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Pour ou contre les concertos n° 2 et n° 5 de Beethoven par Helmchen et Manze ?

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concertos pour piano n° 2 op. 19 et n° 5 op. 73. Martin Helmchen, piano moderne ; Deutsches Symphonie-Orchester Berlin ; direction : Andrew Manze. 1 CD Alpha Classics. Enregistré au Studio Teldex de Berlin en octobre 2018 (op. 19) et à la Philharmonie de Berlin en mai 2019 (op. 73). Textes de présentation en allemand, anglais et français. Durée : 66:25

 

L’affiche est alléchante : deux grands musiciens et remarquables techniciens se lancent dans l’intégrale des concertos de Beethoven. Les avis sont pourtant partagés. Avec ce « Pour ou contre », nous vous présentons deux opinions opposées sur cette nouvelle parution.

Beethoven_Martin Helmchen_Deutsches Symphonie-Orchester Berlin, Andrew ManzeUn Beethoven féerique

Après la réussite du double disque Messiaen, revient à Beethoven dont il marque les concertos du sceau de la légèreté et de la simplicité. Sous les doigts du pianiste, l’opus 19 est d’une innocence et d’une pureté presque irréprochables. Par la discrétion du geste, Helmchen empreint son toucher d’une limpidité cristalline et d’une finesse qu’il conjugue à la précision des attaques. Il en résulte un jeu résolument sec, « dégraissé » par l’usage restreint de la pédale, au profit de la transparence des textures. Le piano se fond, par moments, dans le tissu de l’orchestre, mais d’autres fois, il danse et chante solo, tout comme il nous fait voir ses griffes, dans la cadence clôturant le premier mouvement du concerto, alliant poésie et virtuosité, poussée à l’extrême avec un accelerando et un crescendo « à bout de souffle » dans le climax. Dans l’apport de l’orchestre, l’exécution est marquée par l’angoisse – perceptible déjà dans l’exposition du premier mouvement –, ainsi que par une sorte d’agilité résultant d’un dosage modéré du vibrato et de la netteté de l’articulation.

Si le phrasé manque d’ampleur dans la prestation du deuxième mouvement, elle envoûte par le raffinement, avant de galvaniser par une dextérité digitale fiévreuse du soliste dans le finale, donné avec verve et dans un ton jubilatoire.

Pour le concerto op. 73, impérial, illumine la partition par la grâce et l’intimité du toucher. Comme dans la lecture de Jan Lisiecki, le piano se pare ici de teintes claires, révélant une finition soigneuse et une sonorité perlée. Si, cependant, le jeu de l’Allemand fait preuve d’un fil narratif cohérent, l’interprétation assurée par Lisiecki est dénuée de logique interne.

Par cette réalisation, Martin Helmchen nous plonge dans une atmosphère de conte de fées. Avec sa multitude de couleurs, le premier mouvement du concerto enchante par la douceur du contour. Les trilles sonnent comme des clochettes, et les vents créent en fond une ambiance rêveuse. La phalange berlinoise, quant à elle, frappe par des accents festifs (timbales mises en avant dans l’exposition), de façon à donner du caractère à cette musique. Puis, dans le deuxième mouvement, les phrasés respirent l’élégance, mais aussi une certaine froideur. Le finale reprend le brio du premier mouvement, sans nous faire oublier la délicatesse se traduisant, dans les pianissimi, par cette légèreté qui fait penser au battement d’ailes d’un papillon. Le plaisir de l’écoute est rendu plus fort encore par une prise de son spacieuse. (MC)

Un Beethoven sans personnalité

Ce premier volume d’une intégrale des concertos de Beethoven déçoit. La volonté de plus en plus marquée, d’orchestres « traditionnels » et d’interprètes rompus au répertoire sur piano moderne, de faire plus « authentiques » atteint ses limites. S’il s’agit, comme ici, de choisir des instruments appropriés (cors et timbales) et de vouloir à tout pris reproduire cette obsession du « non-vibrato » ainsi que toute la quincaillerie des interprétations « historiquement informées », on obtient ce type de lecture du Concerto en si bémol majeur : sonorité courte des cordes, manque de personnalité, fragilité de certains pupitres notamment des cors et de la petite harmonie. Au bénéfice d’une telle lecture, on retient une tenue rythmique impeccable et la finesse d’un jeu uniformément perlé (Helmchen était impressionnant pour cette qualité dans ses disques du répertoire romantique parus chez PentaTone). Le Concerto n° 2 à l’entrain réputé « militaire » n’a donc pas failli ! À noter l’apparition d’un effet rumble, c’est-à-dire des vibrations dans les basses fréquences. Des vibrations d’autant plus fortes, que le piano est capté de trop près.

Le toucher d’Helmchen et la qualité de la pédalisation sont tout aussi équilibrés dans le Concerto « L’Empereur ». Hélas, chaque émotion parait factice dans l’Adagio, pourtant spécifié Con gran espressione. Les idées musicales sont décortiquées, mais ne s’enrichissent pas d’un dialogue entre le soliste et l’orchestre. Celui-ci n’est qu’un accompagnateur alors que l’écriture beethovénienne suscite, en permanence, le conflit et la réconciliation entre le soliste et la formation. Le piano calcule froidement, efficacement, ne creusant pas les courbes des traits montants et descendants. Il en devient terriblement prévisible pour peu que l’on jette une oreille comparative à Brendel et Arrau. Cette version qui se veut certainement dans l’esprit révolutionnaire est un « anti-dialogue » jusque dans l’entrée maladroite des cors et les teintes blafardes et rêches des premiers violons. Tout est joué forte ou pianissimo. Le finale, qui repose sur un refrain assez anodin, étouffe sous le poids de la crispation du clavier et de la direction. Cela « tricote » sans but précis, mais dans le cadre strict des portées. Est-ce suffisant ? (SF)

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concertos pour piano n° 2 op. 19 et n° 5 op. 73. Martin Helmchen, piano moderne ; Deutsches Symphonie-Orchester Berlin ; direction : Andrew Manze. 1 CD Alpha Classics. Enregistré au Studio Teldex de Berlin en octobre 2018 (op. 19) et à la Philharmonie de Berlin en mai 2019 (op. 73). Textes de présentation en allemand, anglais et français. Durée : 66:25

 
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