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Des quintettes de Mozart selon Adrien La Marca et le Quatuor van Kuijk

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Quintettes à cordes n° 3 en ut majeur K. 515 et n° 4 en sol mineur K. 516. Adrien La Marca, alto ; Quatuor van Kuijk. 1 CD Alpha. Enregistré en mars 2019 au studio Teldex de Berlin. Textes de presentation en français, anglais et allemand. Durée : 67:06

 

Après deux disques consacrés à quatre des six quatuors dédiés à Haydn, le revient à Mozart, en compagnie du remarquable altiste pour le diptyque des quintettes à cordes de 1787 – K. 515 et K. 516, dans des interprétations vivantes, dynamiques, théâtrales et fouillées, mais aux partis-pris parfois étonnants.

Michael Haydn, semble-t-il, dans ses divertimenti et œuvres chambristes salzbourgeois, fut le premier tenté par l’adjonction d’un second alto au quatuor à cordes classique. Mozart, fut sans doute spontanément à l’aise avec cette formule renforçant les voix intermédiaires et permettant un épanouissement plus détendu de la polyphonie que le quatuor à cordes traditionnel. Après un déjà remarquable essai de jeunesse (K. 174) et la transcription pour la formule de sa sombre sérénade en ut mineur (K. 406) , Wolfgang donne au genre ses lettres de noblesse, avec ce diptyque daté du printemps 1787. C’est l’année de la composition de Don Giovanni, et surtout l’époque contemporaine de cette dernière lettre au père Leopold alors quasi mourant, longue méditation sereine sur la Mort (« ce vrai meilleur ami de l’Homme… son image n’a plus rien d’effrayant pour moi, mais plutôt quelque chose de très rassurant et consolateur »). Les deux présentes partitions sœurs s’éclairent ainsi réciproquement au gré de cette missive.

En compagnie d’, les van Kuijk, posent pour la photo de pochette au naturel, pieds nus, chemisette minimale et costume de ville relax : de même ils proposent une vision modern way of life, rapide, vive et tranchée, presque théâtrale, des deux œuvres, au risque de certains partis-pris, tantôt fascinants par leur audace, tantôt irritants par leur systématisme. La sonorité se révèle changeante et moirée, par la grande palette de dynamiques et d’effets. Les tempi se veulent naturellement débridés – on est très loin du train de sénateur des Budapest avec Walter Trampler, Sony – jusqu’à une certaine instabilité ou précipitation (temps extrêmes du K. 515). À ces tempi le cantabile naturel de certaines phrases passe au second plan, sacrifié sous l’autel d’une motorik un rien subversive.

Le travail intense d’éclairage de la polyphonie s’avère enthousiasmant par sa redistribution « démocratique » des cartes (on est aux antipodes de la très datée version de l’ensemble où le violoniste belge archi-dominait quelques amis bienveillants – Philips/Decca) : mais cette mise en exergue de la riche écriture des voix intermédiaires mène parfois aux portes d’une fragmentation kaléidoscopique des timbres au détriment de la sonorité globale (finale du K. 515). On peut ici regretter la plénitude sonore des Orlando avec (bis, réédition Brilliant classics). Le surlignage de certains détails pourra de même surprendre, tel ce trait du second alto (plage 7 à partir de 1’56) du mouvement lent du K. 516 venant volontairement blesser le discours et l’oreille d’un geste péremptoire et opératique au milieu de partenaires jouant con sordino.

Les van Kuijk ont audiblement retenu la leçon des interprètes historiquement informés : le vibrato se veut spartiate ou quasi inexistant (loin de toute tradition viennoise, telle que défendue dans ce même diptyque par le remarquable avec Markus Wolf, Warner)

Les phrasés, au souffle court, seront parfois hachés menu, par l’incisivité sophistiquée des coups d’archets, non sans ici ou là quelques préciosités un peu froufroutantes du violon de . La recherche sonore se veut trop permanente avec cette manie de faire gonfler le son au moindre tenuto à la manière de véritables soufflets « baroqueux » (andante du K. 515). Par ailleurs, les nuances apparaissent souvent exacerbées, voire outrées (pianissimi impalpables jusqu’au recours au ponticello au fil des reprises du trio du menuet K. 515).

En bref, le sens du détail l’emporte sur la courbe globale, la lettre sur l’esprit, l’instant sur la continuité, pour un résultat, certes plastiquement défendable, mais trop doctement péremptoire et univoque dans la gestion temporelle et architecturale de ces œuvres : il s’agit quand même de deux des plus vastes partitions chambristes mozartiennes !

Au bilan, et après bien des écoutes répétées de ce disque aussi épatant que prurigineux, aussi décapant que réducteur, nous préférons à la lecture univoque conquérante, et un peu trop audacieuse du Quintette en ut majeur K. 515, la vision des van Kuijk et d’Adrien La Marca autrement plus pudique et émouvante du sombre Quintette en sol mineur K. 516, mais non sans réserve… A notre sens l’allegro conclusif s’avère ici, à la suite du pathétique et pré-schubertien adagio introductif, plus comédie bouffe, qu’aérienne libération de toutes les énergies négatives jusque là évoquées à demi-mots. Ainsi, jusque dans ses ultimes instants, cet album laisse une impression amère et mitigée de demi-réussite.

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Quintettes à cordes n° 3 en ut majeur K. 515 et n° 4 en sol mineur K. 516. Adrien La Marca, alto ; Quatuor van Kuijk. 1 CD Alpha. Enregistré en mars 2019 au studio Teldex de Berlin. Textes de presentation en français, anglais et allemand. Durée : 67:06

 
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