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La poétique sonore de Michael Jarrell

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Michael Jarrell (né en 1958) : Émergences-Résurgences, concerto pour alto et orchestre ; …Le ciel, tout à l’heure encore si limpide, soudain se trouble horriblement… pour orchestre ; 4 Eindrücke, concerto pour violon et orchestre. Tabea Zimmermann, alto ; Renaud Capuçon, violon ; Orchestre National des Pays de la Loire ; direction : Pascal Rophé. 1 SACD hybride BIS Records. Enregistré en juillet et décembre 2019 au Centre des Congrès d’Angers. Texte anglais/allemand/français. Durée : 59:00

 

Cet album monographique du compositeur suisse réunit trois pièces orchestrales relativement récentes et met à l’affiche deux artistes hors normes, et , au côté de l’Orchestre des Pays de la Loire et de son chef .

Si toutes les œuvres de semblent liées les unes aux autres, on peut considérer les deux concertos écrits pour l’altiste ( Émergences-Résurgences) et le violoniste (4 Eindrücke) comme des pièces jumelles : conçues toutes deux en quatre mouvements, elles façonnent le même matériau dans des contextes sonores qui se renouvellent. L’archet frénétique et en trémolos sur une même note laminée anime le geste des deux instrumentistes dans une recherche de différenciation continue de la matière sonore. Les solistes sont épaulés par un orchestre à fleur de nerf entretenant un discours à haute tension dans les premiers et quatrièmes mouvements, très explosifs, des deux concertos. Le jeu en pizzicati s’entend également d’un instrument à l’autre. Il est particulièrement virtuose au violon, intervenant sur le col legno des cordes de l’orchestre, dans un deuxième mouvement d’une superbe facture où cohabitent trois strates sonores. Le processus de tension-détente, dans une conception discursive et dramatique du discours, gouverne la forme chez Jarrell. Ainsi les séquences énergétiques et pulsées par un archet rageur et diablement stravinskien, dans le deuxième mouvement d’Émergences-Résurgences, contrastent-elles avec des plages quasi immobiles où les figures de l’instrument soliste, complexes et élégantes, s’inscrivent sur une toile spectrale tout à la fois mouvante et transparente. Si l’alto virtuose de Tabea Zimmermann fait valoir son grain et ses couleurs chaleureuses, c’est la volupté du registre aigu du violoniste qui est mise en valeur, dans le troisième mouvement de 4 Eindrücke (4 Impressions) dont un luxueux écrin orchestral rehausse l’écriture soliste très élaborée. A noter, encore, ce geste quasi chorégraphique des deux instrumentistes pour arrêter le son à la fin de leur concerto respectif.

Une même conception du temps, alternativement resserré et dilaté, s’exerce dans …Le ciel, tout à l’heure encore si limpide, soudain se trouble horriblement… pour orchestre. Le titre cite une phrase de Lucrèce extraite du De rerum natura (De la nature des choses) qui fonde la dramaturgie, entre déploiement musclé et nudité du son. Le discours violemment expressif des premières pages est amarré à de fortes polarités où s’originent les figures sonores. Jarrell les expose et les fait évoluer dans un espace largement ouvert dont la virtuosité d’écriture impressionne. La plage centrale la plus longue se recentre au contraire autour d’une ligne médiane irisée et infiniment différenciée, dans un temps suspendu et un espace éminemment poétique. Dans une tension réamorcée au terme de la pièce, l’intervention des cloches tubes délicatement hybridées cristallise tout à la fois l’émotion et le mystère.

L’engagement de et son geste, urgent et efficace, se ressentent, « s’affichent » même, pourrait-on dire, sur l’image sonore qui est projetée, sollicitant les forces d’un exemplaire autant que flamboyant.

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Michael Jarrell (né en 1958) : Émergences-Résurgences, concerto pour alto et orchestre ; …Le ciel, tout à l’heure encore si limpide, soudain se trouble horriblement… pour orchestre ; 4 Eindrücke, concerto pour violon et orchestre. Tabea Zimmermann, alto ; Renaud Capuçon, violon ; Orchestre National des Pays de la Loire ; direction : Pascal Rophé. 1 SACD hybride BIS Records. Enregistré en juillet et décembre 2019 au Centre des Congrès d’Angers. Texte anglais/allemand/français. Durée : 59:00

 
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