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Christophe Bertrand : l’intégrale de la musique instrumentale

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Christophe Bertrand (1981-2010)
CD I : Skiaï pour petit ensemble ; La chute du rouge pour clarinette, violoncelle, vibraphone et piano ; Treis pour violon, violoncelle et piano ; Ektra pour flûte ; Dikha pour clarinette (et clarinette basse) et dispositif électronique ; Haos pour piano ; Aus pour alto, clarinette, saxophone soprano et piano ; Virya pour flûte, clarinette, percussion et piano ; Quatuor I pour deux violons, alto et violoncelle. Zafraan Ensemble ; KNM Berlin ; Clemens Hund-Göschel, piano ; Lima Mallett, flûte ; Miguel Perez Inesta, clarinette ; Premil Petrović, direction (1:1,2,8)
CD II : Sanh pour clarinette basse, violoncelle et piano ; Arashi pour alto ; Hendeka pour violon, alto, violoncelle et piano ; Haïku pour piano ; Dall’inferno pour flûte, alto et harpe ; Satka pour flûte, clarinette, violon, violoncelle, percussions et piano ; Quatuor II pour deux violons, alto et violoncelle. Zafraan Ensemble ; KNM Berlin ; Joas Gerhard, alto ; Clemens Hund-Göschel, piano ; Victor Aviat, direction (2:6)
CD III : Yet pour grand orchestre ; Mana pour orchestre ; Vertigo pour deux pianos et orchestre ; Scales pour orchestre de chambre ; Ayas pour onze cuivres et percussions ; Okhtor pour orchestre. GrauSchumacher, piano duo ; Zafraan Ensemble (3:1) ; KNM Berlin (3:1) ; WDR Sinfonieorchester (3:2-6) ; Victor Aviat, Brad Lubman, Peter Rundel, Baldur Brönnimann, Emilio Pomàrico, chefs d’orchestre.
3 CD bastille musique. Enregistrés au WDR Funkhaus, Cologne (1:1,2,4-8 ; 2:2-5, 7 ; 3:4) ; Haus des Rundfunk, Berlin (1:3,9 ; 2:1 ; 3:1) ; Teldex Studio Berlin (2:6) ; Philharmonie de Cologne (3:2,3,5,6). Texte en anglais/français/allemand. Durée totale : 3h45:47

 

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Poursuivant son travail éditorial avec le même engagement et une qualité d’enregistrement optimale, le label bastille musique rend un hommage appuyé au compositeur , l’un des plus grands talents du XXIᵉ siècle tragiquement disparu en 2010

Vingt-deux opus, du solo au grand orchestre, sont ici enregistrés (dont douze en première mondiale), soit l’intégrale de la musique instrumentale du compositeur. La présentation est chronologique, de 1998 à 2010, dans les deux premiers CD consacrés aux formations de chambre et aux ensembles. Le troisième réunit les pièces d’orchestre, toutes gravées en première mondiale.

« Toutes mes pièces sont basées sur le principe d’une virtuosité instrumentale et d’une gestuelle énergique », déclarait . Le ton est donné d’une musique qui, excepté Skiaï, son premier opus instrumental plus que prometteur écrit à dix-sept ans, ignore les mouvements lents, déployant une vélocité démesurée qui met au défi l’interprète : « […] je n’écris pas de la musique rapide pour créer la sensation ou pour faire quelque chose de démonstratif, c’est vraiment pour que les interprètes soient impliqués complètement dans la musique », ajoutait-il. Il n’aurait certainement pas été déçu par les trois phalanges allemandes convoquées (Zafraan Ensemble, KNM Berlin et l’Orchestre symphonique de la WDR) dont l’engagement et la qualité du jeu sidèrent.

Élève d’Ivan Fedele au Conservatoire de Strasbourg, Christophe Bertrand reçoit également les conseils de Tristan Murail et de Philippe Hurel dont on ressent les influences respectives. Mais les figures référantes restent György Ligeti et, dans une moindre mesure, Steve Reich et Olivier Messiaen à qui Bertrand rend hommage dans sa pièce pour piano Haïku (2008).

