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Explosions rythmiques dans la Symphonie n° 6 de Bruckner par Thomas Dausgaard

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Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n° 6. Orchestre philharmonique de Bergen, direction : Thomas Dausgaard. 1 SACD hybride BIS Records. Enregistré à la Grieghalle de Bergen, Suède, en juin 2018. Notice en anglais, allemand et français. Durée : 53:21

 

La violence de la foi exprimée dans la Symphonie n° 5 et la pureté mystique de la Symphonie n° 7 sont en partie absentes de la Symphonie n° 6. À l’évidence, le compositeur refuse d’enfermer l’œuvre dans des conflits dramatiques, et offre une lecture originale de cette partition encore négligée au concert.

Bruckner 6 Dausgaard BISNous n’avions pas aimé l’interprétation de la Symphonie n° 2 par Dausgaard, captée en 2009 avec l’. L’allègement dogmatique des pupitres, l’absence radicale de vibrato, le dénuement de l’inspiration brisant la continuité organique de la partition étaient un contresens.

Changement de décor – grâce à la formation norvégienne et presque une décennie entre les deux captations, ce qui modifie la donne – pour la présente lecture aussi équilibrée que séduisante de la Symphonie n° 6. Dausgaard la conçoit d’un seul bloc bâti sur l’alliance de rythmes binaires et ternaires. Les contrastes entre le rythme martial et les motifs des cordes graves évoquent quelque improvisation d’orgue. La pulsation serrée et très définie des cordes fluides et légères met en valeur de jolis bois fruités et des cuivres en chamade. Aucune baisse de tension dans ce premier mouvement aux contrastes maximaux, au caractère héroïque et dont les influences sont bien davantage à chercher du côté de Mendelssohn et de Schumann que de Wagner.

Le thème de l’Adagio sehr feierlich (très solennel) est exposé aux violons. Le contre chant des autres pupitres de cordes et du hautbois donne une ampleur mystérieuse que Dausgaard préserve et déploie lentement, sans dramatisme. Les bois sont décidément excellents, portant haut le chant avec une intensité lumineuse, préparant judicieusement les ruptures de climats et les silences. On regrette toutefois que les cuivres soient si durs dans les dynamiques extrêmes. L’influence du « ohne Vibrato » et le rejet du moindre rubato accentuent la dureté des liaisons. C’est bien dommage.

Pris avec une magnifique énergie, le Scherzo joue, ici, remarquablement de l’utilisation de ländler allemands et d’un contrepoint complexe. La lisibilité de la direction impressionne autant que l’esprit fantasmagorique proposé : il évoque quelque Songe d’une nuit d’été, ce qui est bien vu dans cette page, l’une des plus « païennes » du compositeur. Les cors (cette fois-ci wagnériens) sont impeccables de justesse et le dialogue avec les cordes, fort bien ciselé.

Le finale est tout aussi alerte, l’un des plus vifs de la discographie, presque trop (Bewegt, doch nicht zu schnell / animé, mais pas trop rapide). On ne peut toutefois lui reprocher d’avoir grande allure. Les cuivres « haranguent » les cellules rythmiques sans briser la structure du mouvement. Dausgaard réalise un très beau travail d’homogénéité, entre les superpositions de thèmes et les modulations harmoniques. Cela étant, il creuse considérablement les dynamiques, privilégiant invariablement les contrastes extrêmes. L’ensemble est spectaculaire car maîtrisé de bout en bout et avec une virtuosité à couper le souffle jusque dans la monumentale coda conclusive. Voilà une version à part dans la discographie pourtant très riche de personnalités : Jansons (RCO), Maazel (BR Klassik), Wand (RCA), Jochum (Tahra), Klemperer (Warner Classics).

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Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n° 6. Orchestre philharmonique de Bergen, direction : Thomas Dausgaard. 1 SACD hybride BIS Records. Enregistré à la Grieghalle de Bergen, Suède, en juin 2018. Notice en anglais, allemand et français. Durée : 53:21

 
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  • Michel LONCIN

    « Ohne vibrato » … Voilà qui me convainc, même « sans écoute », à REJETER ce « postulat » NEO BAROQUiste !!! Ostraciser le vibrato et le rubato, s’agissant d’une partition écrite entre 1881 et 1883, notamment dans l’Adagio, premier du genre en tant que « Confession » intime, anticipant les trois Adagios futurs des 7ème, 8ème et 9ème Symphonies, est une HERESIE de l’espèce « Roger Norrington », lequel, ENORMITE d’entre les ENORMITES, les bannissait jusqu’en « l’an de grâce » 1945 !!! Jusques à QUAND devrons-nous subir cette « usurpation » baroquiste … ?

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