Musique symphonique, Parutions

Symphonie « Bleu » : Guillaume Saint-James infiltre le grand orchestre

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Guillaume Saint-James (né en 1967) : Symphonie « Bleu » (Une symphonie ouvrière) ; Sketches of Seven, concerto pour accordéon et orchestre. Guillaume Saint-James, saxophones ; Emmanuel Bex, orgue Hammond ; Christophe Lavergne, batterie et outils ; Didier Ithursarry, accordéon ; Orchestre Victor Hugo, direction : Jean-François Verdier ; Orchestre National de Bretagne, direction : Aurélien Azan Zielinski. 1 CD Indésens. Enregistré en juillet 2020 à l’auditorium du Conservatoire à Rayonnement Régional de Grand Besançon Métropole et en septembre 2019 à Rennes. Notice en français et anglais. Durée : 63:05

 

La création de la Symphonie « Bleu », commande de l’Orchestre Victor Hugo, prévue à Besançon en avril 2020, n’a pas eu lieu. Au contraire de son enregistrement, édité aujourd’hui en compagnie du concerto pour accordéon Sketches of Seven, créé en 2017 par l’.

Difficile de ne pas convenir avec , que « jazz et symphonique se sont souvent regardés, de travers parfois… ». Malgré Ravel, Debussy, Milhaud, Stravinski, Gershwin, Bernstein, force est de reconnaître qu’après des décennies de sporadiques tentatives, les deux mondes peinent toujours à s’interpénétrer. Saxophoniste et compositeur, remet l’ouvrage sur le métier.

C’est le monde classique qu’il convient surtout de séduire. Ce que l’artiste s’emploie à entreprendre sans délai dès l’intro très honeggerienne (embarquement immédiat façon ébranlement ferroviaire de Pacific 231) de Monsieur Arthur, premier de cinq mouvements. Monsieur Victor, Monsieur Jacques, Monsieur Fred, Monsieur Charlie : on croit d’abord, à la lecture de leur intitulé, que les quatre mouvements suivants de cette Symphonie « Bleu » sous-titrée Une symphonie ouvrière sont dédiés aux obscurs, aux sans-grades, aux « hommes de l’ombre » dont les mains ont façonné le Monde. Ils auraient pu s’intituler Monsieur Honegger, Monsieur Hugo, Monsieur Tati, Monsieur Lippman, Monsieur Chaplin. Auteur des Misérables né à Besançon dans la « vieille ville espagnole », cinéaste lumineux des congés payés des Vacances de Monsieur Hulot, chef d’entreprise soucieux d’utopie sociale, ou réalisateur visionnaire de Temps dits Modernes : tous « hommes de la lumière » dont l’art et la manière ont toujours gardé l’humain dans le viseur. Créer cette Symphonie « Bleu » à Besançon, fleuron de l’industrie horlogère érigé dans les années 70 en fer de lance de la révolte ouvrière, était tout sauf anodin. Surtout en un siècle inexplicablement friand de souffrance au travail.

, fondateur du Sextett Jazzarium en 2005, a déjà rendu hommage à Tati (Tatiphone), à Gainsbourg (Jazz around the bunker), à la mémoire des acteurs de la Libération de 44 (Brother in Arts). C’est lui qui joue de tous les saxos que l’on entend sur le disque. La liste des infiltrés compte également un orgue Hammond, une batterie, une pluie de bruits familiers du monde ouvrier. Le relâchement structurel reproché généralement au jazz s’adosse ici à la charpente du cadre symphonique. (qui avait déjà collaboré avec Saint-James en 2015 pour Mégapolis) milite avec son rutilant , à un bien essentiel dynamitage des chapelles. Jusqu’au dernier accord de son irrésistible finale motoriste, la Symphonie « Bleu », assez cinématographique (Elfmann, Hisaishi, Rota côtoient -entre autres !- Weill, Smetana et Sibelius), a vraiment de quoi séduire les plus rétifs au genre.

Même appétit de l’inconnu chez à la tête de l’, autour d’un autre passager clandestin de l’orchestre symphonique : l’accordéon. Ils ne sont pas légion, les concertos destinés au « piano à bretelles ». En France, Jean Wiener en 1972, Jean Françaix en 1994, Guillaume Saint-James aujourd’hui autour du concept inspirant des Sept péchés capitaux. Le compositeur y confesse l’usage du triton, ce diabolus in musica « longtemps banni par l’Église en raison des vibrations engendrées considérées comme une dissonance dans l’harmonie céleste, un intervalle susceptible de convoquer le Malin… et depuis si cher aux jazzmen » ! Sept mouvements donc, aux personnalités bien distinctes, convoquant rumba, tango, valse… L’accordéon de , dont l’éventail des possibilités en surprendra plus d’un, s’intègre merveilleusement à la science orchestrale d’une partition diablement séduisante.

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Guillaume Saint-James (né en 1967) : Symphonie « Bleu » (Une symphonie ouvrière) ; Sketches of Seven, concerto pour accordéon et orchestre. Guillaume Saint-James, saxophones ; Emmanuel Bex, orgue Hammond ; Christophe Lavergne, batterie et outils ; Didier Ithursarry, accordéon ; Orchestre Victor Hugo, direction : Jean-François Verdier ; Orchestre National de Bretagne, direction : Aurélien Azan Zielinski. 1 CD Indésens. Enregistré en juillet 2020 à l’auditorium du Conservatoire à Rayonnement Régional de Grand Besançon Métropole et en septembre 2019 à Rennes. Notice en français et anglais. Durée : 63:05

 
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