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L’opéra de Napoléon sous les traits de Zingarelli

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Niccolò Antonio Zingarelli (1752-1837) : Giulietta e Romeo, sélection des grands airs de l’opéra favori de l’Empereur. Avec : Franco Fagioli, contreténor (Romeo) ; Adèle Charvet, mezzo-soprano (Giulietta) ; Philippe Talbot, ténor (Everardo / Teobaldo) ; Chœur et Orchestre de l’Opéra Royal, direction : Stefan Plewniak. 1 CD et 1 DVD Château de Versailles Spectacles. Enregistré au Château de Versailles en mars et avril 2021. Notice en français, en anglais et en allemand. Durée : 79:50

 

Pour ce concert capté dans un Opéra Royal de Versailles vide en avril dernier, Napoléon n’est ici qu’un prétexte pour mettre à l’honneur deux figures lyriques de l’Empire : Guiseppina Grassini et Girolamo Crescentini, ce dernier connaissant le plus grand succès de sa carrière avec Giulietta e Romeo de Niccolò Antonio Zingarelli.

De manière directe ou indirecte, le rapport de Napoléon avec les arts n’est plus si méconnu du grand public comme le livret de présentation le laisse pourtant entendre, et particulièrement concernant le grand opéra qu’il utilisa comme un outil de propagande politique.

De même, il n’est pas sûr que Guilietta e Romeo de Niccolò Zingarelli soit véritablement « l’opéra préféré de Napoléon » tel que le présente le livret du disque, à côté d’Ossian ou les Bardes de Jean-François Le Sueur et de Fernand Cortez ou la Conquête du Mexique l’opéra de Gaspare Spontini par exemple. Mais finalement, à l’inverse de l’intitulé de ce disque, « L’opéra de Napoléon », c’est bien plus le duo lyrique de stars de l’Empire dont il est question, plutôt que l’opéra de Zingarelli en tant que tel. La sélection des grands numéros de Guilietta e Romeo plutôt que l’exécution complète de l’ouvrage renforce cette supposition. Laurent Brunner la confirme dans le livret par la rédaction des biographies des deux interprètes : Guiseppina Grassini (1773-1850), contralto séductrice, maitresse de Napoléon, prônant l’art à l’italienne grâce à ses succès de tragédiennes ; et Girolamo Crescentini (1762-1846), castrat dont la supériorité du chant transperçait jusqu’aux larmes. Choix marketing assurément en cette année de bicentenaire, le duo Cresentini/Grassini étant naturellement bien moins populaire aujourd’hui.

Pour cette réincarnation, le choix s’est porté sur un couple de premier ordre : qui s’était déjà fait remarquer dans ce rôle à Salzbourg en 2016, et la mezzo soprano . Pour le premier, c’est la fusion idéale entre virtuosité et expressivité qui résume au mieux la prestation (« Qual sarà il moi contento », Acte II, scène 6), fort d’une maîtrise parfaite dans tous les registres de sa tessiture dans « Modera l’ire tue » (Acte I, scène 12). Pour la seconde, c’est la souplesse de la ligne mêlée à des coloratures brillantes qui marquera les esprits (« Adora i cenni tuoi », Acte I, scène 9). Les timbres des deux protagonistes se marient agréablement dans leur duo « Odiosa mi si rende » (Acte III, scène 1), soutenu par un (Everardo) doté d’une prestance indéniable ainsi que d’aigus assurés et clairs (« Là dai regni dell’ombre, Acre I, scène 10).

La direction de se caractérise par toute la gouaille nécessaire, par une énergie communicative auprès des musiciens de l’orchestre et par une écoute judicieuse des solistes vocaux. L’effectif se complète de quatre interventions du chœur de l’institution, composé de six voix d’hommes techniquement impeccables, mais bien trop en retrait du fait d’une prise de son mal équilibrée avec l’orchestre. S’y ajoutent Marco Angioloni (Gilberto) ainsi que Lili Aymonino (Matilde).

Le bonus DVD met en scène dans la salle du Sacre de Napoléon à Versailles, consacrée à la gloire de l’Empereur. Le choix de l’air « Ombra Adorata aspetta » (Acte III, scène 1) n’est pas anodin lorsque l’on sait que Crescentini lui-même inséra ces pages de sa propre composition au sein de cet opera seria.

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