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Harding à Berlin, Beethoven et Mahler au cœur de l’émotion

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Berlin. Philharmonie. 21-XII-2019. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour violon et orchestre op. 61. Gustav Mahler (1860-1911) : 8 Lieder aus dem Knaben Wunderhorn ; Blumine, mouvement symphonique. Frank Peter Zimmermann, violon ; Christian Gerhaher, baryton ; Berliner Philharmoniker ; direction : Daniel Harding

Orchestre en état de grâce, solistes exceptionnels : le public berlinois est à la fête.

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aime piloter des avions, c’est bien connu ; fort heureusement, il n’a pour autant pas renoncé à diriger. On a pu parfois trouver le Philharmonique de Berlin inégal ces dernières années, avec une routine peu aimable quand le chef ne semble pas à la hauteur : ce concert montre que Harding, au contraire, sait leur inspirer le meilleur – en matière de qualité individuelle des solistes, mais plus encore comme collectif.

Rares sont les concerts qui accueillent deux solistes aussi prestigieux que et , et il n’est pas très étonnant que ces concerts aient affiché complet pour ainsi dire dès l’ouverture des réservations. Le concerto de Beethoven est de ces œuvres que la vie musicale nous offre plus que de raison, et il faut des interprètes audacieux pour qu’il sorte de la routine – sans parler des cas où l’orchestre se contente de servir de faire-valoir à un soliste-vedette. Ici, c’est au contraire la qualité des interactions qui frappe : c’est un peu anecdotique sans doute, mais Zimmermann joue hors de sa partie soliste avec les premiers violons, conformément d’ailleurs à la partition, manière sans doute de se placer dès l’introduction dans un mouvement commun. Ceux qui attendent du soliste d’abord un son brillant et des capacités virtuoses n’ont sans doute pas été déçus (les cadences de Kreisler n’en sont qu’un exemple), mais il est néanmoins patent que ce n’est pas ce qui lui importe le plus. Harding fait merveille dans l’atmosphère recueillie des premières minutes, de même que l’approche très cantabile de Zimmermann, n’hésitant pas à faire de sa partie comme un murmure qui fait du soliste comme l’auditeur ému de ce que propose l’orchestre.

Après l’entracte, c’est au tour de pour huit lieder tirés de Des Knaben Wunderhorn de Mahler, interrompus par le mouvement symphonique Blumine qui fait ainsi figure de lied sans paroles. Il n’y a sans doute aucun chanteur aujourd’hui qui ait une connaissance aussi intime des lieder de Mahler, ceux-là comme les autres. Il faut bien reconnaître que Christian Gerhaher n’est pas ce soir dans une forme vocale éblouissante et la voix manque de chair ; il reste un art unique du mot, une intelligence poétique qui fait toujours merveille. Mais il y a cette fois plus grande merveille : l’admirable écriture orchestrale de Mahler trouve avec Harding un interprète d’une sensibilité et d’une inventivité admirables, à la même hauteur que Bernard Haitink avec le Chamber Orchestra of Europe il y a deux ans. Là où Haitink privilégiait l’émotion, Harding choisit de rendre justice à l’écriture presque en collage de Mahler, où les rythmes militaires ont leur place aussi bien que la danse ou la chanson populaire, objets trouvés par lesquels le monde extérieur s’impose de gré ou de force à l’individu. Il ne le fait cependant pas en leur donnant une dimension écrasante, bien au contraire : par des choix de nuances en général très retenus, il en fait une sorte de bruit de fond de la conscience qui aliène beaucoup plus qu’elle n’écrase. Sans jamais appuyer le trait, on comprend immédiatement ce que le Webern des Pièces pour grand orchestre op. 6 ou le Berg de Wozzeck ont su entendre chez Mahler.

Photo © Monika Rittershaus

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Berlin. Philharmonie. 21-XII-2019. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour violon et orchestre op. 61. Gustav Mahler (1860-1911) : 8 Lieder aus dem Knaben Wunderhorn ; Blumine, mouvement symphonique. Frank Peter Zimmermann, violon ; Christian Gerhaher, baryton ; Berliner Philharmoniker ; direction : Daniel Harding

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