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Enrique Granados, torpillé en pleine mer

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En tant que médecin et musicologue, Jean-Luc Caron propose aux lecteurs de ResMusica un dossier original sur les pathologies et la mort des plus grands musiciens. Pour accéder au dossier complet : Pathologies et mort de musiciens

 

Pianiste virtuose mais également compositeur romantique éminent, l’Espagnol disparait au sommet de sa carrière à l’âge de 49 ans au milieu de la Manche, pendant la Première Guerre mondiale, victime d’un torpillage allemand.

GranadosAprès avoir travaillé à Paris au Conservatoire avec Bériot en 1887 et fréquenté d’Indy, Dukas et Saint-Saëns, après avoir créé en Espagne le fameux Concerto pour piano en la mineur de Grieg en 1892, , né en 1867, élève du fameux musicien nationaliste Felipe Pedrell (1841-1922), fonde en 1901 l’Academia Granados à Barcelone.

A la recherche d’une musique populaire ibérique, il atteint sans doute le sommet de son art avec la composition, en mars 1911, d’une suite pour piano intitulée Goyescas, qui exacerbe sa réputation internationale. Cette partition est inspirée par des peintures et des tapisseries de Francisco de Goya (1746-1828) exposées au musée du Prado de Madrid. Il confère à sa musique une tournure redevable à la fois de la richesse harmonique du romantisme finissant et des inventions mélodiques franchement inspirées par le legs musical populaire espagnol.

Cette partition pianistique majeure pousse Granados à élaborer un opéra éponyme qu’il achève en 1915. Cet opéra en un acte et trois tableaux résulte d’une orchestration et d’un enrichissement de la suite pour piano. Initialement, la création devait se dérouler à Paris, mais le déclenchement de la Première Guerre mondiale contraria ce projet. Finalement, la création se déroule à New York, en sa présence, au Metropolitan Opera, le 28 janvier 1916, et reçoit un très bon accueil de la part du public américain. Toutefois, Goyescas n’acquerra pas la gloire que le compositeur en attendait.

Ayant achevé sa tournée de récitals avec succès, il déclare avoir plein d’idées en tête pour de futures compositions. Un événement anodin en apparence devait changer totalement le cours de son existence.

À la demande de Thomas Woodrow Wilson, Président des États-Unis d’Amérique, il se produit à la Maison Blanche et ne peut prendre le bateau prévu qui devait le mener directement en Espagne. Obligé de changer son itinéraire, il embarque en direction de l’Angleterre et débarque à Liverpool où il s’installe sur un bâtiment britannique, le Sussex, devant s’élancer vers le port français de Dieppe avant de repartir en direction de Barcelone.

Le bateau se trouve en pleine mer au milieu de la Manche quand survient le drame. Le sous-marin allemand UB-29 torpille le bateau le 24 mars 1916. Dans la confusion la plus totale, Granados réussit à être hissé et à prendre place dans un canot de sauvetage. Sans doute se pense-t-il sauvé. Brutalement, il aperçoit sa femme en train de se noyer. Sans hésiter, il saute à l’eau pour la secourir. Tous les deux se noient.

La partie du bateau où se trouvait la cabine du couple Granados n’a pas été touchée par l’explosion et, de plus, elle n’a pas sombré et sera même remorquée. Le Sussex réparé naviguera jusqu’en 1921, date de sa destruction par un incendie. Quand le sort contraire s’en mêle…

Ainsi disparut ce poète du piano à l’âge de 49 ans, mais son œuvre survit encore de nos jours figurant parmi les inventions musicales les plus chères au cœur de nombreux mélomanes.

Crédits photographiques : Image de une © Granados MEA ; Portrait © C. Cauboue/J.P. Ziolo

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