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Déjeuner-Concert avec Mantovani au Châtelet

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Paris. Théâtre du Châtelet. 28-I-2020. Bruno Mantovani (né en 1974) : Danse libre, pour harpe et cordes. Claude Debussy (1862-1918) : Danses sacrée et profane, pour harpe et cordes. Marcel Cara, harpe. Orchestre de chambre de Paris, direction : Bruno Mantovani

Invité au premier Déjeuner-Concert de l’année au Châtelet, dirige pour l’occasion l’ dans son propre prologue aux Danses sacrée et profane de Debussy, avec le jeune et déjà impressionnant à la harpe.

Bruno Mantovani©Luc-Hossepied
D’une durée d’une heure, le Déjeuner-Concert du Châtelet consiste à inviter un compositeur le midi, pour parler avec lui de l’une de ses pièces, mise en regard avec un ouvrage du passé. Avant Silvan Eldar et Jamie Man, toutes deux en mars, ouvre cette formule en 2020 avec sa Danse Libre, inspirée de deux danses de Debussy.

Il entre face à l’ dans la grande salle du Châtelet et débute une partition d’abord réfléchie pour harpe seule et qui commence comme telle, par des notes détachées de l’instrument, immédiatement accompagnées d’une fausse résonance créée par le harpiste lui-même en pinçant doucement les cordes proches. Puis l’ensemble orchestral intervient dans un fort tutti, dont les sonorités cataclysmiques noient rapidement le soliste, le tout interrompu juste après par le chef-compositeur du jour.

Car la formule de ce déjeuner en musique ne consiste pas seulement en un concert, mais aussi en l’explication de texte de l’œuvre contemporaine, afin d’en éclairer ses parties pour la rejouer ensuite, une fois évoquées ses clés de lectures. Intéressant au début, le format trouve rapidement ses limites dans un verbiages souvent redondant face à une musique censée parler d’elle-même, notamment lorsque la présentatrice dynamique, Coline Infante, énonce le « tutti », reproduit immédiatement pour quelques secondes par Mantovani… À ce jeu où le compositeur, très à l’aise à l’oral, pourrait commencer par répondre « Merci de me poser la question que je vous ai écrite et pour laquelle j’ai préparé mon texte », on apprend tout de même le contexte de composition de la pièce, pensée en 2015 dans une France sous la peur des attentats. Puis l’on découvre le jeune harpiste , dubitatif et à l’inverse très peu bavard, qui affiche une simple moue lorsqu’on lui demande s’il y a une pression à jouer une œuvre sous la direction de son compositeur, avant de répondre que non.

L’explication terminée, l’œuvre reprend du début, Danse Libre d’à peine un quart d’heure, qui retrouve de Debussy les sonorités aquatiques et les couleurs, surtout à la harpe, là où l’orchestre, souvent massif, fait plus penser à un Stravinsky avec lequel les pupitres de bois s’échauffaient en préparant le concert. Très réussie, la transition permet de glisser naturellement vers les Danses Sacrée et Profane, pour une interprétation sans grandes envolées, mais d’excellente tenue grâce à la maîtrise du chef et de l’Orchestre de Chambre de Paris, maintenant seulement utilisé pour ses cordes, là où Mantovani s’était aussi servi des vents et percussions de la formation Mozart. À cette qualité symphonique s’intègre la harpe d’un jeune homme de vingt-trois ans, à la main droite parfois encore un peu dure pour rendre totalement aérienne cette géniale partition française, mais déjà d’une superbe intelligence dans l’interprétation.

Crédit photo © Luc Hossepied

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Paris. Théâtre du Châtelet. 28-I-2020. Bruno Mantovani (né en 1974) : Danse libre, pour harpe et cordes. Claude Debussy (1862-1918) : Danses sacrée et profane, pour harpe et cordes. Marcel Cara, harpe. Orchestre de chambre de Paris, direction : Bruno Mantovani

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