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Le lyrisme explosif des œuvres de Daniel Jones et Robert Simpson

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Daniel Jones (1912-1993) : Symphonies n° 3 et n° 5. Orchestre symphonique de la BBC du Pays de Galles, direction : Bryden Thomson. 1 CD Lyrita. Enregisté au studio de la BBC de Cardiff en janvier et février 1990. Notice en anglais. Durée : 68:03

Robert Simpson (1921-1997) : Symphonies n° 5 et n° 6. Orchestre symphonique de Londres, direction : Andrew Davis (n° 5) ; Orchestre philharmonique de Londres, direction : Charles Groves (n° 6). 1 CD Lyrita. Enregisté au Royal Festival Hall de Londres, en mai 1973 (n° 5) et avril 1980 (n° 6). Notice en anglais. Durée : 72:05

 

Nombreux sont les compositeurs britanniques inconnus sur le continent européen. Nous présentons deux musiciens – et – qui ont appartenu à la même génération. Leurs œuvres témoignent de la diversité et de l’originalité de ces deux écritures, aussi éloignées l’une de l’autre, qu’étrangères à l’avant-garde des années 70.

Passionné de littérature, étudia la composition auprès d’Harry Farjeon et la direction d’orchestre avec Sir Henry Wood. Durant la Seconde Guerre mondiale, il fut engagé dans les services de renseignement. Devenu compositeur dans la décennie suivante, il se fit remarquer par un Prologue symphonique. Suivirent des oratorios, deux opéras, des musiques de scène… La dimension littéraire de son œuvre va de pair avec les multiples influences qu’il revendiqua, allant de Purcell à Janáček en passant par Berlioz, Elgar et Haydn ! Daniel Jones composa treize symphonies d’une écriture dense et ramassée. Datée de 1951, la Symphonie n° 3, dont Boult assura une belle promotion, fait appel à un orchestre “Brahms” pour ce qui est de l’instrumentation. Une énergie irrépressible domine dès les premières minutes de l’écoute. C’est une musique “rétinienne”, au sens où elle s’inscrit dans un geste théâtral. On retrouve cette dimension épique chez certains compositeurs anglais des années 40 et 50, qui se spécialisèrent dans l’écriture de musiques de films (Brian Easdale, William Alwyn, Gerard Schurmann, etc.). Toutefois, la densité expressive de l’orchestre de Daniel Jones est d’une tout autre ampleur. Sa musique est portée par un souffle extraordinaire que sait animer sans écraser les tensions.

La Symphonie n° 5 (1958) est plus monumentale encore. C’est également une musique plus “abstraite”, plus abrupte et complexe aussi, bâtie sur des rythmes de marches. Le mouvement le plus intéressant est le second, Allegro assai, sorte de scherzo à l’écriture ciselée, soulignant l’importance de certains instruments comme le glockenspiel. Dans le Lento qui suit, les timbales sont mises à l’honneur et la ligne mélodique rend un hommage discret à Elgar. Puis le mouvement prend une direction “imprévisible ”, volubile et quasi-mahlérienne. D’un contrepoint sévère, le finale s’achève comme un gigantesque combat que le BBC Welsh Symphony Orchestra (devenu depuis 1993, le ) restitue de manière impressionnante.

fut à la fois compositeur, mais aussi producteur à la BBC et auteur (voir notre dossier). Alors qu’il se destinait à une carrière de médecin, sa découverte, en concert, de la Symphonie “Pastorale” de Beethoven changea sa vie. Après guerre, il étudia la composition auprès d’Herbert Howells et créa l’Exploratory Concert Society, association qui permit de promouvoir divers compositeurs dont Carl Nielsen et Max Reger. Engagé à la direction de la musique de la BBC, il collabora durant plusieurs décennies avec des personnalités comme Deryck Cooke. Il reconnut avoir détruit ses premières partitions qu’il jugeait inutilement marquées par le dodécaphonisme. Les deux symphonies – le cycle en comprend onze – que nous entendons ont été captées par la BBC, lors de leur création, au Royal Festival Hall de Londres. Datée de 1972, la Symphonie n° 5 est en un seul mouvement, mais organisée en cinq parties. L’écriture de Simpson est reconnaissable par la violence de ses contrastes dynamiques et rythmiques. En effet, cette commande du Symphonique de Londres sollicite les pupitres des vents au maximum de leur puissance. Le martellement des sons sature l’espace. Par opposition, le second mouvement joue de beaux effets de timbres grâce à une petite harmonie délicate sur une pédale tenue des cordes. Le Scherzino d’une veine toute “chostakovienne” (sur le modèle des symphonies n° 6 et n° 9 du musicien russe) explose en un délire percussif. L’écriture de Simpson oscille en permanence entre les extrêmes, caractéristique que l’on retrouve aussi chez certains compositeurs nord-américains des années cinquante et soixante. Fort habilement, l’Adagio s’achève par un crescendo qui ouvre le finale. Se produisent à nouveau des oppositions de masses sonores et, parallèlement, une raréfaction du matériau thématique dans le cadre d’une tonalité très élargie. La démarche est en quelque sorte beethovénienne, comme si, dans le cas présent, une série d’accords déployait une structure en arche et qui se régénère sans cesse. et le Symphonique de Londres font preuve, en concert, d’une souplesse, d’une concentration et d’un engagement magnifiques, jusque dans la série incessante de fanfares jouées à pleine puissance.

Achevée en 1977 et créée trois ans plus tard, sous la baguette de , la Symphonie n° 6 est un hymne à la vie. Deux parties seulement et sans titre organisent cette partition dont l’influence de Nielsen parait notable. L’écriture opère un certain retour vers le néoclassicisme et après la symphonie précédente, l’œuvre manque d’une force comparable. Ces deux concerts réunis représentent une belle introduction à l’univers de Simpson dont on poursuivra la découverte avec l’intégrale des symphonies gravées chez Hyperion Records et pour la plupart, sous la direction de Vernon Handley.

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Daniel Jones (1912-1993) : Symphonies n° 3 et n° 5. Orchestre symphonique de la BBC du Pays de Galles, direction : Bryden Thomson. 1 CD Lyrita. Enregisté au studio de la BBC de Cardiff en janvier et février 1990. Notice en anglais. Durée : 68:03

Robert Simpson (1921-1997) : Symphonies n° 5 et n° 6. Orchestre symphonique de Londres, direction : Andrew Davis (n° 5) ; Orchestre philharmonique de Londres, direction : Charles Groves (n° 6). 1 CD Lyrita. Enregisté au Royal Festival Hall de Londres, en mai 1973 (n° 5) et avril 1980 (n° 6). Notice en anglais. Durée : 72:05

 
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