risques est constante dans les Saint-Saëns. Quel humour, quel panache ! C’est très « Cziffra » dans l’esprit (la Toccata est ahurissante de brio) avec des traits enlevés et d’une parfaite netteté. Peu d’interprètes possèdent un tel contrôle technique, y compris dans les si “modestes” Gymnopédies de Satie dont la pédalisation interpelle.

Cécile Ousset modifie en profondeur son jeu dans Rachmaninov. L’expression lyrique y est naturelle, sans emphase. Elle se guide « à l’instinct » de la mélodie, sans baisse de tension dans les Morceaux de Fantaisie. Les Pièces op. 12 de Prokofiev peu gravées à la suite sont plus intéressantes encore : leur sobriété et leur « chic », le goût de l’ironie mesurée séduisent d’emblée. Quelle élégance que le Scherzo rarement entendu avec une lisibilité aussi amusée !

Brahms et Schumann méritent tout autant le détour. La manière de créer l’attente dans le Carnaval, de forcer l’immobilité puis de se jeter dans la passion réjouissent. Ce sont les imprévisibles Florestan et Eusébius que l’on attendait. Dans les deux livres des six redoutées Variations Paganini de Brahms, l’auditeur est charmé par la narration si bien menée. C’est un Brahms éclairé d’une chaude lumière, épargné de toute emphase.

Quatre CD réunissent les variations de Beethoven, depuis celles d’Ernst Christoph Dressler WoO 63 jusqu’aux Variations Diabelli op. 120. Sauf erreur, il s’agit de la seconde intégrale après celle d’ captée dix ans plus tôt pour Vox. Du « Sturm und Drang », dans l’esprit du pianoforte jusqu’aux derniers opus, Cécile Ousset privilégie l’art du chant. Elle nous offre un clavier humble, presque, évolutif dans le temps, mais qui n’est jamais très « sage ». Là encore, la vélocité, la vigueur et l’humour (la Variation sur la Marche turque des Ruines d’Athènes !) emportent l’adhésion. Cécile Ousset rompt tout effet de monotonie que l’on rencontre même chez ses plus illustres confrères (Brendel, Arrau, Serkin), notamment dans les Diabelli. Elle contraste les dynamiques et les attaques, joue d’une palette de nuances inouïe. L’édition de ce coffret répare un oubli sérieux de la discographie et une injustice faite à une artiste méconnue dans son propre pays.

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Claude Debussy (1862-1918) : Etudes n° 3 et n° 5 (Livre I), n° 7 et n° 11 (Livre II). Erik Satie (1866-1925) : Trois Gymnopédies. Camille Saint-Saëns (1835-1925) : Etudes op. 25 n° 5, n° 6 op. 111. Emmanuel Chabrier (1841-1894) : Pièces pittoresques n° 6 et n° 7. Bourrée fantasque. Serge Rachmaninov (1873-1943) : Morceaux de fantaisie op. 3. Humoresque op. 10. Serge Prokofiev (1891-1953) : 10 Pièces pour piano op.12. Robert Schumann (1810-1856) : Carnaval op. 9. Johannes Brahms (1833-1897) : Variations sur un thème de Paganini op. 35. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Intégrale des variations pour piano. Cécile Ousset, piano. 7 CD Eloquence. Enregistrés à Paris, entre 1971 et 1976. Notice en anglais. Durée totale : 6 h 45

 
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