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Made in Asia par le Ciné-Trio : quand la musique de film s’écoute

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Paris. Salle Hébertot. 10-IV-2021. Made in Asia par Ciné-Trio. Musiques de films de Jaeil Jung (né en 1982), Michio Mamiya (né en 1929), Shigeru Umebayashi (né en 1951), Ryūichi Sakamoto (né en 1952), Joe Hisaishi (né en 1950), John Barry (1933-2011), Bruno Coulais (né en 1954), Patrick Doyle (né en 1953), Gabriel Yared (né en 1949), David Byrne (né en 1952), John Williams (né en 1932). Avec Philippe Barbey-Lalia, piano ; Cyril Baleton, violon ; Timothée Oudinot, hautbois, cor anglais ; Rieko Hiramatsu, soprano
Concert sans public diffusé sur RecitHall

La plateforme RecitHall met en ligne l’art du , ensemble chambriste unique en son genre, justement dévoué à un seul genre : la musique de film.


« Une bonne musique de film est une musique que l’on ne remarque pas. » Cette assertion-serpent de mer de plus d’un critique de cinéma n’aura assurément pas servi de profession de foi à , trois excellents talents (,, ) issus du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. Après moult concerts (le précédent était consacré à Ennio Morricone) et quelques disques, le trio milite, avec ce remarquable concert « Made in Asia », pour une idée autrement objective : la bonne musique de film se remarque, s’entend, s’écoute. Au cinéma, chez soi, et même au concert.

Produit par Musique et Toile, en léger différé du Studio Hébertot, « Made in Asia » est un véritable concert de musique de chambre. Sauf que cette fois, sur l’affiche, à la place de Bach, Beethoven, Schubert, Mendelssohn ou Brahms, on peut lire : Jaeil Jung, Michio Mamiya, Shigeru Umebayashi, Ryūichi Sakamoto ou Joe Hisaishi. La part du lion est offerte à ce dernier, dont les remarquables compositions viennent couronner, 45 minutes durant, un moment musical de 1h50 entièrement dévolu à des musiques que des compositeurs orientaux, comme de tous horizons (John Barry, Bruno Coulais, Patrick Doyle, Gabriel Yared, David Byrne, et même John Williams), ont déposées sur des voyages cinématographiques à l’autre bout du Monde : Japon, Chine, Tibet, Vietnam…

Un séduisant effort pédagogique a été fait : endosse le costume de maître de cérémonie ; Benoît Basirico, fondateur du site Cinézik, éclaire avec une fougue à la Stéphane Lerouge (le plus ardent défenseur du genre), certains numéros et rappelle au passage que c’est le cinéma, via Miyazaki, qui a mené Hisaishi du synthétiseur à l’orchestre symphonique ; des cartons-génériques informent sur les pièces jouées ; des plans volés aux films ravivent les couleurs du souvenir ; de tranquilles vues aériennes nous plongent dans l’immensité de la Baie d’Ha Long (Indochine, de Régis Wargnier), dans la nuit de Hong Kong (In the Mood for love, de Wong Kar-Wai)…

Accord parfait entre des artistes jouant ensemble depuis une quinzaine d’années : le violon tranquille et pur de , le hautbois (et le cor anglais) gracieux de , le piano cristallin de Philippe Barbey-Lalia, dont le toucher « miyazakien » évoque celui de Joe Hisaishi lui-même, avec qui il a pu travailler lors de la venue du compositeur à Paris en 2011 (ainsi qu’il s’en confie lors du tchat qui prolonge le concert). Arrangeur de toutes les pièces, il a su les arracher sans dommage au symphonisme originel, preuve également, si besoin était, de leur indiscutable hauteur d’inspiration. La couleur musicale est globalement mélancolique. C’est d’ailleurs ce que l’on apprécie dans les partitions de Hisaishi : avoir su enfin affranchir l’univers du dessin animé d’une certaine « dysniaiserie » musicale. Ce sera notre seul point de désaccord avec le conférencier du jour qui voit en « Joe Hisaishi le John Williams japonais ». Fatale erreur : jamais l’Américain, certes habile orchestrateur, n’a atteint (ni ne l’a recherché, d’ailleurs) le don mélodique du Japonais dont les mélodies, tubes des cours d’écoles primaires (un signe), sont devenus, comme des traînées de poudre, de véritables globe-trotteurs musicaux.

Au final, le trio devient quatuor à l’apparition, en kimono, de la soprano , venue interpréter les magnifiques chansons de Princesse Mononoké, du Château dans le ciel, du Château ambulant, de Ponyo sur la falaise. L’émission est plus lyrique que celle, blanche et enfantine, des originaux mais l’émotion est au rendez-vous à l’audition de ces pièces familières agrémentées du vibrato d’une chanteuse d’opéra.

Des 21 films évoqués avec une musicalité sans failles (Parasite et Le Tombeau des lucioles ont chacun droit à une Suite arrangée spécialement pour l’occasion), on gardera particulièrement en mémoire l’interprétation du prégnant Amant de Gabriel Yared, de l’immarcescible Furyo de Sakamoto, de l’addictif Été de Kikujiro d’Hisaishi. On se souviendra aussi du moment panique de la toute fin : le Ciné-Trio ayant oublié un invité de marque, le concert semble s’achever sur un impair. Fausse-peur : un bis ramène au premier plan un 22ᵉ film, celui avec lequel tout a commencé en 1988 au Japon, en 1999 en France, Mon voisin Totoro !

Crédits photographiques © JF Carreau

Concert encore disponible en replay jusqu’au 25 avril 2021

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Paris. Salle Hébertot. 10-IV-2021. Made in Asia par Ciné-Trio. Musiques de films de Jaeil Jung (né en 1982), Michio Mamiya (né en 1929), Shigeru Umebayashi (né en 1951), Ryūichi Sakamoto (né en 1952), Joe Hisaishi (né en 1950), John Barry (1933-2011), Bruno Coulais (né en 1954), Patrick Doyle (né en 1953), Gabriel Yared (né en 1949), David Byrne (né en 1952), John Williams (né en 1932). Avec Philippe Barbey-Lalia, piano ; Cyril Baleton, violon ; Timothée Oudinot, hautbois, cor anglais ; Rieko Hiramatsu, soprano
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