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Lulu sous la plume de Michel Fano

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Lulu et après ?. Michel Fano. Éditions Aedam Musicae. 180 p. 27,00 €. Août 2020

 

On connaît son Wozzeck d’ écrit à quatre mains avec Pierre-Jean Jouve, paru en 1964. Compositeur, écrivain et cinéaste, Michel Fano s’est aussi intéressé à Lulu, le second opéra inachevé du compositeur viennois dont il livre une « lecture musicale » aussi fine que pertinente qui passionnera le mélomane autant que le spécialiste.

lulu et apres_aedam musicaeDans cette étude linéaire et minutieuse, Michel Fano nous met dans la situation du spectateur sollicité simultanément par la musique, qu’il fait résonner à travers ses propos, la scène qui est précisément décrite et le jeu des personnages lorsqu’il est mentionné dans les didascalies ; en recommandant au lecteur de se munir du DVD de l’opéra (celui de DG 463 620) et du livret bilingue car le texte de Berg est toujours cité en français.

Précieuse est cette introduction où l’auteur ramasse en une poignée de pages la présentation de l’ouvrage (récit, personnages) et les axes de son analyse (structure, temps et matériau). Ainsi met-il en évidence la présence de la forme en arche gouvernant macro et micro-structure de l’opéra ainsi que l’importance de la dimension temporelle chez Berg « qui ignore la répétition et pratique la reprise telle que la concevait Kierkegaard », nous dit l’auteur. Sans jamais recourir aux exemples musicaux dans le texte, Michel Fano, accordant à l’analyse sérielle une place prépondérante, prévoit un feuillet mobile de vingt-huit exemples commentés. Y sont présentés le matériau référentiel (la série génératrice) qui préside à l’invention de l’écriture et ses dérivés multiples, motifs et thèmes attachés à chacun des personnages voire à des éléments dramaturgiques (le tableau, le désir, la mort, etc.) donnant naissance, comme l’a fait remarquer , à de véritables leitmotive wagnériens. Fano y analyse de près la nature de ces figures thématiques et la relation parfois cryptée qu’elles établissent entre les personnages : autant d’exemples signalés dans le cours du texte, invitant ou non le lecteur à s’y reporter, selon son désir et son intérêt.

Précisons que ce « récit musical » très vivant est la transcription sur papier d’un objet multimédia, révisé pour l’occasion, qui adopte, sur les conseils de Philippe Fauré (professeur à l’ISDAT de Toulouse), une typographie singulière permettant de différencier citations du livret et didascalies (en italiques différemment cadrés) et plume de l’auteur. L’articulation structurelle de chaque scène est mentionnée en gras par des lettres, des titres renseignant le modèle formel (sonate, gavotte, aria, etc.), le tempo ou encore le style vocal, avec un repérage très précis des mesures de la partition. En bref, évitant l’écueil de l’analyse de spécialiste souvent indigeste pour le lecteur, Fano nous invite à une immersion passionnante dans les trois actes de Lulu ; sans rien céder à l’aspect technique de l’écriture bergienne et sa combinatoire sérielle, il parvient à maintenir le flux vivant de la dramaturgie : « Sentez l’odeur de la série génératrice que chante Lulu », lance cet esprit sagace juste avant l’Interlude central de l’opéra.

Astucieux également est ce dialogue fictif, dans l’épilogue, des deux amis A et B qui, à l’issue de la représentation de l’opéra, échangent sur les questions de mise en scène, de direction d’acteur au regard des propositions faites par Berg lui-même, « qui valent d’être reconnues comme une volonté du compositeur au même titre que le texte musical », fait remarquer A, alias Michel Fano. C’est à l’aune de ces indications dramaturgiques et scénographiques du compositeur (décor, rideau, tableau, film, mort de Lulu) que Philippe Fauré recense et commente en guise de postface neuf captations réalisées entre 1996 et 2016 (Eric Bechtolf, Andrea BethVera Nemirova, Christof Loy, Clef d’or ResMusica…) et disponibles en DVD : judicieux et complémentaire.

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Lulu et après ?. Michel Fano. Éditions Aedam Musicae. 180 p. 27,00 €. Août 2020

 
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