Excellent pianiste lui-même, il n’écrira que deux partitions pour piano solo, instrument trop limité au regard de la sensibilité microtonale du compositeur (soulignons qu’il n’aura jamais recours aux techniques de jeu étendues, du fait d’une musique trop virtuose sans doute). Haos (2003) pour piano sera d’ailleurs transcrit la même année pour ensemble (alto, saxophone soprano, clarinette et piano) sous le titre allemand Aus (hors de), lui permettant de superposer jusqu’à onze fréquences de répétitions différentes : brouillage des hauteurs, effets « d’asynchronie » permanente, processus d’accélération, harmonies complexes et énergie entretenue sans répit : voilà quelques principes de base d’une écriture virtuose jusqu’à l’excès que Bertrand ne cessera de complexifier et d’enrichir, de La chute du rouge (2000) à Virya (2003-2004), de Sanh (2006) à Satka (2008). Une virtuosité qui serait « le vecteur d’une énergie transmissible à l’auditeur », dira-t-il encore.

Dans Satka, pour six instruments, Bertrand au fait de son art multiplie les trajectoires, diversifie les textures polyphoniques, oppose mouvements synchrones avec accentuations et stases répétitives avec processus de déphasage à la Ligeti, dans une frénésie rythmique et une cinétique hallucinantes. Parmi les dix-sept pièces pour solistes et ensembles (incluant Yet pour vingt musiciens), on compte deux quatuors à cordes et une seule œuvre convoquant l’électronique, Dikha (« partagé en deux »), réalisée durant ses deux années de Cursus à l’IRCAM en 2000 et 2001.

De Mana à Okthor, quatre chefs se relaient à la tête de l’excellent de Cologne (CD III). L’exécution tout comme le rendu de l’espace sonore et la qualité de la prise de son font merveille.

Christophe Bertrand a toujours considéré ses pièces d’orchestre comme « un ensemble de chambre surdimensionné », avec une autonomie de chacune des parties et un agencement complexe de procédés formels qui président à l’architecture globale. Ainsi Scales (2008-2009) serait l’agrandissement de Satka, où la frénésie du son, la boulimie de résonance et de mouvement, la stridence des aigus sont exacerbées. Mana, créée par Pierre Boulez en 2005, compte soixante-sept parties individualisées participant d’une organisation de l’espace musical pour autant très contrôlé. Les mêmes gestes sont à l’œuvre, rehaussés de superbes trouvailles sonores. Les deux pianos (mythique duo GrauSchumacher) déjà présents dans Mana deviennent solistes dans Vertigo (2006-2007), son premier grand format pour quatre-vingt musiciens, acmé de puissance, de vitesse et de brillance où les claviers évoluant dans un univers microtonal semblent parfois eux-mêmes détempérés : tutti explosifs, fulgurance du trait, tempi extrêmes et excès de décibels (ffff) ; Bertrand n’avait jamais encore porté l’écriture à de telles extrémités, éprouvant parfois la résistance de l’auditeur ! Les déploiements sonores impressionnent également dans Oktor (Rothko à l’envers), pièce posthume où Bertrand sollicite les ressorts bruyants de la percussion : déferlements des peaux rappelant les tambours de Mana, coups assénés avec une violence folle, scansions rageuses des grosses caisses et séquences irradiantes des petites percussions résonnantes… « toujours dans le même dessein d’obtenir une frénésie collective », expliquait Christophe Bertrand : « pas de silence, pas de lenteur… Car moi aussi j’ai peur du vide ».

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Christophe Bertrand (1981-2010)
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CD II : Sanh pour clarinette basse, violoncelle et piano ; Arashi pour alto ; Hendeka pour violon, alto, violoncelle et piano ; Haïku pour piano ; Dall’inferno pour flûte, alto et harpe ; Satka pour flûte, clarinette, violon, violoncelle, percussions et piano ; Quatuor II pour deux violons, alto et violoncelle. Zafraan Ensemble ; KNM Berlin ; Joas Gerhard, alto ; Clemens Hund-Göschel, piano ; Victor Aviat, direction (2:6)
CD III : Yet pour grand orchestre ; Mana pour orchestre ; Vertigo pour deux pianos et orchestre ; Scales pour orchestre de chambre ; Ayas pour onze cuivres et percussions ; Okhtor pour orchestre. GrauSchumacher, piano duo ; Zafraan Ensemble (3:1) ; KNM Berlin (3:1) ; WDR Sinfonieorchester (3:2-6) ; Victor Aviat, Brad Lubman, Peter Rundel, Baldur Brönnimann, Emilio Pomàrico, chefs d’orchestre.
3 CD bastille musique. Enregistrés au WDR Funkhaus, Cologne (1:1,2,4-8 ; 2:2-5, 7 ; 3:4) ; Haus des Rundfunk, Berlin (1:3,9 ; 2:1 ; 3:1) ; Teldex Studio Berlin (2:6) ; Philharmonie de Cologne (3:2,3,5,6). Texte en anglais/français/allemand. Durée totale : 3h45:47

 
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