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L’élégance beethovénienne d’Olivier Cavé

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concertos pour piano n° 1 op. 15 et n° 2 op. 19. Olivier Cavé, piano ; Kammerakademie Potsdam, direction : Patrick Hahn. 1 CD Alpha. Enregistré au Studio Teldex de Berlin, en septembre 2018. Notice en anglais, allemand et français. Durée : 62:42

 

Les Clefs d'or

Presque à la même période et dans le même studio berlinois, le label Alpha Classics a enregistré les pianistes Martin Helmchen et dans des concertos de Beethoven. Si la conception du musicien allemand nous est déjà connue, comparons-la, dans les deux premiers opus du cycle, avec celle du Suisse .

Beethoven_Olivier-Cavé_Patrick-Hahn_AlphaLes deux interprètes jouent sur un piano moderne, mais avec des conceptions des œuvres et, plus encore, des personnalités bien différentes. Si le piano de Martin Helmchen en imposait par la puissance de sa présence dans le Concerto n° 1, c’est bien davantage la dimension chambriste qui se révèle dans le toucher d’. Celui-ci exprime, dès les premières mesures du Concerto en ut majeur, un sentiment de fraîcheur et une élégance dans la mobilité du jeu qui séduisent. Le chant y prend toute sa place sans pour autant céder à la tension rythmique. L’impatience jubilatoire et presque combattive d’Helmchen n’apparaît pas chez le pianiste suisse. Il est vrai que l’Académie de chambre de Potsdam possède des couleurs plus pastel que celles de la formation berlinoise qui accompagne Helmchen. Elle cherche davantage l’appui du dialogue avec le soliste. Olivier Cavé est un narrateur, comme en témoignent ses albums Scarlatti et plus encore Clementi. Un narrateur, qui inscrit ces œuvres dans la continuité stylistique mozartienne et se refuse à tirer l’œuvre vers l’inouï beethovénien, y compris dans la cadence. Dans le mouvement lent,  trouve des sonorités fondues qui s’agrègent à la dynamique du clavier dont les micros ne cherchent pas à isoler l’espace naturel. Impérial et mordant, le toucher de Martin Helmchen nous impressionnait dans le finale. Olivier Cavé, en revanche, ne rompt pas brutalement avec l’atmosphère songeuse du mouvement lent, mais impose une présence calme. La direction lumineuse de favorise la conjugaison polyphonique entre les deux parties et provoque un dialogue parfois même humoristique.

Le Concerto n° 2 amplifie ces impressions divergentes. Chez Helmchen, les tempi étaient plus soutenus. Il pressait, donnait une impulsion vive aux accents et favorisait, avec virtuosité, l’expression d’un climat d’urgence. C’est le caractère symphonique qui prévalait. Olivier Cavé ne quitte pas encore si rapidement l’univers de Mozart dans l’Allegro con brio. Il mesure le temps, prend soin d’éclairer des plans contrastés et de faire vivre ses intentions. Sans aucune dureté, il conduit une interprétation dans un jeu d’équilibriste, « dansant » sur les phrases, ornementant sans perdre l’élan. Quel beau piano ! Dans le mouvement lent, le phrasé legato porte le clavier, à la manière d’un aria. Le lyrisme et le sentiment de contemplation se nouent sur la pulsation des cordes. Au milieu de l’Adagio, la mélodie qui est confiée aux vents et non pas au piano devenu accompagnateur, se déploie avec une si belle élégance. Le finale de l’œuvre brillait sous les doigts d’Helmchen qui marquait le côté claudiquant et percussif du rythme. Cavé ne va pas aussi loin. Il cherche davantage la fusion du piano et de l’orchestre. Il est, en somme, plus « classique », inscrivant son phrasé et son toucher dans la lignée de certains des grands interprètes allemands du passé.

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concertos pour piano n° 1 op. 15 et n° 2 op. 19. Olivier Cavé, piano ; Kammerakademie Potsdam, direction : Patrick Hahn. 1 CD Alpha. Enregistré au Studio Teldex de Berlin, en septembre 2018. Notice en anglais, allemand et français. Durée : 62:42

 
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