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Kirill Karabits magistral face au LSO dans Bartók et Mahler

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Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. 13-XII-2021. Béla Bartók (1881-1945) : Concerto pour orchestre ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 4. Siobhan Stagg, soprano. London Symphony Orchestra, direction : Kirill Karabits

Dans un programme conçu comme un exercice d’orchestre et de direction, à la tête du (en remplacement de Simon Rattle) donne une lecture enthousiasmante du Concerto pour orchestre de et de la Symphonie n° 4 de , avec la soprano en soliste.

Voilà un beau voyage en Mitteleuropa qui commence par le Concerto pour orchestre de , sorte de chant du cygne composé en 1943 par un compositeur malade dont nous livre ce soir, une lecture flamboyante. Après une très belle entame des violoncelles, le premier mouvement, Allegro, est mené avec plus d’ardeur que de solennité, dans une lecture incandescente chargée d’urgence, claire, très nuancée et contrastée. Le deuxième mouvement, Giuoco delle copie, impressionne par la rigueur de sa mise en place qui voit se succéder bassons, hautbois, clarinettes, flutes et trompettes dans une ambiance jubilatoire interrompue par les interventions, plus inquiétantes que malicieuses, de la caisse claire et du trombone. Le troisième mouvement Elegia constitue la clé de voute de l’architecture en arche, caractéristique du compositeur. Empreint d’affliction (on pense au lac de larmes du Château de Barbe-Bleue), véritable musique de nuit peuplée de sonorités mystérieuses (vagues aquatiques des bois, piccolo, harpe) Karabits en accentue à l’envi le caractère douloureux, véhément et presque dramatique. Dans un saisissant contraste, le grimaçant Intermezzo interroto mêle les thèmes folkloriques portés par le lyrisme des cordes, le sarcasme (Septième symphonie de Chostakovitch) et l’humour (bois et trombones en glissando) avant que le Final ne laisse libre cours à une orchestration éclatante de danses folkloriques stylisées, magnifiquement portées par la virtuosité orchestrale superlative du LSO (cordes braves, cuivres, petite harmonie, harpe, percussions) et l’étonnante maestria du jeune chef ukrainien.

La Symphonie n° 4 de occupe à elle seule la seconde partie. Ultime symphonie mahlérienne inspirée du Wunderhorn, elle s’appuie sur le lied « La Vie céleste » (Das Himmlische Leben) autour duquel elle se construit. Kirill Karabits nous en donne une interprétation très originale, quasiment picturale et pointilliste par sa lecture très analytique, comme autant de touches de couleurs (timbres et plans sonores) qu’il associe avec une remarquable maitrise dans une fresque passionnante réunissant microcosme et macrocosme, aidé dans ce grand œuvre par une phalange londonienne toute acquise à sa cause. Une vision d’une remarquable clarté, strictement mise en place où l’impressionnante transparence de la texture nous donne à entendre une multitude de détails (splendides performances solistiques) au sein d’une orchestration particulièrement riche. Un phrasé tout en relief porté par de constantes variations agogiques afin d’en exalter toute l’expressivité et l’émotion, dont le lied final constitue le climax, joliment chanté par la soprano australienne . Le premier mouvement Allegro use de beaucoup d’effets dynamiques et rythmiques ; le second est une véritable danse macabre envoûtante dont le caractère grinçant est accentué par le violon solo de Sergey Ostrovsky accordé un ton trop haut ; l’Adagio, certainement le plus beau mouvement lent composé par Mahler, bouleverse par le lyrisme éperdu des cordes (cordes graves) comme par le splendide duo entre le cor solo et le hautbois laissant apercevoir dans un éclair de timbales les portes du paradis qui s’ouvriront à la voix de Siobhan Stagg (récente Leonore à l’Opéra-Comique à Paris) dans le mouvement final. On regrettera toutefois un léger manque de projection vocale dans la grande nef de la Philharmonie, mais on appréciera jusqu’à la dernière note la beauté du timbre plein de grâce, de poésie et de charme de la soprano remplaçant au pied levé Lucy Grove initialement prévue.

Si le LSO, au terme de cette belle soirée, reste fidèle à sa réputation, le jeune chef Kirill Karabits confirme avec éclat une position de nouvelle étoile montante de la direction d’orchestre.

Crédit photographique : © Getty/ Robbie Jack

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Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. 13-XII-2021. Béla Bartók (1881-1945) : Concerto pour orchestre ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 4. Siobhan Stagg, soprano. London Symphony Orchestra, direction : Kirill Karabits

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