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Un Mahagonny tout en gris au Komische Oper

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Berlin. Komische Oper. 2-X-2021. Kurt Weill (1900-1950) : Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny, opéra sur un livret de Bertolt Brecht. Mise en scène : Barrie Kosky. Décor et lumières : Klaus Grünberg. Costumes : Klaus Bruns. Avec : Nadine Weissmann, Leokadja Begbick. Ivan Turšić, Fatty. Jens Larsen, Dreieinigkeitsmoses. Nadja Mchantaf, Jenny Hill. Allan Clayton, Jim Mahoney. Philipp Kapeller, Jack O’Brien. Tom Erik Lie, Bill. Tijl Faveyts, Joe. Adrian Kramer, Tobby Higgins. Chœur et orchestre de la Komische Oper Berlin, direction : Ainārs Rubiķis

La mise en scène de montre ses limites avec un spectacle sans idées, compensé en partie par une excellente distribution.

Mahagonny de Kurt Weill est une comédie, une satire, une farce sérieuse. qui ne peut se contenter de quelques gags. Mais Mahagonny, c’est du sérieux. Les opérettes d’Offenbach ne se contentent pas de deux ou trois gags, Mahagonny encore moins. On ne reprochera pas à son sens du comique visuel, pas plus qu’on ne peut lui nier un talent unique pour faire vivre les masses de choristes ou de figurants. Mais c’est terriblement insuffisant.

L’indulgence pouvait se justifier pour cette nouvelle production berlinoise du chef-d’œuvre de Brecht et Weill, tant la précédente (au Staatsoper, sous la responsabilité de Wayne Marshall et Vincent Boussard) laissait des souvenirs douloureux. Le très actif Kosky, qui met en scène lui-même une bonne part des spectacles de la maison qu’il dirige jusqu’à la fin de cette saison, a visiblement accordé à celui-ci le minimum d’attention nécessaire. On peut parler d’austérité, d’épure, de concentration, à l’inverse d’une première mise en scène à Essen en 2008 ; mais ce n’est qu’une excuse trop facile.

Mahagonny est un opéra politique, une parabole qui entend bien être en prise avec son temps – avec celui de la création de l’œuvre, mais aussi avec notre temps. Dans la première scène, les deux complices de la veuve Begbick sont respectivement prêtre et rabbin, chacun avec son livre saint ; comme ils sont en panne, ils échangent leurs livres, mais ça ne marche pas mieux. Et ensuite ? À la fin de l’opéra, Dieu vient à Mahagonny et il n’y est pas bien accueilli, on le sait, mais cela suffit-il à justifier cet éclairage par la religion ou par son absence ? Du reste, Barrie Kosky ne suit pas sérieusement cette piste. Il n’en suit à vrai dire aucune ; peut-être pense-t-il que ce dont parle Brecht n’est plus d’actualité, qu’il n’y a plus de rapports de domination, que l’exploitation du corps des femmes n’est plus un problème, que l’emprise de l’industrie du divertissement sur notre monde est là pour notre bien, mais dans ce cas, pourquoi diable monter cette œuvre ?


Heureusement, l’aspect musical est beaucoup moins frustrant. Le héros de la soirée est , qui sait mettre sa glorieuse voix de ténor au service d’un héros aussi ambigu que possible, mais sa Jenny, Nadia Mchantaf, est tout aussi remarquable, dans un style sobre mais expressif, maîtrisant parfaitement les allers-retours de la partition entre musique de cirque et musique sérieuse. est une meneuse de revue efficace, et parmi les nombreuses figures masculines de la soirée, on distinguera surtout , figure de la troupe depuis 2001, avec sa voix de basse toujours marquante et sa silhouette immédiatement reconnaissable. Dans la fosse, les choses sont un peu plus mitigées : Ainārs Rubiķis est trop prudent pour les passages où Weill recycle les procédés de la musique de divertissement de son temps, mais là où il faut du lyrisme ou de l’intensité, il se montre plus efficace – mais pas au point d’éviter l’ennui qui s’empare du public à bien des moments de la soirée.

Crédits photographiques : © Iko Freese / drama-berlin.de

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Berlin. Komische Oper. 2-X-2021. Kurt Weill (1900-1950) : Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny, opéra sur un livret de Bertolt Brecht. Mise en scène : Barrie Kosky. Décor et lumières : Klaus Grünberg. Costumes : Klaus Bruns. Avec : Nadine Weissmann, Leokadja Begbick. Ivan Turšić, Fatty. Jens Larsen, Dreieinigkeitsmoses. Nadja Mchantaf, Jenny Hill. Allan Clayton, Jim Mahoney. Philipp Kapeller, Jack O’Brien. Tom Erik Lie, Bill. Tijl Faveyts, Joe. Adrian Kramer, Tobby Higgins. Chœur et orchestre de la Komische Oper Berlin, direction : Ainārs Rubiķis

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