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Carl Schuricht et la SWR, le grand style desservi par l’orchestre

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Œuvres de Haydn, Mozart, Beethoven, Blacher, Brahms, Bruckner, Debussy, Goetz, Grieg, Liszt, Mahler, Mendelssohn, Pfitzner, Raphael, Reger, Reznicek, Schubert, Schumann, R. Strauss, Tchaïkovski, Volkmann, Wagner, Weber, Wolf (+ répétitions de la 2° symphonie de Brahms et Parsifal). Interprètes : Maria Stader ; Marga Höffgen ; Murray Dickie ; Otto Wiener ; Hermann Prey ; Hansheinz Schneeberger ; Roman Schimmer ; Enrico Mainardi ; Ruth Siewer ; Ruth-Margret Pütz ; Clara Haskil ; Elisabeth Schwarzkopf ; Fritz Wunderlich ; Barry McDaniel ; Hanni Mack-Cosack ; Hertha Töpper ; Lucrezia West ; Yaron Windmüller ; Caroline Petrig ; Elen Filipova ; Reinhild Runkel ; Peter Dvorsky ; Kurt Rydl ; Arleen Auger ; Franz Gerhisen ; Alan Titus ; Chœur d’enfants du Gymnasium Eberhard Ludwig de Stuttgart ; Chœur de la radio de la Hesse de Francfort ; Stuttgarter Lehrergesangsverein ; Ensemble vocal de la SWR de Stuttgart ; Orchestre symphonique de la SWR de Stuttgart ; direction : Carl Schuricht. 1 coffret 30 CD SWR Music. Enregistrés entre avril 1950 et mars 1966 dans diverses salles de Stuttgart. Notice succincte bilingue (anglais, allemand) Durée totale : environ 32h 30’

 

Si sa carrière a souffert des années noires en Allemagne, n’en a pas moins été l’une des hautes figures de la direction d’orchestre du XXᵉ siècle. La SWR réédite son legs tiré de concerts avec l’orchestre maison dans les années 50 et 60. 

(1880-1967), haute figure de la direction d’orchestre allemande de l’entre-deux guerres et encore d’après 1945 est resté dans l’ombre des géants au style plus marqué et flamboyant que furent Furtwängler bien sûr, mais aussi Klemperer ou Knappertsbusch. Plus que de leurs esthétiques diverses mais fortement personnelles, Schuricht se rapproche davantage de Bruno Walter par son lyrisme épuré et son relatif classicisme de conception. Pas d’effets puissamment romantiques, loin du wagnérisme titanesque de Kna ou de l’inspiration transcendante de Furt. Mais une approche toujours humble et une compréhension en profondeur des compositeurs et de leurs styles.

Si les grandes maisons de disque lui ont permis de graver avec des orchestres souvent excellents les grandes pages du répertoire de façon inoubliable (son intégrale parisienne des symphonies de Beethoven, ses Bruckner viennois notamment), Schuricht a aussi souvent dirigé en concert notamment l’orchestre radio-symphonique de Stuttgart dont le label de la SWR reprend aujourd’hui le legs. On retrouve en fait le contenu de deux coffrets parus il y a une quinzaine d’années chez Hänssler. Seule différence notable, à un DVD de biographie et de répétition, l’éditeur a préféré un CD de répétitions du finale de la Symphonie n° 2 de Brahms et d’extrais orchestraux de Parsifal.

