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Fulgurantes et intrigantes Variations Goldberg de Lang Lang

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Variations Goldberg BWV 988. Lang Lang, piano. 4 CD Deutsche Grammophon. Enregistrés à l’Église Jesus-Christus de Berlin (version en studio) et à l’Église Saint-Thomas de Leipzig, en mars 2020. Notice en anglais, allemand et français. Durée totale : 3h04

 

Il les étudie depuis de longues années, les a jouées à 17 ans devant Christoph Eschenbach puis Nikolaus Harnoncourt, les a, par la suite, travaillées avec Andreas Staier. Il nous en a donné quelques extraits, il y a quelques mois, à la Philharmonie de Paris. Deux lectures des Goldberg, l’une en studio et l’autre en public ne peuvent que faire réagir l’auditeur.

Johann-Sebastian-Bach_Variations-Goldberg_Lang-Lang_Deutsche-GrammophonInterpréter au piano est, déjà, une transcription, dans la tradition romantique, dont se revendique. Pour la première fois, au disque, il aborde ce répertoire. Une lointaine passion assurément et, qui sait, la réponse adaptée à la contrainte d’une longue retraite de la scène pour cause de tendinite. Rigoureux et imaginatif à la fois, il est lui-même dans cette musique, libérant un impact émotionnel qui indignera certainement les tenants du dogme de l’interprétation « historiquement informée » sans oublier ceux qui, par principe, et quoi qu’il fasse, ne l’apprécieront jamais.

cultive les paradoxes du temps présent. Il aime la beauté enivrante du son – la captation en studio est splendide – et les timbres de son piano conviendraient fort bien à l’œuvre de Brahms (« apôtre » de Bach et collectionneur de ses manuscrits !). Il joue – dans tous les sens du terme – avec les Goldberg, mais en professionnel d’une méticulosité extrême et disposant de moyens (redevenus) impressionnants.

Cette interprétation est, avant tout, l’expression du chant. Celui-ci est littéralement porté dans l’aria. Le piano goûte chaque timbre comme il le ferait d’un nocturne de Chopin (la variation n° 13 est à cet égard saisissante), avec une sonorité qui se projette intensément. Nous sommes dans le bel canto. Est-ce une faute de goût ? Bach ne se conçoit pas sans les lumières italiennes qui se fondent dans la polyphonie. Lang Lang a étudié le clavecin dont il ne cherche pas à imiter le jeu, mais la mobilité improvisatrice (variations 3, 10). L’ornementation proposée est prolifique et ingénieuse, conçue pour l’agrément et évitant le pastiche (variation 18). Une idée par mesure, c’est presque trop ! La joie, l’exaltation sont portées par une ivresse maîtrisée (variations n° 5, 14). L’extrême rapidité de certains tempi, qui culmine dans les électrisantes variations 11 et 26 s’inscrit dans une logique musicale : elle consiste à densifier un geste naturellement élégant sans rompre le récit. Se créent ainsi une succession de tableaux imbriqués les uns dans les autres.

Lang Lang laisse libre cours à son instinct et prend des risques (plus encore en public). Cela réussit et l’humour chez Bach se révèle quand le pianiste parodie le jeu de cordes pincées (variations 17, 24, 28). Cela est moins probant, aussi, lorsqu’il ne peut renouveler l’élan (variations 19, 20) ou devant une phrase trop soutenue et qui devient complainte (variation 21), voire lorsque des rythmes croisés s’écrasent (variations 24, 29). L’enregistrement en public n’évite pas quelques baisses de tension (variation 11). Dommage. L’inspiration reprend systématiquement le dessus dans les danses populaires et les feux d’artifice princiers jamais asséchés, des variations 13 et 26.

La version en studio a clairement notre préférence. De la conception de Lang Lang, retenons la fantaisie et la rigueur combinées. Et plus encore, le plaisir immédiat. Et, c’est peut-être, ce qui ne peut complètement combler l’auditeur, du moins celui qui recherche au-delà de la fulgurance du jeu, un élan spirituel. Il faudra alors se tourner, par exemple, vers Murray Perahia ou Zhu Xiao-Mei.

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Variations Goldberg BWV 988. Lang Lang, piano. 4 CD Deutsche Grammophon. Enregistrés à l’Église Jesus-Christus de Berlin (version en studio) et à l’Église Saint-Thomas de Leipzig, en mars 2020. Notice en anglais, allemand et français. Durée totale : 3h04

 
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