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Des moments de grâce avec le violon de Roman Totenberg

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sonates pour violon seul n° 1 et n° 2. Franz Schubert (1797-1828) : Sonate pour violon et piano en la majeur D. 574. Karol Szymanowski (1882-1937) : La Fontaine d’Aréthuse, extrait des Mythes. Manuel de Falla (1876-1946) / Paweł Kochański (1887-1934) : Suite popular española. Antonín Dvořák (1841-1904) : Sonatine pour violon et piano en sol majeur op. 100. Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate pour violon et piano n° 3 op. 108. Claude Debussy (1862-1918) : Sonate pour violon et piano. Béla Bartók (1881-1945) / Zoltán Székely (1903-2001) : Danses populaires roumaines. Henryk Wieniawski (1835-1880) : Polonaise brillante en ré majeur op. 4. Roman Totenberg, violon ; Konrad Richter, piano (Schubert, Szymanowski, Brahms, Debussy et Bartók / Székely) ; Richard Beckmann, piano (Falla / Kochański) ; Nora Klenk, piano (Dvořák) ; Maria Bergmann, piano (Wieniawski). 2 CD Meloclassic. Enregistrés à Hambourg, Stuttgart, Ettlingen et Baden-Baden, en studio et en public, de 1958 à 1970. Texte de présentation en anglais. Durée totale : 2:31:20

 

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Le label Meloclassic publie des enregistrements inédits du violoniste .

Qui se souvient aujourd’hui de  ? Né à Łódź (la ville d’origine d’Arthur Rubinstein, d’Alexandre Tansman et de Paul Kletzki) le 1er janvier 1911, il émigre avec ses parents à Moscou trois ans plus tard pour y passer les années de la Première Guerre mondiale. À l’âge de six ans, il commence à apprendre à jouer du violon avec Alexeï Ivanovich Yermolov, le Konzertmeister de l’orchestre du Théâtre Bolchoï. Ensuite, en 1921, il se rend en Pologne pour se former auprès de Józef Jarzębski et faire ses débuts comme soliste de l’Orchestre philharmonique de Varsovie en 1922. Depuis 1925, il fait partie de la classe de Mieczysław Michałowicz au Conservatoire Chopin de Varsovie qu’il termine avec la médaille d’or. Puis, dans les années 1929-1932, il se perfectionne à Berlin sous l’œil de Carl Flesch, remportant – à l’âge de vingt ans – le Prix international Mendelssohn. De 1932 à 1934, il vit à Paris où il étudie avec Pierre Monteux (sous la direction duquel il interprétera magistralement le Concerto pour violon n° 1 de Karol Szymanowski) et Georges Enesco. Peu avant la mort de Szymanowski, il gagne sa reconnaissance en l’accompagnant lors de concerts. En 1936, il joue à la Maison Blanche devant le président Roosevelt. Il se produit aux côtés de musiciens tels qu’Igor Stravinsky et Arthur Rubinstein, avec lequel il a tourné en Amérique du Sud en 1937. En 1938, il s’installe aux États-Unis, puis devient citoyen américain en 1943. C’est alors qu’il se procure (pour 15 000 dollars, l’équivalent de 222 000 dollars en 2019) le violon « Ames » réalisé par le luthier italien Antonio Stradivari en 1734, tenant son nom de George Ames qui l’avait possédé à la fin du XIXe siècle. Ce violon fut son seul instrument pendant les presque quatre décennies suivantes, mais il lui a été volé par son ancien élève Philip S. Johnson en mai 1980, dans son bureau de la Longy School of Music du Bard College, dont il était alors le directeur. Totenberg est décédé en 2012. Le violon a ensuite été retrouvé en 2015, et rendu à ses filles.

Dans ses prestations, Roman Totenberg subjugue par une profonde musicalité qui lui permet de déployer une large palette des teintes, d’associer une sonorité « lisse » à des accents résolument âpres, comme dans les Sonates pour violon seul n° 1 et n° 2 de Bach. Cette musicalité se traduit également par le choix des tempi, assez souples quoique jamais accidentels, logiques et justifiés au sein de cette conception interprétative. Ces pages de Bach sont abordées avec autant d’élégance que de brio, d’une manière qui par moments n’est pas loin de la pratique historiquement informée, avec beaucoup de précision dans les articulations et relativement peu de vibrato.

