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Les débuts très prometteurs de la violoncelliste Nuala McKenna

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Zoltán Kodály (1882-1967) : Sonate pour violoncelle seul op. 8. György Ligeti (1923-2006) : Sonate pour violoncelle seul. Benjamin Britten (1913-1976) : Suite pour violoncelle seul n° 1 op. 72. Nuala McKenna, violoncelle. 1 CD Cobra Records. Enregistré les 14, 15 et 17 avril 2020 en l’église Koepelkerk à Renswoude aux Pays-Bas. Textes de présentation en anglais, néerlandais et allemand. Durée : 68:56

 

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signe son premier disque, pour lequel elle aborde trois œuvres composées au XXe siècle, par Kodály, Ligeti et Britten. Le résultat est remarquable.

Née dans une famille de musiciens en 1993, la violoncelliste explore avec un égal bonheur le répertoire ancien et moderne, abordant les compositions écrites au XXe siècle dune façon historiquement informée. Elle doit son amour pour ce type dinterprétation à Thomas Hengelbrock, qui lui a montré que l’utilisation délibérée du non-vibrato peut être très puissante et créer une plus large palette de couleurs sonores. Deux de ses professeurs, Jean-Guihen Queyras et Conradin Brotbek, lui ont inculqué la passion du jeu sur des cordes en boyau. Ayant participé à des cours de maître menés par Anner Bylsma et Reinhard Goebel, elle sest forgé sa propre vision de lexécution musicale. Pourquoi a-t-elle choisi des œuvres de Kodály, Ligeti et Britten pour son premier disque ? Répondant à notre question, elle nous indique que : « la fascination de ceux-ci pour le violoncelle en tant qu’instrument soliste provient probablement de la même source que la sienne : la musique de la Renaissance et du Baroque écrite pour la viole de gambe ». Elle joue actuellement un instrument construit par Joseph Guarnerius dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, qui lui est prêté par la Deutsche Stiftung Musikleben, utilisant pour cet enregistrement, des cordes d’acier accordées à 442 Hz.

jouait du violon, de l’alto et du piano, mais son instrument préféré était le violoncelle. C’est en 1915 qu’il a écrit sa Sonate en si mineur op. 8, créée trois ans plus tard et publiée en 1921. Nuala McKenna en propose une interprétation à la fois tendue et lyrique, cohérente et suggestive, par moments même sensuelle. D’une part virtuose et légère, d’autre part ardente et raffinée, elle subjugue tant par une palette de nuances dynamiques diversifiée que par sa sincérité. Si le deuxième mouvement Adagio (con grand’espressione) s’imprègne d’ambiances sombres et mélancoliques, le finale Allegro molto vivace déborde d’énergie et de fraîcheur sans exclure la douceur, dévoilant des accents inspirés du folklore hongrois.

Des références à la musique populaire sont perceptibles également dans la Sonate de , écrite dans les années 1948-1953, dont la genèse est puisée dans l’histoire de l’amour du compositeur pour une étudiante en violoncelle, quand il se formait à l’Académie de musique de Budapest. En 1948, il élabore pour elle une partition en un mouvement, à laquelle elle ne prête guère attention et qu’elle refuse de jouer. Quelques années plus tard, il rencontre la violoncelliste Vera Dénes, plus âgée et déjà bien connue, qui lui demande une pièce musicale. Il propose d’ajouter un mouvement à celui déjà façonné (« Dialogo »), et d’en faire une sonate. Ce deuxième morceau (« Capriccio ») devient une page virtuose, faisant penser aux caprices de Paganini. Cependant, les autorités de l’Union des compositeurs hongrois interdisent de jouer cette Sonate en concert, ce qui dissuade Ligeti de la publier. Un enregistrement radio est accordé, mais sa diffusion reste en suspens. La première exécution publique de l’œuvre a lieu seulement en 1979. Depuis 2005, elle est obligatoire au Concours Rostropovitch à Paris.

Pour sa prestation, Nuala McKenna favorise la profondeur et l’atmosphère intimiste (le premier mouvement), tout comme elle éblouit par son brio (le deuxième morceau). Les accords en pizzicato se parent d’une chaleur vibrante inédite, et les coups d’archet gagnent en ferveur et en vivacité, ponctués de limpidité comme de finesse des attaques. Bien qu’on ne perçoive pas de passion amoureuse dans cette lecture, nous avons affaire à un jeu musicalement et techniquement irréprochable, impressionnant par la maturité et l’engagement, mais aussi révélant une intensité poétique rare autant qu’une certaine austérité, et ce, malgré la complexité rythmique de ces pages.

a écrit sa sonate pour violoncelle, ainsi que les trois suites, pour Rostropovitch qu’il avait rencontré lors de la création britannique du Concerto pour violoncelle n° 1 de Dimitri Chostakovitch au Royal Festival Hall de Londres en 1960. Malgré les barrières linguistiques, Britten et Rostropovitch se sont tout de suite entendus, ce qui a donné lieu à des concerts et à des enregistrements. La Suite pour violoncelle seul n° 1 op. 72 date de 1964, montrant l’influence de divers compositeurs, dont Bach (« Fuga » est basée sur un thème du Clavier bien tempéré), Debussy (Sonate pour violoncelle) et Elgar (Concerto pour violoncelle), de même que l’inspiration du folklore d’Angleterre et d’Espagne.

Nuala McKenna nous en livre une exécution touchant par sa simplicité et son caractère contemplatif, où chaque phrase, voire chaque motif, trouvent leur juste place. Son archet distille des timbres denses et homogènes, relativement secs, mais également ronds et chauds, d’un effet plaisant. Moins lumineuse et moins théâtrale que Truls Mørk (Virgin / Erato), elle s’avère plus profondément immergée dans la substance même de cette musique.

Voici les débuts d’une artiste qui retient l’attention dès l’orée de sa carrière. Comme pour le dernier album de Cobra Records, enregistré en la même église Koepelkerk à Renswoude aux Pays-Bas, la prise de son permet de se délecter d’une grande richesse en harmoniques et d’un espace sonore équilibré et peu réverbéré. On attend son prochain disque avec impatience !

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Zoltán Kodály (1882-1967) : Sonate pour violoncelle seul op. 8. György Ligeti (1923-2006) : Sonate pour violoncelle seul. Benjamin Britten (1913-1976) : Suite pour violoncelle seul n° 1 op. 72. Nuala McKenna, violoncelle. 1 CD Cobra Records. Enregistré les 14, 15 et 17 avril 2020 en l’église Koepelkerk à Renswoude aux Pays-Bas. Textes de présentation en anglais, néerlandais et allemand. Durée : 68:56

 
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