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Heurs et malheurs de la Walkyrie selon Simon Rattle

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Richard Wagner (1813-1883) : La Walkyrie, première journée de la Tétralogie de l’Anneau du Nibelung. Stuart Skelton, ténor ; Eric Halfvarson, basse ; James Rutherford, baryton-basse ; Eva-Maria Westbroek, soprano ; Iréne Theorin, soprano ; Elisabeth Kulman, mezzo-soprano ; Orchestre symphonique de la Radio bavaroise ; direction : Simon Rattle. 4 CD BR Klassik. Enregistrés live en janvier 2019 dans l’Herkulessaal de Munich. Notice bilingue : anglais-allemand. Durée totale : 3:35:50

 

Après un Or du Rhin très remarqué en 2015, Sir poursuit son Ring wagnérien à la tête de l’Orchestre symphonique de la radio bavaroise, avec cette somptueuse Walkyrie.

Wagner_Walkyrie_Orchestre symphonique de la Radio bavaroise_Simon Rattle_BR KlassikÀ tout seigneur, tout honneur, c’est bien, en premier lieu, à l’intention de et de l’ que s’adresse ce concert de louanges. On connait de longue date l’excellence de la phalange allemande, ainsi que les qualités et les défauts du chef britannique : une propension à toujours rechercher les détails, au risque de parfois se perdre et de lâcher la proie pour l’ombre, dans un discours qui souvent manque de continuité…

Aussi quelle ne fut pas notre surprise, relative toutefois, à l’écoute de cette Walkyrie où le chef jamais ne sacrifie la cohérence de la narration et la dramaturgie (urgence, attente, mystère et drame) aux détails d’une orchestration, pourtant foisonnante, ici, parfaitement rendue. Agogique souple, phrasé subtilement nuancé, grande variété d’articulations, beauté des timbres orchestraux, clarté de la texture, lisibilité parfaite des leitmotivs, performances solistes de haut niveau et équilibre constant avec les chanteurs, telles sont les principales caractéristiques d’une interprétation en tous points remarquable au plan orchestral. À cet égard l’Orage inaugural et mystérieux de l’acte I, empreint de réalisme, est mené sur une dynamique pleine d’allant associant des cordes graves vrombissantes, d’amples appels de cuivres et des timbales véhémentes, à l’instar de la célèbre Chevauchée des walkyries de l’acte III qui impressionne par sa furie et son ampleur proprement apocalyptiques qui entrelacent orchestre et chœur des guerrières dans une symbiose d’une énergie fracassante.

Concernant la distribution vocale, quelques menues réserves sont à émettre, faisant de cette version de Sir Simon un beau témoignage plutôt qu’une vraie référence. Du côté masculin, le casting est dominé par la superbe prestation de qui donne vie à un Sigmund totalement convaincant par son chant héroïque au large ambitus, comme par son timbre lumineux et son infini legato dans des aigus filés d’une émouvante douceur. (« Wälse wo ist dein Schwert » ; « Zaubertfest bezähmt ein Schlaf »). (Hunding) manque, sans doute, un peu de noirceur dans le timbre et l’intonation. , à la diction parfaite, incarne un Wotan de belle facture vocale, sans grand charisme, dont la tessiture fait regretter Michael Volle initialement prévu. Ses Adieux (« Leb’ wohl du kühnes herrlische Kind ») à Brünhilde, à la fin de l’acte III, paraissent un peu artificiels et forcés, manquant singulièrement d’amour et de profondeur pour nous émouvoir réellement. Côté féminin, la Sieglinde rayonnante d’ séduit par la puissance de sa projection et par la théâtralité de son chant, bien que celui-ci soit entaché d’un large vibrato (« Du bist der Lenz »). , habituée du rôle, campe une Fricka magnifique, sans peur et sans reproche face à Wotan dans l’acte II (« Nichts lernest du, woll’t ich dich lehren »). en Brünnhilde est indiscutablement le maillon faible de cette distribution, pénalisée par l’agressivité de son timbre et par son vibrato serré, ne réussissant à tenir son rang que dans les airs de bravoure (« Hoïotoho! ») ou lors de sa supplication à Wotan dans l’acte III (« War es so schmählich was ich verlach »). Les Walkyries, dont aucune ne dénote, complètent avec bonheur cette distribution vocale, dans l’ensemble homogène et de belle facture.

Voilà une belle réussite pour Sir Simon Rattle (peut-être plus convaincant qu’avec Berlin), magnifiée par une excellente prise de son. On attend avec impatience Siegfried et le Crépuscule des dieux… le temps de trouver une nouvelle Brünnhilde !

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Richard Wagner (1813-1883) : La Walkyrie, première journée de la Tétralogie de l’Anneau du Nibelung. Stuart Skelton, ténor ; Eric Halfvarson, basse ; James Rutherford, baryton-basse ; Eva-Maria Westbroek, soprano ; Iréne Theorin, soprano ; Elisabeth Kulman, mezzo-soprano ; Orchestre symphonique de la Radio bavaroise ; direction : Simon Rattle. 4 CD BR Klassik. Enregistrés live en janvier 2019 dans l’Herkulessaal de Munich. Notice bilingue : anglais-allemand. Durée totale : 3:35:50

 
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