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Intéressant couplage Berg/Beethoven à la Philharmonie de Luxembourg

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Luxembourg. Grand Auditorium de la Philharmonie. 23-II-2020. Alban Berg (1885-1935) : concerto pour violon « À la mémoire d’un ange » ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Christus am Ölberge (Le Christ au Mont des Oliviers) op. 85. Avec Elsa Dreisig, soprano ; Pavol Breslik, ténor ; David Soar, basse ; Lisa Batiashvili, violon. London Symphony Chorus (chef des chœurs : Simon Halsey). London Symphony Orchestra, direction : Sir Simon Rattle

Belle interprétation de et du pour deux ouvrages traitant de la vie et de la mort. Pour Berg comme pour Beethoven, des solistes de choix se mettent au service de classiques du répertoire, que nous avons finalement assez rarement l’occasion d’entendre.

Batiashvili
Le deux-cent cinquantième anniversaire de la mort de Beethoven aura au moins servi à faire entendre dans nos salles de concert des œuvres du grand compositeur rarement programmées. Tel est le cas, pour ce beau concert donné à la Philharmonie de Luxembourg, de cet unique oratorio du grand musicien allemand, Christus am Ölberg. L’ouvrage, il est vrai, est quelque peu desservi par un livret relativement faible, pour ne pas dire rédhibitoire. Il jouissait pourtant autrefois d’une immense popularité, notamment dans l’Angleterre victorienne où il fit l’objet de multiples traductions visant chacune à « corriger » la vision proposée du Christ, présenté sous un jour tellement humain que cela en était jugé problématique. L’oratorio est en effet une réflexion sur le sens de la vie et de la mort, et plusieurs critiques n’ont pas manqué d’établir le lien entre le personnage central et le compositeur lui-même, dont la surdité venait tout juste d’être diagnostiquée. En dépit des défauts du livret, il s’agit d’une œuvre forte et puissante, qui marque une étape significative dans le tournant du classicisme au romantisme caractéristique des premières années du XIXᵉ siècle. Il était tout à fait pertinent de coupler cet ouvrage avec le concerto « À la mémoire d’un ange » de Berg, qui lui aussi propose une réflexion et une interrogation sur le sens de la mort. La présence pour les deux œuvres de l’ange consolateur propose tout au long de la soirée un fil conducteur qui n’aura pas échappé au public.

En première partie, la violoniste captive littéralement la salle par la sobriété et l’intériorité de son jeu. Joué comme de la musique de chambre, ce concerto est rarement interprété de manière aussi poignante, la soliste n’hésitant pas à chercher les couleurs les plus rauques pour évoquer son propos. Sous la baguette de Rattle, l’orchestre sait s’effacer afin de laisser s’épanouir la luminosité du discours. La petite pièce de Bach offerte en bis, la sinfonia extraite de la cantate « Ich steh mit einem Fuß im Grabe », prolonge pour quelques instants l’esprit de recueillement dans lequel le concerto de Berg a été entendu.

Breslik rattle
Même transparence du côté de chez Beethoven. Tamino de rêve, sans doute un futur Florestan, le ténor habite son rôle de la première note à la dernière. Doté de l’instrument idéal, il est à l’aise autant dans la déclamation que dans les lignes plus déliées de ses airs. À ses côtés, aborde le rôle du Séraphin avec des moyens beaucoup plus conséquents que les sopranos à qui l’on confie généralement cette partie de colorature. Elle ne s’en acquitte pas moins talentueusement de toutes les vocalises et notes piquées figurant sur la partition. Belle prestation également de la basse dans le court rôle de Pierre, parfaitement écrit pour sa voix. Plus qu’impressionnant avec son effectif de plus de cent vingt choristes, le livre une interprétation véritablement enthousiasmante des quelques chœurs de l’oratorio. Belle soirée, donc, emportée par un programme originale servi par des interprètes convaincus et habités.

Crédit photographique : © Philharmonie / Sébastien Grébille

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Luxembourg. Grand Auditorium de la Philharmonie. 23-II-2020. Alban Berg (1885-1935) : concerto pour violon « À la mémoire d’un ange » ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Christus am Ölberge (Le Christ au Mont des Oliviers) op. 85. Avec Elsa Dreisig, soprano ; Pavol Breslik, ténor ; David Soar, basse ; Lisa Batiashvili, violon. London Symphony Chorus (chef des chœurs : Simon Halsey). London Symphony Orchestra, direction : Sir Simon Rattle

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  • Michel LONCIN

    « Christus am Ölberg » … De fait, une œuvre PUISSANTE et INJUSTEMENT méconnue !!!

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