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Street Scene : le militantisme américain de Kurt Weill

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Kurt Weill (1900-1950) : Street Scene, opéra américain en deux actes sur un livret d’Elmer Rice. Mise en scène : John Fulljames. Décors et costumes : Dick Bird. Lumières : James Farncombe. Chorégraphie : Arthur Pita. Avec : Paulo Szot, Franck Maurrant ; Patricia Racette, Anna Maurrant ; Mary Bevan, Rose Maurrant ; Matteo Artuñedo, Willie Maurant ; Geoffrey Dolton, Abraham Kaplan ; Joel Prieto, Sam Kaplan ; Veronica Polo, Shirley Kaplan ; Gerardo Bullon, George Jones ; Lucy Schaufer, Emma Jones ; Sarah-Marie Maxwell, Mae Jones, First Maid ; Javier Ramos, Vincent Jones, New Tenant ; Jeni Bern, Greta Fiorentino ; Michael J. Scott, Lippo Fiorentino ; Scott Wilde, Carl Olsen ; Harriet Williams, Olga Olsen ; Tyler Clarke, Daniel Buchanan ; Eric Greene, Henry Davis ; Irene Caja, Mrs Davis ; Montse Gabriel, Mrs Hildebrand ; Marta Fontanals-Simmons ; Diego Poch, Charlie Hildebrand ; Clara Barrios, Mary Hildebrand ; Richard Burkhard, Harry Easter ; Dominic Lamb, Dick McGann ; Pequeños y Jóvenes Cantores de la JORCAM (chef de chœur : Ana Gonzáles) ; Chœur (chef de chœur : Andrés Maspero) et Orchestre du Teatro Real de Madrid ; direction : Tim Murray. Réalisation : Jérémie Cuvillier. 1 DVD Bel Air Classiques. Enregistré au Teatro Real de Madrid en février 2018. Sous-titrage en anglais, français, allemand, espagnol, coréen, japonais. Notice trilingue (anglais, français, espagnol) de 28 pages. Durée : 160:00

 

Une belle surprise attend celui qui avait hésité à découvrir Street Scene au vu de la seule jaquette du DVD BelAir vendant le spectacle comme le Follies de Sondheim. Plus proche de West Side Story que de Wonderful Town, Street Scene vise plus haut.

bac162-street-scene-dvd-visuel-2d-recto-1-1000x1414La mise en scène de a connu, à Londres en 2011, puis à Paris en 2013, une première et sobre mouture. Des moyens autrement conséquents offerts à Madrid en 2018 (visibles à Cologne en 2019 et à Monaco en 2020) permettent d’immortaliser en DVD Street Scene, que lui-même considérait comme son meilleur opéra.

Weill avait voulu Street Scene pour Broadway. Un Broadway pour lequel il rêvait d’un autre destin que celui de simple temple du divertissement. L’on remarque d’emblée, durant tout le premier acte, combien le roué (qui sous-titre « opéra américain ») sait adapter son art. Tous les clichés de la comédie musicale américaine sont là : blues, soft-shoe number, jitterbug, fox trot torch song… entrecoupés de dialogues parlés sur fond de brouhaha urbain. Sidérante protéiformité, parfaitement saisie par le poète Langston Hughes, qui seconda Elmer Rice, l’auteur de la pièce d’origine, lors de l’élaboration du livret : « S’il était parti en Inde, il aurait remarquablement composé de la musique indienne. C’est pourquoi l’Allemagne peut considérer Weill comme un Allemand, la France comme un Français, l’Amérique comme un Américain et moi comme un Noir, exilé d’Allemagne par le nazisme. »

Weill est arrivé à New York en 1935, à la veille de la première de Porgy and Bess, auquel on pense beaucoup en écoutant Street Scene, dans lequel on discerne, plus que la séduction mélodique immédiate de Gerschwin, le lyrisme puccinien de Korngold. On ne peut rester insensible au coup de massue d’un Acte II qu’avait assez peu laissé prévoir un Acte I presque inconséquent avec son étourdissante multiplicité de personnages racontant, devant une façade d’immeuble, le poids du malheur et le rêve du bonheur : un horrible trio de commères, un anticapitaliste, un couple usé par le quotidien, des amants épiés, un romantique étudiant en droit, une jeune femme tentée de s’échapper de son milieu social, enfin (et prémonitoire à tous égards) le rêve vite dissipé de Broadway… De fait cet Acte I est la longue exposition du drame à venir et de son amère issue : l’impossibilité des classes sociales à rêver ensemble. Dur à avaler pour Broadway, qui se débarrassa poliment mais expressément de Street Scene au moyen d’un Tony Award, prix crée spécialement à son intention. Allemand, Français, ou Américain, est toujours .

Forte de l’excellent livret de Street Scene, la mise en scène de Fulljames joue la discrétion, s’efface derrière des éclairages sobres qui font passer du jour à la nuit une structure de quatre niveaux à claire-voie où chacun, comme dans le Dogville de Lars von Trier, peut voir ce qui se passe chez chacun, imposant décor se fracturant une trop brève fois sur un fond d’ampoules très 42e Rue.

Le metteur en scène s’appuie également sur une équipe musicale des plus équilibrées. Sous la direction gracieuse de , émergent d’une distribution pléthorique allant jusqu’à inclure un chœur d’enfants, des rôles parlés (dont l’amant par qui le malheur advient !), le touchant vibrato de en épouse mal-aimée, la subtile solidité de en mari mal-aimant, la juvénile musicalité du Sam de , ému aux larmes lors des adieux à Rose. Quant à , proche de Scarlett Johannsson par la ressemblance, de la Traviata par l’abnégation, elle incarne de façon marquante la fatalité du renoncement à l’invite au mélange des classes sociales.

 

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Kurt Weill (1900-1950) : Street Scene, opéra américain en deux actes sur un livret d’Elmer Rice. Mise en scène : John Fulljames. Décors et costumes : Dick Bird. Lumières : James Farncombe. Chorégraphie : Arthur Pita. Avec : Paulo Szot, Franck Maurrant ; Patricia Racette, Anna Maurrant ; Mary Bevan, Rose Maurrant ; Matteo Artuñedo, Willie Maurant ; Geoffrey Dolton, Abraham Kaplan ; Joel Prieto, Sam Kaplan ; Veronica Polo, Shirley Kaplan ; Gerardo Bullon, George Jones ; Lucy Schaufer, Emma Jones ; Sarah-Marie Maxwell, Mae Jones, First Maid ; Javier Ramos, Vincent Jones, New Tenant ; Jeni Bern, Greta Fiorentino ; Michael J. Scott, Lippo Fiorentino ; Scott Wilde, Carl Olsen ; Harriet Williams, Olga Olsen ; Tyler Clarke, Daniel Buchanan ; Eric Greene, Henry Davis ; Irene Caja, Mrs Davis ; Montse Gabriel, Mrs Hildebrand ; Marta Fontanals-Simmons ; Diego Poch, Charlie Hildebrand ; Clara Barrios, Mary Hildebrand ; Richard Burkhard, Harry Easter ; Dominic Lamb, Dick McGann ; Pequeños y Jóvenes Cantores de la JORCAM (chef de chœur : Ana Gonzáles) ; Chœur (chef de chœur : Andrés Maspero) et Orchestre du Teatro Real de Madrid ; direction : Tim Murray. Réalisation : Jérémie Cuvillier. 1 DVD Bel Air Classiques. Enregistré au Teatro Real de Madrid en février 2018. Sous-titrage en anglais, français, allemand, espagnol, coréen, japonais. Notice trilingue (anglais, français, espagnol) de 28 pages. Durée : 160:00

 
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