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À Genève et en public, l’Orchestre de la Suisse Romande se déconfine

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Genève. Victoria Hall. 8-VI-2020. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano et orchestre n° 23 en la majeur KV 488, Symphonie n° 41 « Jupiter » en ut majeur KV 551. Nelson Goerner, piano ; Orchestre de la Suisse Romande ; direction : Jonathan Nott

Pour un réduit à se montrer sur scène en respectant les distances imposées par le Conseil Fédéral pour ce déconfinement prudent quoi de mieux qu’un « petit » Mozart à l’affiche.

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Depuis le mois de mars, l’ avait annulé tous ses concerts à cause de la pandémie de coronavirus. Les mesures de confinement ayant été légèrement assouplies, la phalange genevoise a offert trois concerts en public dans le cadre d’une reprise de son activité concertante. Mais, Covid-19, confinement, déconfinement obligeant, les habitudes des spectacles de musique classique sont pour le moins bousculées. D’immuables restent le bâtiment et la salle du Victoria Hall de Genève. De l’extérieur, on pourrait croire que l’on va assister à « un autre » concert de l’ sauf que dès franchie la porte du vénérable immeuble, on est immédiatement confronté aux exigences de distanciation encore en vigueur. Deux mètres entre chaque arrivant, un parcours fléché, des placeurs en vitrine derrières d’imposantes visières de plexiglas. La jauge « helvético-fédérale » autorisée est de 300 personnes y compris l’orchestre. C’est dire que dans une salle de 900 places, les quelques deux cents cinquante spectateurs sont perdus, dispersés. Toutefois, ces mesures ont l’avantage d’offrir la vue dégagée sur l’ensemble de l’orchestre sans être perturbé, comme à presque tous les concerts, par l’inévitable tête dodelinante du grand monsieur toujours placé devant votre siège.

Sur la scène, la grosse trentaine de musiciens a troqué sa tenue sévère et traditionnelle du smoking noir contre un jeans et une chemise blanche pour les messieurs et quelques robes de couleur pastel pour les dames. Séparés selon les « bi-métriques » précautions « coronovirussiennes », la salle exagérément aérée résonne beaucoup plus qu’à l’accoutumée. Pour les musiciens, le son d’ensemble s’en ressent. Ce sont plusieurs violons et non un ensemble de violons qu’on perçoit. Alors que certaines cordes sonnent avec acidité, d’autres plus chaudement, on manque d’unité sonore, du son profond de l’orchestre. Au piano, donne du Concerto pour piano et orchestre n° 23 en la majeur KV 488 de Mozart une interprétation quelque peu engoncée dans une rigueur droite. La note est frappée, acérée, manque de lyrisme. Son phrasé apparaît précipité à la limite du décalage. La faute à cet éparpillement des pupitres empêchant la subtilité d’un jouer ensemble, en harmonie, en complicité à l’exception de la fin du sublime largo où soudain une symbiose s’opère donnant toute sa saveur à ce merveilleux concerto. En bis, offre un sensible Nocturne « Lento con gran espressione » de Chopin, où il démontre ses qualités extrêmes de coloriste attentif de cette musique.

Concert sans entracte, le piano bientôt avalé par l’ascenseur de scène, l’Orchestre de la Suisse Romande s’attaque à la Symphonie « Jupiter ». Dès les premières mesures de l’Allegro vivace, emporte l’orchestre dans une belle énergie. Si les bois et les cuivres font merveille, les cordes manquent de ligne. Là encore, la compacité qu’on attend ne peut être atteinte avec des instrumentistes aussi éloignés les uns des autres. Reste que la performance est à louer au vu des difficultés qu’impose cette situation bien particulière. Le tempo de l’Andante cantabile laisse à l’ensemble le temps de déployer une musicalité plus accomplie, chacun des musiciens semblant avoir plus de temps pour écouter les autres. Dans le mouvement final, Molto allegro, le chef s’emploie en de larges gestes des bras à imprimer un débordant dynamisme à son orchestre parfois au détriment d’une musicalité difficilement atteignable en de telles circonstances.

Le public heureux de ces retrouvailles réserve une ovation nourrie à l’Orchestre de la Suisse Romande et à son chef, tentant par ses hourras sonores de combler l’absence de bravos des trois quarts de la salle qui n’ont pas eu le privilège de cette soirée.

Espérons que les prochaines mesures de déconfinement permettront d’évacuer rapidement ces inconvénients.

Crédit photographique : Jonathan Nott © Niels Ackermann

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Genève. Victoria Hall. 8-VI-2020. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano et orchestre n° 23 en la majeur KV 488, Symphonie n° 41 « Jupiter » en ut majeur KV 551. Nelson Goerner, piano ; Orchestre de la Suisse Romande ; direction : Jonathan Nott

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  • Michel LONCIN

    Ce n’est pas trop tôt !!!

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