L’exécution de la Sonate pour violon et piano en la majeur D. 574 de Schubert, donnée avec au piano, s’imprègne d’une finesse qui n’a d’égal que sous l’archet de Yehudi Menuhin, avec cette différence que le jeu de Totenberg semble encore plus contemplatif et serein.

Puis, si l’interprétation de La Fontaine dAréthuse de Szymanowski par Totenberg, s’avère moins sensuelle et fluide que celle proposée par Isaac Stern et Alexander Zakin, elle intrigue par son côté douloureux, tout comme elle séduit par la subtilité du cantabile, notamment dans Poco meno – con sordino après le climax.

Dans la Suite popular española de arrangée pour violon et piano par Paweł Kochański, le violoniste exploite toute la diversité des couleurs dont son stradivarius « Ames » est capable. Un chant tantôt vif, tantôt plaintif, et la douceur des harmoniques que distille l’instrument de Roman Totenberg, se mêlent harmonieusement à la clarté de l’accompagnement assuré par Richard Beckmann. La pureté du ton des deux chambristes, ainsi que la sincérité qui émane de cette prestation n’en sont pas moins perceptibles dans celle de la Sonatine en sol majeur op. 100 de Dvořák, donnée par Totenberg et, cette fois-ci, Nora Klenk au piano, où la noblesse côtoie la perfection technique. Dans le Scherzo, les coups d’archet paraissent des plus délicieux.

Bien que la lecture de la Sonate pour violon et piano n° 3 de Brahms jouée avec , souffre de quelques défauts de justesse de la part de Roman Totenberg, elle se distingue par sa grâce et la délicatesse de ses traits, se parant – dans le deuxième mouvement – d’un raffinement jusqu’alors inédit. Ensuite, la Sonate de Debussy proposée avec le même pianiste, fascine par sa nature intimiste, mais aussi polychrome et passionnée, un peu théâtrale également, pleine de demi-teintes et de touches sombres. Pour les Danses populaires roumaines de Bartók dans l’arrangement de Székely, Totenberg et Richter envoûtent tant par l’ardeur et l’enthousiasme que par la mise en évidence de la variété des rythmes, des nuances et de la beauté des mélodies.

L’album se clôt sur la Polonaise brillante en ré majeur op. 4 de Wieniawski jouée avec Maria Bergmann au piano. Leur prestation est poétique et peu démonstrative, favorisant l’élégance et la tendresse au lieu du pathos.

Les prises de son comme les reports sont de bonne qualité. Grâce au travail de restauration de Lynn Ludwig à partir des bandes originales conservées dans les archives des stations de radio allemandes, voici un double disque indispensable pour les amoureux du violon.

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sonates pour violon seul n° 1 et n° 2. Franz Schubert (1797-1828) : Sonate pour violon et piano en la majeur D. 574. Karol Szymanowski (1882-1937) : La Fontaine d’Aréthuse, extrait des Mythes. Manuel de Falla (1876-1946) / Paweł Kochański (1887-1934) : Suite popular española. Antonín Dvořák (1841-1904) : Sonatine pour violon et piano en sol majeur op. 100. Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate pour violon et piano n° 3 op. 108. Claude Debussy (1862-1918) : Sonate pour violon et piano. Béla Bartók (1881-1945) / Zoltán Székely (1903-2001) : Danses populaires roumaines. Henryk Wieniawski (1835-1880) : Polonaise brillante en ré majeur op. 4. Roman Totenberg, violon ; Konrad Richter, piano (Schubert, Szymanowski, Brahms, Debussy et Bartók / Székely) ; Richard Beckmann, piano (Falla / Kochański) ; Nora Klenk, piano (Dvořák) ; Maria Bergmann, piano (Wieniawski). 2 CD Meloclassic. Enregistrés à Hambourg, Stuttgart, Ettlingen et Baden-Baden, en studio et en public, de 1958 à 1970. Texte de présentation en anglais. Durée totale : 2:31:20

 
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