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La Vie parisienne par Savary redonnée à Metz

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Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 20-XII-2019. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Vie parisienne, opéra-bouffe en cinq actes. Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, adapté par Jérôme Savary. Mise en scène : Jérôme Savary. Décors : Michel Lebois. Costumes : Michel Dussarrat. Chorégraphie : Nadège Maruta. Lumières : Patrice Willaume. Avec : Sylvie Bichebois, La Baronne de Gondremarck ; Capucine Daumas, Gabrielle ; Irina Stopina, Métella ; Nina Savary, Pauline ; Marie-Émeraude Alcime, Madame de Quimper-Karadec ; Laurent Montel, Le Baron de Gondremarck ; Carl Ghazarossian, Raoul de Gardefeu ; Rémy Mathieu, Bobinet ; Scott Emerson, Le Brésilien, Frick ; Frédéric Longbois, Prosper / Alphonse / Le Major ; Éric Mathurin, Gontran / Joseph / Trébuchet ; Hervé Mathieu, Alfred / Le maître d’hôtel ; Jean-Marc Guerrero, Urbain, Le Général de Porto Rico. Chœur de l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole (chef de chœur : Nathalie Marmeuse). Ballet de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole (direction : Laurence Bolsigner-May). Orchestre national de Metz, direction : Claude Schnitzler.

Drôle et inquiétante, la mise en scène de La Vie parisienne par Jérôme Savary continue à faire les délices du public. De quoi passer les fêtes de fin d’année dans la joie et la bonne humeur.

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Ce grand classique de la mise en scène d’opérette a été créé à l’Opéra-Comique en 2002 et repris de nombreuses fois depuis lors (Marseille, Saint-Étienne, Metz déjà en 2014-2015…). Disons tout le bien que nous pensons d’un spectacle résolument loufoque et déjanté tout en restant solidement ancré dans la tradition. Tout, des décors et des costumes, évoque ce Second-Empire bourgeois caractéristique d’un esprit français que seul, apparemment, un Juif allemand débarqué de sa Cologne natale pouvait croquer avec autant de tendresse et de cruauté. Aucun complexe, donc, avec la bonne humeur endiablée qui traverse d’un bout à l’autre un spectacle au rythme étourdissant, lequel aligne sans retenue calembours graveleux et cancans déchaînés, plumes d’autruches et dessous froufroutants. Les décors de Michel Lebois évoquent non sans quelque anachronisme les lieux emblématiques de la capitale : la gare Saint-Lazare (ou « gare de l’Ouest », comme elle est désignée dans le livret), la façade du Palais Garnier, l’Arc de Triomphe… La scénographie restitue également toute l’opulence bourgeoise de ces nouveaux-riches décadents soucieux de s’en « fourrer, fourrer, jusque-là » sous les yeux quelque peu ébahis de domestiques plus ou moins complaisants. Mais que l’on ne s’y méprenne pas ! Un peu comme pour les pièces de Labiche ou de Feydeau, qui nous permettent de redécouvrir aujourd’hui les aspects les plus sombres d’une société marquée par l’hypocrisie et le culte de l’argent, derrière l’apparente légèreté et l’esprit bon-enfant que suggère le livret de Meilhac et Halévy se cachent des abîmes de noirceur et de perversité. Drag-queens, travestis et autres créatures de la nuit traversent un espace glauque et inquiétant, dont on comprend vite qu’on ne nous montre pas tout, tout en permettant au spectateur de porter un regard complice sur ce qui est loin de n’être qu’un innocent souper entre amis. Telle est la fonction, sans doute, du postérieur dénudé de Bobinet, complaisamment révélé lorsque l’habit de ce dernier a « craqué dans le dos » ; on n’a aucun mal à deviner les orgies auxquelles s’adonnent les membres d’une société en mal de valeurs. La fin imaginée par Savary pour le quatrième acte, au cours duquel Madame de Quimper-Karadec se donne à Gardefeu afin de sauver l’honneur de la Baronne, en dit d’ailleurs long sur la question.

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Les chanteurs-acteurs réunis sur le plateau déploient tous un abattage étourdissant. Ils s’en donnent visiblement à cœur joie, et cela pour le plus grand bonheur de tous. Peut-être un effort supplémentaire sur la diction eût-il permis à l’équipe de faire mieux entendre la subtilité des paroles de Meilhac et Halévy et tous les sous-entendus qu’elles contiennent. On n’en saluera pas moins la performance des dames, avec notamment le joli soprano léger de Capucine Daumas, sémillante Gabrielle qui a néanmoins quelque peine à souder les registres de sa voix. Irina Stopina en Métella, Nina Savary en Pauline, Sylvie Bichebois en Baronne et Marie-Émeraude Alcime en Madame de Quimper-Karadec complètent une distribution féminine partiellement recrutée dans le chœur, c’est dire la qualité des voix messines. Chez les messieurs, se détache assez nettement le couple vocal formé des deux ténors, le Gardefeu de Carl Ghazarossian et le Bobinet de Rémy Mathieu, tous deux bien chantants et désopilants dans leur rôle de noceur invétéré. On notera également la belle prestance en Baron de Gondremarck de Laurent Montel, davantage acteur que chanteur mais doté d’une excellente diction qui permet de faire entendre chaque mot, ce qui n’est pas toujours le cas des chanteurs plus chevronnés. Très belles prestations également, dans différents rôles, de Scott Emerson – notamment en Brésilien –, Frédéric Longbois, Éric Mathurin, Hervé Mathieu et Jean-Marc Guerrero. Comme souvent à Metz, c’est le travail d’équipe que paie, ce que vient confirmer encore la prestation impeccable du chœur. Sous la baguette précise, alerte et bienveillante de Claude Schnitzler, qui connaît son Offenbach comme sa poche, l’Orchestre national de Metz est presque un luxe. Évitant tout décalage, ce qui est un petit exploit pour un ouvrage de cette nature, le chef fait également ressortir certains détails d’instrumentation qui nous rappellent qu’Offenbach était autant musicien qu’homme de théâtre. Belle soirée, décidément, pour illuminer les fêtes de fin d’année en ce début d’hiver.

Crédit photographique : © Christian Brémont – Opéra-Théâtre de Metz Métropole

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Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 20-XII-2019. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Vie parisienne, opéra-bouffe en cinq actes. Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, adapté par Jérôme Savary. Mise en scène : Jérôme Savary. Décors : Michel Lebois. Costumes : Michel Dussarrat. Chorégraphie : Nadège Maruta. Lumières : Patrice Willaume. Avec : Sylvie Bichebois, La Baronne de Gondremarck ; Capucine Daumas, Gabrielle ; Irina Stopina, Métella ; Nina Savary, Pauline ; Marie-Émeraude Alcime, Madame de Quimper-Karadec ; Laurent Montel, Le Baron de Gondremarck ; Carl Ghazarossian, Raoul de Gardefeu ; Rémy Mathieu, Bobinet ; Scott Emerson, Le Brésilien, Frick ; Frédéric Longbois, Prosper / Alphonse / Le Major ; Éric Mathurin, Gontran / Joseph / Trébuchet ; Hervé Mathieu, Alfred / Le maître d’hôtel ; Jean-Marc Guerrero, Urbain, Le Général de Porto Rico. Chœur de l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole (chef de chœur : Nathalie Marmeuse). Ballet de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole (direction : Laurence Bolsigner-May). Orchestre national de Metz, direction : Claude Schnitzler.

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