Evaluée dans son ensemble, cette somme fait ressortir les traits essentiels du musicien. Un style volontiers épuré, élégant, sans pathos ni excès, mais une compréhension profonde des œuvres. Le répertoire couvert est significatif : sept symphonies de Beethoven (manquent la n° 2 et la n° 8), un ensemble Brahms magistral (les quatre symphonies, le Requiem allemand et des chœurs avec orchestre), de magnifiques Bruckner (Symphonies n° 4, 5 – avec une regrettable coupure dans le scherzo –, 7, n° 8 et 9). Schumann est présent par de somptueuses Symphonies n° 2 et 3, une ouverture de Manfred à se damner et le brillant triptyque Ouverture, scherzo et Finale. Pas de symphonie de Mendelssohn hélas mais les n° 2 et 3 de Mahler, compositeur auquel on n’associe pas spontanément le nom de Schuricht. Les deux « symphonies » (Alpestre et Domestique) de Richard Strauss sont transcendantes, et les grands cycles orchestraux de Reger (variations Mozart et Hiller auxquelles ont ajoutera les fantasques variations de Reznicek) d’un équilibre magistral. Les nombreuses ouvertures (Wagner, Mendelssohn, Schumann mais aussi Goetz, Grieg, Pfitzner et Reznicek) comme le rare « ce qu’on entend sur la montagne » de Liszt sont à thésauriser avec admiration car Schuricht individualise chacune avec un sens narratif aigu. En revanche, le XXᵉ siècle est quasiment absent : une « Mer » bien peu impressionniste, et des œuvres qui n’ont guère résisté au temps (G. Raphael, Blacher ou le triste Oboussier) ne constituent pas le meilleur de ce legs. Côté concertos, si les violonistes Roman Schimmer et Hansheinz Schneeberger sont plutôt médiocres et si Enrico Mainardi joue le second Concerto pour violoncelle de Haydn comme s’il était d’un épigone de Dvořák, en revanche les deux concertos de Mozart avec Clara Haskil (le n° 9 et 19) touchent au sublime. Quelques symphonies de Haydn et Mozart jouées vif-argent et des airs de ce dernier dont un court extrait de la Flûte enchantée par Wunderlich et un autre des Noces de Figaro par Elisabeth Schwarzkopf complètent l’ensemble.

Seule ombre, mais importante à ce tableau élogieux, la médiocrité de l’orchestre qui laisse passer de très nombreuses approximations (nombreux couacs des cors et des trompettes, particulièrement sensibles chez Bruckner ou Mahler, justesse très incertaine des cordes en particulier dans l’aigu). Nous sommes à des années lumière de ce que les enregistrements viennois donnent comme rendu musical à la pensée de Schuricht. C’est dommage mais ne suffit pas à déconseiller cet ensemble exceptionnel, et nous rappelle le style splendide d’un grand musicien plus classique que romantique mais toujours au plus près des œuvres.

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Œuvres de Haydn, Mozart, Beethoven, Blacher, Brahms, Bruckner, Debussy, Goetz, Grieg, Liszt, Mahler, Mendelssohn, Pfitzner, Raphael, Reger, Reznicek, Schubert, Schumann, R. Strauss, Tchaïkovski, Volkmann, Wagner, Weber, Wolf (+ répétitions de la 2° symphonie de Brahms et Parsifal). Interprètes : Maria Stader ; Marga Höffgen ; Murray Dickie ; Otto Wiener ; Hermann Prey ; Hansheinz Schneeberger ; Roman Schimmer ; Enrico Mainardi ; Ruth Siewer ; Ruth-Margret Pütz ; Clara Haskil ; Elisabeth Schwarzkopf ; Fritz Wunderlich ; Barry McDaniel ; Hanni Mack-Cosack ; Hertha Töpper ; Lucrezia West ; Yaron Windmüller ; Caroline Petrig ; Elen Filipova ; Reinhild Runkel ; Peter Dvorsky ; Kurt Rydl ; Arleen Auger ; Franz Gerhisen ; Alan Titus ; Chœur d’enfants du Gymnasium Eberhard Ludwig de Stuttgart ; Chœur de la radio de la Hesse de Francfort ; Stuttgarter Lehrergesangsverein ; Ensemble vocal de la SWR de Stuttgart ; Orchestre symphonique de la SWR de Stuttgart ; direction : Carl Schuricht. 1 coffret 30 CD SWR Music. Enregistrés entre avril 1950 et mars 1966 dans diverses salles de Stuttgart. Notice succincte bilingue (anglais, allemand) Durée totale : environ 32h 30’

 
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